Matthieu 19, 28
Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : lors du renouvellement du monde, lorsque le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m’avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël.
Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : lors du renouvellement du monde, lorsque le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m’avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël.
Le Seigneur Jésus a doté sa communauté d’une structure qui demeurera jusqu’au plein achèvement du Royaume. Il y a avant tout le choix des Douze avec Pierre comme leur chef (cf. Mc 3, 14-15). Représentant les douze tribus d’Israël (cf. Mt 19, 28 ; Lc 22, 30) ils sont les pierres d’assise de la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 12-14). Les Douze (cf. Mc 6, 7) et les autres disciples (cf. Lc 10, 1-2) participent à la mission du Christ, à son pouvoir, mais aussi à son sort (cf. Mt 10, 25 ; Jn 15, 20). Par tous ces actes, le Christ prépare et bâtit son Église.
La réponse du Sauveur ne se fait pas
attendre : elle décrit une récompense magnifique qui dépasse toute espérance. Vous qui m'avez suivi : Vous,
mes Apôtres, qui m’avez été fidèles entre tous. - Au temps de la régénération : belle expression qui ne
désigne ni une régénération morale (Fischer, Paulus, etc.), ni la résurrection générale des hommes
(Théophylacte, Euthymius), mais ce mystérieux rajeunissement de toute la nature, si magnifiquement décrit
par S. Paul, Rom. 8, 19 et ss., et par S. Pierre, 2 Petr. 3, 12, qui aura lieu à la fin du monde. Le péché d’Adam
a tout souillé : son souffle empesté a flétri non seulement l’homme, mais aussi toutes les créatures inférieures
placées sous sa domination. Toutefois, après avoir été à la peine à cause de nous, la nature sera un jour à la
gloire avec nous. « Pour assister à la glorification des enfants de Dieu et pour en relever la splendeur, la
création verra disparaître ses chaînes d’esclavage, et elle se revêtira d’une magnificence que l’intelligence
humaine ne saurait maintenant pressentir. Elle ne sera pas seulement rétablie dans l’état primitif qu’elle a si
promptement perdu, mais elle quittera sa forme périssable, ses voiles de deuil, pour se parer d’un vêtement
de fête incorruptible », Reithmaur, Comment. zu Rom. 8, 21, p. 430. Cette seconde naissance de la nature est
nommée par les Rabbins « renovatio mundi » ; Cf. Buxtorf, Lex. Talm. p. 712. C’est donc au moment où sera
réalisé l’oracle de l’Apocalypse, 21, 5 : « Voici que je fais toutes choses nouvelles », que s’accomplira la
présente promesse de Jésus. - Le Fils de l'homme siégera... ; autre circonstance qui nous transporte à la fin
des temps ; Cf. 16, 27 ; 25, 31. Alors Jésus viendra juger tous les hommes et il prendra l’attitude accoutumée
des Juges. « La position la plus convenable pour un juge est la position assise, par laquelle, indépendamment
de l'autorité, l'esprit se montre calme et tranquille, ce qui est très nécessaire au juge pour rendre une bonne
sentence », Fr. Luc, Comm. in h.l. - Sur le trône de sa gloire : hébraïsme ; un classique aurait dit : « Sur son
trône glorieux ». Cf. 1 Reg. 2, 8. - Vous siégerez vous aussi : le pronom est répété une seconde fois, soit par
emphase, soit à cause de la phrase incidente qui s’est glissée au milieu de la promesse du Sauveur. Jésus fait
ici allusion à ce qui se passe dans les tribunaux suprêmes présidés par les Rois en personne. Le prince occupe
le trône central et supérieur ; autour de lui, de chaque côté, sont rangés ses premiers ministres, qui lui servent
d’assesseurs. « Par une analogie humaine certes, mais noble, l'action judiciaire s'apparente à la justice divine
pleine de grandeur », Fr. Luc. l. c. On le voit, sous cette forme symbolique, Notre-Seigneur accorde à ses
Apôtres une large part à sa dignité et à ses prérogatives personnelles. - Sur douze trônes : chacun des Douze
aura son trône. Mais Judas ? se demande S. Jean Chrysostôme. Judas sera remplacé par son successeur, S.
