Matthieu 5, 37
Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais.
Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais.
La personne chaste maintient l’intégrité des forces de vie et d’amour déposées en elle. Cette intégrité assure l’unité de la personne, elle s’oppose à tout comportement qui la blesserait. Elle ne tolère ni la double vie, ni le double langage (cf. Mt 5, 37).
En Jésus-Christ, la vérité de Dieu s’est manifestée tout entière. " Plein de grâce et de vérité " (Jn 1, 14), il est la " lumière du monde " (Jn 8, 12), il est la Vérité (cf. Jn 14, 6). " Quiconque croit en lui, ne demeure pas dans les ténèbres " (Jn 12, 46). Le disciple de Jésus, " demeure dans sa parole " afin de connaître " la vérité qui rend libre " (Jn 8, 32) et qui sanctifie (cf. Jn 17, 17). Suivre Jésus, c’est vivre de " l’Esprit de vérité " (Jn 14, 17) que le Père envoie en son nom (cf. Jn 14, 26) et qui conduit " à la vérité tout entière " (Jn 14, 17 ; 16, 13). A ses disciples Jésus enseigne l’amour inconditionnel de la vérité : " Que votre langage soit : ‘Oui ? oui’, ‘Non ? non’ " (Mt 5, 37).
Après l’exemple de ce qu’on ne doit pas faire, vient celui du langage qu’on devra tenir
désormais. Que votre langage soit clair... « Je trouve cet endroit un des plus touchants de la doctrine
chrétienne ; parce que le Fils de Dieu y rétablit la plus aimable de toutes les vertus, qui est la sincérité »,
Bossuet, Méditat. sur l’Evang., 16è jour. - Oui, oui ; non, non ; Cf. Jac. 5, 12. Tel est donc le serment des
chrétiens : le disciple de Jésus doit exprimer la simple vérité sous la forme la plus simple possible. Avoir un
oui sur les lèvres quand on a oui dans le cœur, dire non quand on pense non ; voilà l’idéal qu’il est, certes,
bien facile d’atteindre et dont la réalisation universelle supprimerait à l’instant tous les serments. En effet, si,
dans un monde de péché et de mensonge, le serment est parfois nécessaire pour donner des garanties aux
relations sociales, dans le royaume des cieux qui est un monde de sainteté et de vérité il devient tout-à-fait
inutile, une assertion sincère devant suffire. « La vérité évangélique n’accepte pas de jurement, puisque toute
parole fidèle doit tenir lieu de serment », St. Jérôme. - car ce qu'on y ajoute ; ce qui va au-delà de « oui, oui,
non, non ». - Vient du mal. « Mal » peut désigner le démon, Euthym. Zigab. ; cf. Joan. 8, 44 ; ou le mal
considéré dans son essence ; c’est le même sens dans les deux cas. Tout ce qui dépasse la simple affirmation
ou la simple négation provient donc de la dureté des cœurs, de la malice, de l’esprit de fourberie, du démon.
N’est-ce pas une raison plus que suffisante pour éviter totalement le serment dans nos rapports habituels avec
nos frères, et pour ne l’employer qu’avec circonspection quand il sera une nécessité pour nous? Remarquons
bien que Jésus-Christ ne dit pas « est mauvais », mais « vient du mal », car le serment est en soi une chose
sainte, qui honore Dieu en proclamant sa véracité infinie et sa science universelle.
821. QUE VOTRE PAROLE SOIT : OUI ? OUI. NON ? NON. Voici la seconde partie, où il ordonne la vérité raisonnable créée par une interprétation droite, à savoir quand la vérité est exprimée par la parole, selon ce qui est conçu dans l’esprit. C’est pourquoi il dit : «Ainsi j’ai interdit de jurer, même quand il faut parler.» MAIS QUE VOTRE PAROLE SOIT : OUI ? OUI. NON ? NON, c’est-à-dire votre parole ayant une existence réelle, QU’ELLE SOIT : OUI ? OUI, c’est-à-dire qu’elle soit proférée selon la vérité de la conscience. NON ? NON : d’une chose qui n’est pas, qu’on dise qu’elle n’est pas. Raban [écrit] : « OUI ? OUI, NON ? NON : il le dit deux fois, pour que ce que tu dis avec la bouche, tu l’approuves par tes œuvres, et que ce que tu nies en paroles, tu ne le confirmes pas dans les faits.»
