Matthieu 23, 23

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste.

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste.
Fulcran Vigouroux
La menthe est commune en Syrie et les Juifs en mettaient dans les synagogues et dans leurs maisons pour y répandre une bonne odeur. ― L’aneth, l’anis, plante de la famille des ombellifères qui atteint un mètre de hauteur. Les Juifs se servaient des grains d’anis comme de condiment dans leur cuisine. ― Le cumin est une plante également de la famille des ombellifères dont le fruit était aussi employé pour aromatiser le vin et pour d’autres usages culinaires.
Louis-Claude Fillion
Le Sauveur reproche aux Scribes, dans ce cinquième « Malheur », d’être scrupuleux dans les petites choses et larges sans mesure pour des obligations très graves. Il apporte deux exemples à l’appui de son blâme, l’un dans ce verset, l’autre dans le suivant. - Qui payez la dîme. Payer la dîme d’une chose, (Cf. Luc. 18, 12, « je verse le dixième de tout ce que je gagne »), en donner à qui de droit la dixième partie, soit en valeur, soit en nature. Cette dîme, dont on trouve des traces chez tous les peuples de l’antiquité, avait été prescrite à la nation théocratique comme un tribut à Jéhova son roi ; Cf. Levit. 27, 30 et ss. ; Num. 18, 21 ; Deut. 14, 22 et s. Elle était annuelle et embrassait tous les produits du sol et le bétail. C’étaient les Lévites et les prêtres qui en bénéficiaient. Relativement aux fruits de la terre, on avait établi ce principe général que les articles comestibles tombaient tous sous la loi de la dîme ; mais l’usage en avait notablement restreint l’application, aussi n’exigeait -on en rigueur de justice que la dîme des trois récoltes mentionnées nommément au Deutéronome, ch. 14, v. 23. Le reste était laissé à la dévotion d’un chacun ; Cf. Carpzov. Apparat. biblic. p. 619, 620. Les Scribes affectaient sur ce point comme sur beaucoup d’autres une minutieuse exactitude, et on les voyait porter aux lévites la dîme même des légumes les plus insignifiants, suivant cette règle qu'ils avaient adoptée : « Tout ce qui est transformé en nourriture, ce qui est conservé, ce qui est produit par la terre, doit être soumis à la dîme », Maaseroth, cap. 1 hal. 1 . - Jésus signale trois plantes spéciales, pour montrer jusqu’où s’étendait le scrupule pharisaïque : 1° la menthe, en grec, l’herbe à la suave odeur, probablement la « mentha sylvestris » de Linné qui croît abondamment en Syrie, ou du moins l’une de ses nombreuses variétés. Les Juifs en aimaient soit le goût, soit le parfum ; aussi la mélangeaient-ils à leurs mets comme condiment ; ils en suspendaient même des branches dans les synagogues pour y répandre un bon air. - 2° L’anis (« anethum graveolens »), plante aromatique de la famille des ombellifères, dont la feuille et la graine étaient employées par les anciens soit comme assaisonnement, soit comme remède ; Cf. Pline, Hist. Nat., 19, 61 ; 20, 74. « L'aneth, disent les Rabbins, doit être soumis à la dîme, comme graine et comme herbe », R. Solom ap. Lightfoot in h. l. - 3° Le cumin ou Cammôn, le « cum inum sativum » de Linné, autre ombellifère dont les graines odoriférantes avaient aussi des propriétés médicinales, Cf. Pline, Hist. Nat., 19, 8. Les Juifs la cultivaient dans leurs jardins, en compagnie de la menthe et de l’anis. - Tous les préceptes divins n’étaient pas traités par les Pharisiens avec autant de fidélité et de rigueur : tandis qu’une vaine ostentation rendait ces hypocrites exacts aux petites lois d’une observance facile, ils négligeaient totalement, ainsi que le leur reproche Jésus, les commandements de la plus haute gravité, entre autres ceux qui concernent la justice, la miséricorde, c’est-à- dire la charité à l’égard du prochain (dans l’Ancien Testament ; Cf. Mich. 6, 8 ; Os. 12, 6 ; Zach. 7, 9), enfin la fidélité à leurs promesses. « Il cite trois obligations, opposées aux trois faciles, et beaucoup plus importantes », Bengel. - Après avoir établi le contraste immoral qui existe dans la conduite des Scribes, Notre-Seigneur donne une sérieuse leçon à ces superbes Docteurs. - Il fallait faire ceci... « ceci » désigne les trois choses nommées en dernier lieu ; c’étaient elles qu’il fallait accomplir avant tout. Cela se rapporte aux dîmes indiquées plus haut. Il est donc bon d’être fidèle aux lois les plus petites par leur objet, mais il est encore meilleur et plus nécessaire de ne pas méconnaître les grands principes moraux sur lesquels s’appuie la vraie religion.
Saint Thomas d'Aquin
2336. MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS HYPOCRITES, QUI ACQUITTEZ LA DÎME DE LA MENTHE, DU FENOUIL ET DU CUMIN. Ici, [le Seigneur] les reprend au sujet des dîmes, et il fait trois choses : premièrement, il présente leur coutume ; deuxièmement, il suggère un enseignement ; troisièmement, il présente une comparaison. Le second point [se trouve] en cet endroit : C’EST CECI QU’IL FALLAIT FAIRE [23, 23] ; le troisième, en cet endroit : GUIDES AVEUGLES, QUI PASSEZ DIFFICILEMENT UN MOUSTIQUE, etc. [23, 24].

