Matthieu 28, 15
Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions. Et cette explication s’est propagée chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui.
Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions. Et cette explication s’est propagée chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui.
N'ayant rien à craindre et beaucoup à gagner, les
soldats acceptent l'argent et les conditions du Sanhédrin. « Si l'argent l'a emporté sur un disciple … il ne faut
pas s'étonner qu'il ait raison des soldats » (S. Jean Chrysostôme, Hom. 90 in Matth. ). Le mensonge fit son
chemin, quelque absurde qu'il fût. Les autorités juives, d'après S. Justin, Dial. cum Tryph., c. 108, auraient
même pris la précaution d'envoyer des messagers pour le divulguer parmi les communautés israélites
dispersées par toute la terre. - Jusqu'à ce jour, c'est à dire jusqu'à l'époque de la composition du premier
Évangile ; voir la Préface. Dans son curieux ouvrage sur le Judaïsme (Entdecktes Judenthum, 1, p. 189 et
ss.), Eisenmenger prouve que cette erreur grossière circula pendant longtemps dans les cercles juifs. - Les
rationalistes ont trouvé tout cet épisode, vv. 11-15, complètement invraisemblable, et ils l'ont pour ce motif
retranché de ce qu'ils appellent la rédaction primitive du premier Évangile. Il est au contraire très naturel et
en conformité parfaite avec le caractère du Sanhédrin, tel qu'il nous est apparu dans les pages précédentes de
S. Matthieu. Nous renvoyons à nos adversaires, sans l'examiner davantage, leur audacieuse négation.
2945. MAIS EUX, AYANT PRIS L’ARGENT, AGIRENT COMME ON [le] LEUR AVAIT DIT. Il n’est pas étonnant que les soldats aient été corrompus par l’argent, car un des disciples [du Seigneur] avait été corrompu. Si 10, 9 : Pour l’avare, rien n’est plus désirable que l’argent. ET CELA A ÉTÉ RAPPORTÉ : et non seulement jusqu’au moment où cela fut écrit, mais jusqu’à maintenant.
La GloseIls vont même au-devant de la crainte que les soldats auraient pu avoir que le gouverneur punit leur négligence, s'ils répandaient ce mensonge: «Et si cela vient à la connaissance du gouverneur, nous l'apaiserons et nous vous mettrons à cou vert».
Souvent la simplicité d'une âme sans instruction, et même une ignorance grossière, révèle la vérité sans artifice et telle qu'elle est, tandis que l'astucieuse malignité s'efforce de faire passer le mensonge pour la vérité, en lui donnant les dehors de la vraisemblance.
De même que le crime du sang répandu, qu'ils ont appelé sur eux et sur leurs enfants, les accable du poids énorme de leurs péchés, ainsi ce mensonge qu'ils achètent, et qui a pour but de nier la vérité de la résurrection, les tient enchaînés dans les liens d'un crime qui dure à ja mais: «Et ce bruit qu'ils répandirent se répète encore aujourd'hui parmi les Juifs».
Ce n'est pas assez pour eux d'avoir mis le Maître à mort, ils cherchent encore les moyens de perdre les disciples, et veulent leur faire un crime de la puissance de leur maître. Oui les soldats ont laissé échapper, et les Juifs ont perdu le corps de Jésus; mais, si les disciples l'ont enlevé, ce n'est point furtivement, mais par la foi; ce n'est point par fraude, mais par leur vertu; ce n'est point par un crime, mais par leur sainteté, et ils l'ont enlevé plein de vie, et non comme une victime de la mort.
Ce bruit s'est répandu parmi les Juifs, mais non parmi les chrétiens, car ce que les Juifs ont voulu obscurcir dans la Judée, à prix d'argent, la foi l'a fait briller du plus vif éclat dans tout l'univers.
Mais si d'ailleurs les gardes dormaient, comment purent-ils voir qu'on avait enlevé le corps? et, s'ils n'ont pu le voir, comment ont-ils pu servir de témoins? Ils n'ont donc pu atteindre le but qu'ils se proposaient.
Parmi les prodiges qui entourèrent la mort et la résurrection de Jésus-Christ, les uns, comme les ténèbres furent communs à tout l'univers, les autres furent particu liers aux soldats qui gardaient le tombeau, comme l'apparition miraculeuse de l'ange et le trem blement de terre que Dieu permit pour 1es remplir d'effroi et les forcer de rendre témoignage à la vérité. Car la vérité brille d'un plus vif éclat lorsqu'elle est répandue par ses propres adver saires, et c'est ce qui est arrivé ici: «Quand elles furent parties, quelques-uns des gardes vin rent dans la ville, et annoncèrent aux princes des prêtres tout ce qui s'était passé».
Car comment des hommes pauvres, sans esprit, et qui n'osaient se montrer, auraient-ils osé enlever le corps de leur maître? Si, lorsqu'ils vivaient encore, ils se sont tous enfui, comment, après sa mort, n'auraient-ils pas craint cette multitude de gens armés? Et encore, est-ce qu'ils pou vaient renverser la pierre du sépulcre qui ne pouvait être soulevée que par plusieurs bras? Est-ce que le sceau public n'y avait pas été apposé? Pourquoi d'ailleurs ne l'ont-ils pas dérobé la première nuit, lorsqu'il n'y avait aucune garde au tombeau? car ce n'est que le jour du sabbat qu'ils demandèrent une garde à Pilate. Que signifient encore ces suaires que Pierre vit placés dans le sépulcre? Si les disciples avaient voulu dérober le corps, ils ne l'eussent pas enlevé dépouillé de son linceul, non-seulement par respect, mais encore pour ne pas être retardés par cette opération et donner aux soldats les moyens de s'emparer d'eux, d'autant plus que la myrrhe était tellem ent gluante et collée au corps et au linceul qu'il était fort difficile de le déta cher du corps. Tout ce qu'on a dit sur ce vol prétendu n'a donc aucune vraisemblance, et tout ce que les Juifs ont amassé pour obscurcir le fait de la résurrection n'a servi qu'à le rendre plus éclatant, car, en publiant que les disciples ont enlevé le corps de Jésus, ils avouent que le corps n'était plus dans le sépulcre. Or, la crainte dont les Apôtres étaient remplis, et le soin avec le quel les soldats gardaient le tombeau démontrent l'impossibilité de cet enlèvement.
Voyez comme la corruption est générale: Pilate s'est laissé gagner, le peuple juif soulever et les soldats corrompre. «Et les soldats ayant reçu l'argent firent ce qu'on leur avait dit». Puisque l'argent n, une telle force sur l'esprit d'un disciple que de lui faire trahir son divin Maître, ne soyez pas surpris de voir des soldats gagnés eux-mêmes à prix d'argent.
C'est à ce prix qu'on achète le silence sur la résurrection et le men songe de l'enlèvement du corps, parce qu'en effet la gloire du monde, qui consiste dans l'estime et le désir de l'argent, est une négation de la gloire de Jésus-Christ.
Tous ceux qui font abus de l'argent du temple, ou de tout ce qui doit servir à l'usage de l'Église, pour satisfaire leurs désirs ou leurs passions, sont sem blables aux scribes et aux prêtres qui achètent à prix d'argent le mensonge et le sang de Jésus-Christ.