822. TOUT CE QU’ON DIT DE PLUS, c’est-à-dire ce qui est affirmé ou nié au-delà de la simple vérité de la chose, par exemple par le serment, VIENT DU MAUVAIS. Il ne dit pas que «c’est mauvais», comme dit Augustin, mais que cela VIENT DU MAUVAIS, c’est-à-dire non de toi, mais de ceux qui par faiblesse ou par incrédulité te poussent à jurer.
823. Note qu’il est permis de jurer pour beaucoup de raisons. Premièrement, pour confirmer la vérité aux incrédules, 2 Co 1, 18 : Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec vous n’est pas «oui et non» ; deuxièmement pour rétablir la paix, comme Jacob a juré à Laban, Gn 31, 53 ; troisièmement, pour resserrer une amitié, Gn 26, 28 : Les hommes de Gérar dirent à Isaac :» Qu’il y ait un serment entre nous» ; quatrièmement, pour faire éclater la vérité, Dt 19, 15 : Dans la bouche de deux ou trois témoins se tient toute parole ; cinquièmement, pour garder la fidélité, 2 R [2 S] 5, 3 : Les anciens d’Israël vinrent auprès du roi et il conclut un pacte avec eux ; sixièmement, pour l’obéissance et la reconnaissance de sujétion, ainsi les hommes de Galaad à Jephté ; septièmement, pour observer la coutume de l’Église, par exemple [dans le cas] des chanoines. De même les fils d’Israël jurèrent qu’ils serviraient le Seigneur. Et ces sept motifs sont en vue d’amener le bien.
824. De plus, deux autres motifs sont en vue d’éloigner le mal, à savoir les témoins qui prêtent serment dans un procès pour faire taire une calomnie, He 6, 16 : La garantie du serment met un terme à toute contestation. Et un autre motif : pour se justifier d’une mauvaise réputation, Dt 21, 1[ 8] : Quand on découvrira le cadavre d’un homme assassiné et qu’on ignorera qui est coupable du meurtre, les anciens et les juges sortiront (…) et diront : «Nos mains n’ont pas versé ce sang et nos yeux n’ont rien vu. Pardonne à ton peuple Israël que tu as racheté, Seigneur.»
822. TOUT CE QU’ON DIT DE PLUS, c’est-à-dire ce qui est affirmé ou nié au-delà de la simple vérité de la chose, par exemple par le serment, VIENT DU MAUVAIS. Il ne dit pas que «c’est mauvais», comme dit Augustin, mais que cela VIENT DU MAUVAIS, c’est-à-dire non de toi, mais de ceux qui par faiblesse ou par incrédulité te poussent à jurer.
823. Note qu’il est permis de jurer pour beaucoup de raisons. Premièrement, pour confirmer la vérité aux incrédules, 2 Co 1, 18 : Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec vous n’est pas «oui et non» ; deuxièmement pour rétablir la paix, comme Jacob a juré à Laban, Gn 31, 53 ; troisièmement, pour resserrer une amitié, Gn 26, 28 : Les hommes de Gérar dirent à Isaac :» Qu’il y ait un serment entre nous» ; quatrièmement, pour faire éclater la vérité, Dt 19, 15 : Dans la bouche de deux ou trois témoins se tient toute parole ; cinquièmement, pour garder la fidélité, 2 R [2 S] 5, 3 : Les anciens d’Israël vinrent auprès du roi et il conclut un pacte avec eux ; sixièmement, pour l’obéissance et la reconnaissance de sujétion, ainsi les hommes de Galaad à Jephté ; septièmement, pour observer la coutume de l’Église, par exemple [dans le cas] des chanoines. De même les fils d’Israël jurèrent qu’ils serviraient le Seigneur. Et ces sept motifs sont en vue d’amener le bien.
824. De plus, deux autres motifs sont en vue d’éloigner le mal, à savoir les témoins qui prêtent serment dans un procès pour faire taire une calomnie, He 6, 16 : La garantie du serment met un terme à toute contestation. Et un autre motif : pour se justifier d’une mauvaise réputation, Dt 21, 1[ 8] : Quand on découvrira le cadavre d’un homme assassiné et qu’on ignorera qui est coupable du meurtre, les anciens et les juges sortiront (…) et diront : «Nos mains n’ont pas versé ce sang et nos yeux n’ont rien vu. Pardonne à ton peuple Israël que tu as racheté, Seigneur.»