Il dit donc : MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS, et il ajoute : HYPOCRITES, car leur intention principale était la simulation, QUI APPLIQUEZ LA DÎME DE LA MENTHE, DU FENOUIL ET DU CUMIN. On peut entendre soit «qui donnez les dîmes», soit «qui exigez les dîmes». Il y avait donc de très nombreux prêtres et lévites, à qui il revenait d’exiger les dîmes qui leur étaient dues, comme on le trouve en Nb 18, 21 et Dt 14, 22. Ils mettaient donc beaucoup de soin à exiger ; c’est pourquoi ils exigeaient jusqu’à la plus petite chose, comme le cumin et le fenouil.

2337. APRÈS AVOIR NÉGLIGÉ LES POINTS LES PLUS GRAVES DE LA LOI : LA JUSTICE, LA MISÉRICORDE ET LA FOI. En effet, certaines choses étaient dues aux prêtres pour eux-mêmes, telles les dîmes dont ils devaient vivre ; mais à certaines, on était tenu pour Dieu, comme de pratiquer la justice et la miséricorde. C’est pourquoi le Seigneur exigeait ces choses d’eux, à savoir, la justice et la miséricorde. Ps 100[101], 1 : Je chanterai ta justice et ta miséricorde, Seigneur. De même, [le Seigneur] veut la foi en vue de sa gloire. Ils n’accordaient pas d’importance à ce à quoi ils étaient tenus pour Dieu. [Le Seigneur] dit donc : APRÈS AVOIR NÉGLIGÉ LES POINTS LES PLUS GRAVES DE LA LOI : LA JUSTICE, LA MISÉRICORDE ET LA FOI. Mais il accordaient beaucoup d’importance aux dîmes auxquelles on était tenu pour eux-mêmes, selon ce qui [est dit] en Ph 2, 21 : Tous recherchent ce qui leur revient, et non [ce qui revient] à Dieu. La charité fait le contraire, elle qui ne recherche pas ce qui est sien, mais ce qui appartient à Jésus, le Christ, 1 Co 13, 5.