Après avoir prohibé le serment, il nous enseigne comment nous devons nous exprimer : « Que votre discours soit : Cela est, cela est, cela n'est pas, cela n'est pas ; » c'est-à-dire, il suffit de dire d'une chose qui est, cela est ; et cela n'est pas, d'une chose qui n'est pas. Peut-être l'affirmation et la négation sont-elles répétées ici deux fois pour nous apprendre à prouver par nos oeuvres la vérité de ce que notre bouche affirme, et à ne point confirmer par nos actes ce que nos paroles auraient nié.
L'Apôtre fait usage du serment dans des épîtres où l'attention est plus scrupuleuse ; il ne faut donc pas croire que l'on pèche en jurant pour la vérité, mais comprendre qu'en nous abstenant du serment nous préservons plus sûrement notre fragilité du parjure.
Comme le parjure est un péché grave, et qu'on y est beaucoup moins exposé en ne jurant pas du tout, qu'en ayant l'habitude d'affirmer la vérité sous serment, le Seigneur a mieux aimé que nous restions dans la vérité sans recourir au serment, que de nous exposer au parjure en jurant même selon la vérité. Aussi ajoute-t-il : « Pour moi je vous dis : Ne jurez pas du tout. »
En cela il confirme la justice des Pharisiens qui condamnaient le parjure, car on ne se parjure pas quand on ne fait aucun serment. Mais comme jurer c'est prendre Dieu à témoin, il nous faut expliquer comment l'Apôtre n'a point enfreint ce précepte, lui que nous voyons souvent recourir à cette espèce de serment, par exemple : « Je prends Dieu à témoin que je ne vous mens point en tout ce que je vous écris ; » et encore : « Dieu m'en est témoin, lui que je sers en esprit. » Dira-t-on que le serment qui est défendu consiste à jurer directement par un être quelconque et que l'Apôtre ne jure ici en aucune façon, puisqu'il ne dit point : « Par Dieu, » mais simplement : « Dieu m'est témoin ? » Ce serait là une explication ridicule. D'ailleurs, on doit se rappeler que saint Paul a fait des serments même de cette sorte lorsqu'il a dit : « Je meurs tous les jours par votre gloire, mes frères. » (1 Co 15.) Et on ne peut interpréter ces paroles en ce sens : Votre gloire me fait tous les jours mourir, car les textes grecs prouvent à l'évidence que c'est là une véritable formule de serment.
Il y a dans les paroles de l'Écriture bien des choses que nous ne pouvons comprendre ; la vie des saints nous apprend alors comment nous devons entendre ces passages dont on pourrait facilement détourner le sens, si leurs exemples ne nous en donnaient la véritable signification. Ainsi l'Apôtre, en employant le serment dans ses Epîtres, nous apprend comment nous devons expliquer ces paroles : « Pour moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, » dans la crainte qu'en employant le serment on n'y recoure avec trop de facilité, que cette facilité n'entraîne l'habitude, et que l'habitude ne fasse tomber dans le parjure. Aussi ne fait-il usage du serment qu'en écrivant, alors qu'une réflexion plus attentive met en garde contre la précipitation de la langue. Et cependant le Seigneur nous dit de ne point jurer du tout, et il n'a pas fait d'exception en faveur de ceux qui écrivent. Mais comme on ne peut sans crime accuser saint Paul de la violation d'un précepte divin, surtout dans des lettres écrites pour l'édification des peuples, il faut entendre cette expression « pas du tout » dans ce sens : « Autant qu'il vous sera possible. » Vous ne devez ni affecter ni désirer avec un certain plaisir de recourir au serment, comme s'il s'agissait d'une bonne action.
Notre-Seigneur ajoute peut-être ces mots : « Ni par le ciel, » etc., parce que les Juifs ne regardaient pas comme obligatoires les serments qu'ils faisaient par les choses inanimées ; il leur dit donc : lorsque vous jurez par le ciel et par la terre, n'allez pas croire que vous n'êtes pas redevables à Dieu de vos serments, car vous avez évidemment juré par celui qui a le ciel pour trône et la terre pour marchepied. Ces expressions ne signifient pas évidemment que Dieu repose ses membres dans le ciel et sur la terre, comme lorsque nous nous asseyons nous-mêmes ; le trône de Dieu signifie le jugement de Dieu. Le ciel est sans contredit la plus grande partie de l'univers créé ; on dit donc que Dieu est assis dans les cieux comme s'il y manifestait sa présence par une plus grande magnificence, et qu'il foule la terre aux pieds parce qu'il l'a placée au dernier rang, comme la partie la moins brillante de la création. Dans le sens spirituel, le ciel signifie les âmes saintes, et la terre les pécheurs, parce que l'homme spirituel juge toutes choses (1 Co 2, 15) et que Dieu a dit au pécheur : « Tu es terre et tu retourneras en terre. » D'ailleurs, celui qui veut demeurer dans la loi est nécessairement soumis à la loi, et c'est avec raison qu'il est appelé : « L'escabeau de ses pieds. » Notre-Seigneur ajoute : « Ni par Jérusalem, parce qu'elle est la ville du grand Roi, » expression plus convenable que s'il avait dit : « La ville qui est à moi, » bien qu'il le dise en termes équivalents. Or, comme il est en même temps le Seigneur, c'est donc à lui qu'on est redevable des serments que l'on fait par Jérusalem. Il ajoute enfin : « Vous ne jurerez pas non plus par votre tête. » Que peut-on imaginer qui nous appartienne davantage que notre tête ? Mais comment serait-elle à nous, puisque nous n'avons pas le pouvoir d'en rendre un seul cheveu blanc ou noir ? C'est la raison que donne le Sauveur : « Parce que vous n'en pouvez faire un seul cheveu blanc ou noir. » Celui donc qui veut jurer par sa tête est redevable à Dieu de son serment et ainsi des autres serments de même nature.
Aussi celui qui comprend que la vérité seule ne suffit pas pour légitimer l'usage du serment, s'il n'est d'ailleurs nécessaire, doit s'imposer un frein pour n'y recourir que dans le cas de nécessité, lorsqu'il voit par exemple des hommes peu disposés à croire des choses qui leur sont utiles, si on ne les affirme sous le serment. Ce qui est bien, ce qui est désirable est exprimé par ces mots : « Contentez-vous de dire : Cela est, cela est, ou cela n'est pas, cela n'est pas, ce qui est de plus vient du mal ; » c'est-à-dire que la nécessité où vous êtes de jurer vient de la faiblesse de ceux que vous voulez persuader, faiblesse qui est un mal. Aussi le Sauveur ne dit pas : « Ce qui est au delà est mal, » car vous ne faites point mal en faisant usage du serment pour persuader à un autre ce qu'il lui importe de savoir, mais « cela vient du mal, » c'est-à-dire de la mauvaise disposition de cet homme dont la faiblesse vous force de recourir au serment.
La loi leur fit cette concession comme à un peuple encore dans l'enfance ; elle leur permit de jurer au nom de Dieu, par la même raison qu'ils devaient lui offrir des victimes pour éviter de les immoler aux idoles. Elle ne regardait pas ces serments comme une chose bonne par elle-même, mais elle aimait mieux qu'on les fit au nom de Dieu qu'au nom des idoles.
La vérité évangélique n'admet donc pas de serment, puisque toute parole d'un chrétien équivaut à un serment.
Remarquez enfin que le Sauveur n'a pas défendu de faire des serments au nom de Dieu, mais de jurer par le ciel, par la terre, par Jérusalem et par votre tête. On sait que les Juifs ont toujours eu cette détestable habitude de jurer par les éléments. Or, celui qui jure aime celui au nom duquel il fait serment, et les Juifs qui juraient par les anges, par la ville de Jérusalem, par le temple et par les éléments, rendaient à ces créatures l'honneur qui n'est dû qu'à Dieu, alors que dans la loi il est ordonné de ne jurer que par le nom du Seigneur notre Dieu.
L'habitude de faire des serments fait infailliblement tomber dans le parjure, de même que l'habitude de trop parler expose nécessairement à dire des choses déplacées.
Remarquez que si le Sauveur relève ainsi les éléments du monde créé, ce n'est pas en vertu de leur excellence naturelle, mais à cause des liens qui les rattachent à Dieu, pour ne point donner lieu à l'idolâtrie.
Ou bien cela vient du mal, c'est-à-dire de l'infirmité de ceux à qui la loi permet de jurer. En s'exprimant de la sorte, Notre-Seigneur ne dit pas que la loi ancienne est l'oeuvre du démon, mais il nous fait passer de l'état ancien si imparfait à une nouveauté bien plus parfaite.
Ou bien encore, il n'est nul besoin de serment pour ceux qui vivent dans la simplicité de la foi, car avec eux, ce qui est est toujours vrai et ce qui ne l'est pas ne l'est pas, et ainsi tout en eux, parole et action est dans la vérité.