2338. De même, on pourrait dire : MALHEUR À VOUS QUI ACQUITTEZ LES DÎMES, car vous donnez les plus petites choses, la menthe, le cumin et les choses de ce genre, afin de paraître religieux ; mais vous n’accordez pas d’importance aux réalités intérieures, car vouz n’aimez ni la miséricorde, ni la justice, ni la foi, plus haut, 12, 7 : Si vous saviez ce que cela veut dire : «Je veux la miséricorde, et non le sacrifice», jamais vous n’auriez condamné des innocents. Origène dit que, par la menthe et le cumin, etc., on peut entendre certaines choses qui se rapportent à la beauté de la religion. De sorte que la miséricorde, la justice et la foi sont comme les aliments, et les autres petites choses sont comme un condiment. Ainsi, comme ils insistaient davantage sur le condiment dans la préparation de la nourriture, de même insistaient-ils davantage sur le fait qu’on fléchisse le genou devant eux, que sur ce qui se rapportait à Dieu.

2339. IL FALLAIT FAIRE CECI, SANS NÉGLIGER CELA. Parce qu’il avait dit : MALHEUR À VOUS QUI ACQUITTEZ LES DÎMES, on aurait pu dire que le Seigneur interdisait de donner des dîmes. Il dit donc le contraire, lorsqu’il dit : IL FALLAIT FAIRE CECI, SANS NÉGLIGER CELA, comme s’il disait : «Vous ne péchez pas en faisant cela, mais en omettant ce à quoi vous êtes davantage tenus.» Ainsi, IL FALLAIT FAIRE CECI, c’est-à-dire exiger les dîmes, ET NE PAS OMETTRE CELA, c’est-à-dire la justice et la foi.

2340. Mais on peut soulever ici une question à propos des dîmes. Le Seigneur semble affirmer la nécessité d’acquitter les dîmes, de sorte que, dans tout le Nouveau Testament, il n’en est nulle part fait mention d’une manière aussi expresse qu’ici. Mais cela ne vient-il pas d’un précepte de la loi ? Non, car, dans la loi, se trouvent des [préceptes] moraux, des [préceptes] cérémoniels et d’autres [qui sont] judiciaires. Les [préceptes] moraux doivent être observés en tout temps et par tous ; les [préceptes] cérémoniels [doivent l’être] par certains hommes et à des moments déterminés, comme c’est le cas de la circoncision, et ceux-ci n’avaient valeur que de figure. De même, pour certains [préceptes] judiciaires, comme l’obligation de rendre le quadruple pour celui qui avait volé une brebis.

2341. À propos des dîmes, on demande donc si les dîmes relevaient d’un précepte moral. Et il semble que non, car les [préceptes] moraux relèvent de la loi naturelle. Or, seul relève de la loi naturelle ce dont peut convaincre la raison. Mais celle-ci ne convainc pas plus de donner la dîme [la dixième partie] que la neuvième ou la onzième, etc. Elle ne relève donc pas du droit naturel. De même, si les dîmes sont cérémonielles, ceux qui ne les acquittent pas ne pèchent pas. À ce sujet, ceux qui nous ont précédés ont dit que certains [préceptes] étaient purement moraux, certains purement cérémoniels, mais que certains sont en partie moraux et en partie cérémoniels. «Tu ne tueras pas» est un [précepte] purement moral. De même : «Tu adoreras le Seigneur ton Dieu», etc. Si tu dis : «Tu offriras un agneau à la quatorzième lune», cela est [un précepte] purement cérémoniel. Mais si on dit : «Rappelle-toi de sanctifier le jour du sabbat», cela comporte quelque chose de naturel et quelque chose de cérémoniel. De moral, à savoir que la raison naturelle suggère qu’il y ait un temps pour s’y adonner, pendant lequel on s’adonne à prier Dieu. Mais que ce soit le samedi ou le dimanche, etc., cela est affaire de jugement.

2342. Ils disent donc que le précepte sur les dîmes est en partie cérémoniel et en partie moral. En effet, elles existent pour l’entretien des pauvres et de ceux qui s’adonnent au service de Dieu ou à la prédication. En effet, il convient que celui qui est au service de la communauté vive de la communauté, et cela est de droit naturel ; mais qu’il [reçoive] le dixième [des biens], cela est d’ordre cérémoniel. Mais n’est-on pas tenu au mode ? Je dis que la détermination [du mode] relève de n’importe quel dirigeant qui a le pouvoir d’établir la loi. Ainsi, il relève du pouvoir de l’Église de prescrire le dixième, le neuvième ou quelque chose de cet ordre. On y est donc tenu, non par le droit naturel, mais par une décision de l’Église.
Saint Jérôme
Laissant là pour le moment toute interprétation mystique, nous dirons que Dieu ayant ordonné à son peuple d'offrir dans le temple la dîme de tous ses biens pour l'entretien des prêtres et des lévites dont Dieu était le seul héritage, les pharisiens n'avaient d'autre préoccu pation que de faire porter dans le temple cette offrande exigée, tandis qu'ils abandonnaient complètement d'autres obligations bien plus importantes, comme Notre-Seigneur le leur repro che: «Et vous avez laissé ce qu'il y a de plus important dans la loi», etc. Il leur reproche aus si, par là, leur avarice, eux qui exigeaient avec tant de soin la dîme des herbes les plus viles, et qui ne tenaient aucun cas des principaux commandements, comme d'observer la justice dans les différends, la miséricorde envers les pauvres, la foi en Dieu.

Je pense que par le chameau, il faut entendre ici les grands préceptes, la justice, la miséricorde et la foi; et par le moucheron, la dîme de la menthe, de l'aneth, du cumin et d'autres légumes de vil prix. Nous avalons pour ainsi parler, et nous négli geons les préceptes les plus importants, et sous prétexte de religion, nous déployons beaucoup de zèle pour les petites choses qui nous apportent du profit.
Saint Jean Chrysostome
Le Seigneur avait reproché plus haut aux scribes et aux pharisiens de lier des fardeaux pesants, et de les placé sur les épaules des autres, alors qu'eux-mêmes ne vou laient pas les remuer du bout du doigt, il les accuse ici d'être d'une grande exactitude dans de petites choses, tandis qu'ils ne tenaient aucun compte des points les plus importants de la loi. «Malheur à vous, leur dit-il, scribes et pharisiens hypocrites qui payez la dîme», etc.
Origène
Mais comme il pouvait arriver que quelques-uns, entendant le Sauveur s'exprimer de la sorte, négligeraient de payer la dîme des choses moins importantes, il ajoute avec sagesse: «Et il fallait observer ces choses», c'est-à-dire la justice, la miséricorde, la foi, et ne pas omettre les autres, c'est-à-dire la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin.

Ou bien, ils filtrent le moucheron, c'est-à-dire qu'ils se gardent des moindres fautes que Notre-Seigneur compare à des moucherons, tandis qu'ils avalent le chameau en commettant les plus grands crimes qu'il compare à des chameaux, dont la difformité égale la grandeur. Les scribes, dans le sens moral, sont ceux qui ne veulent voir dans l'Écriture que ce que la lettre seule exprime, tandis que les pharisiens sont ceux qui se justifient eux-mêmes, et se séparent des autres en leur disant: «Ne m'approchez pas, car je suis pur».La menthe, l'aneth et le cumin servent à assaisonner les aliments, mais ne peuvent tenir place des aliments essentiels, et c'est ainsi que dans la vie chré tienne, il est des choses nécessaires pour notre justification, comme la miséricorde, la justice et la foi, tandis qu'il en est d'autres qui sont comme l'assaisonnement de nos actions, et semblent leur donner un goût plus agréable, comme l'éloignement de folles joies du monde, le jeûne, les génuflexions et autres actes semblables. Or, comment ne pas considérer comme aveugles ceux qui ne voient pas? Car que sert d'être comme un économe fidèle dans les petites choses, si on néglige les plus importantes. Les pharisiens trouvent donc leur condamnation dans les paroles du Sauveur qui ne défend pas d'être fidèle aux moindres observances, mais qui nous com mande d'accomplir avec beaucoup plus de soin les points les plus importants de la loi.