Mathias. Au reste, le Sauveur s’adresse moins aux Apôtres pris isolément qu’à tout le collège apostolique
considéré dans son ensemble : les questions de personnes n’ont rien à faire dans ce passage. - Vous jugerez :
ils jugeront, non pas sans doute d’une manière absolue, car ce rôle n’appartient qu’à Dieu et à son Messie,
mais en union avec Jésus-Christ, et dans un sens réel, positif. Si S. Paul accorde ce pouvoir à tous les justes,
Cf. 1 Cor. 6, 2, n’est-il pas naturel que les Apôtres en jouissent les premiers, d’une manière exceptionnelle et
supérieure ? Ce n’est donc pas simplement un langage figuré que parle ici Notre-Seigneur. - Les douze tribus
d'Israël. Plusieurs anciens écrivains, Cf. S. Jean Chrysost. Hom. 64 in Matth., supposent qu’il est ici question
de l’Israël proprement dit, des Juifs selon la chair : en conséquence, ils donnent au verbe « juger » le sens de
condamner. En tant que juges, les Apôtres auraient, d’après cette pensée, la mission spéciale de condamner
au dernier jour leurs concitoyens demeurés incrédules. Mais il vaut mieux, avec la plupart des exégètes,
appliquer ces choses à l’Israël mystique, c’est-à-dire à l’Église tout entière de Jésus. C’est à son égard en
effet que les Douze exerceront surtout leur pouvoir judiciaire à la fin des temps.
2069. JÉSUS LEUR DIT : «EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc.» Ici, il s’agit de la récompense de la perfection. Premièrement, [Jésus] présente la récompense de la perfection des apôtres ; deuxièmement, de la perfection des autres ; troisièmement, il écarte une objection.
. [Le Seigneur] dit donc : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. En effet, parce qu’il voulait que ce qu’il avait dit soit [considéré comme] certain, il affirme donc avoir dit la vérité en disant : EN VÉRITÉ. Et pour montrer que la perfection ne réside pas dans ceci : VA, VENDS TOUT CE QUE TU POSSÈDES, mais dans ceci : SUIS-MOI, il dit donc : VOUS QUI M’AVEZ SUIVI, DANS LA RÉGÉNÉRATION… VOUS SIÉGEREZ, VOUS AUSSI, SUR DOUZE TRÔNES, etc. La régénération est double. L’une est celle de l’esprit, qui est réalisée par la grâce dans le baptême, dont il est question en 1 P 1, 3 : Il nous a régénérés pour une vivante espérance. Il y a aussi une régénération du corps : de même en effet que l’âme est régénérée par la grâce, de même, lors de la résurrection, [Dieu] ressuscitera nos corps. Ph 3, 21 : Il transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire. Certains interprètent selon la première régénération et adoptent la ponctuation suivante : VOUS QUI M’AVEZ SUIVI DANS LA RÉGÉNÉRATION, c’est-à-dire, qui avez été régénérés par la grâce, VOUS SIÉGEREZ, etc. Chrysostome [interprète] de la même façon, mais n’adopte pas cette ponctuation. Il dit donc que la récompense qu’il leur a promise dans la vie présente sera que VOUS QUI M’AVEZ SUIVI…, VOUS SIÉGEREZ.
2070. L’Église présente est la foi au Christ. Dans cette Église, il existe divers états chez les hommes. Et bien que toutes les vertus soient nécessaires au salut, toutefois l’un est plus louable par l’exercice d’une vertu que [par celui] d’une autre : certains par la foi, d’autres par la chasteté, d’autres par la charité. De même que c’est le cas entre les divers fidèles, de même [était-ce le cas] entre les apôtres, car Pierre fut le plus fervent promoteur de la foi, mais Jean excella dans la chasteté. Ainsi, ceux qui sont enflammés par la foi sont le siège de Pierre, par la chasteté, celui de Jean, et ainsi pour les autres. Mais tous sont le siège du Christ, car toutes les vertus se trouvaient en eux. C’est pourquoi [le Seigneur] leur promit qu’ils seraient les futurs pasteurs de l’Église.
2071. Autre [interprétation] : selon Augustin, il s’agit de la régénération, à savoir, de la résurrection. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, DANS LA RÉGÉNÉRATION, c’est-à-dire lors de la résurrection, lorsqu’ils seront rappelés dans leur corps et dans leur âme, VOUS SIÉGEREZ, à savoir, sur le siège de majesté, c’est-à-dire que vous aurez le pouvoir judiciaire, POUR JUGER LES DOUZE TRIBUS D’ISRAËL, car de même que Dieu a confié le jugement au Fils, de même [le jugement] est-il donné à ceux qui l’ont suivi.
2072. Mais que veut-il dire par : LES DOUZE TRIBUS D’ISRAËL ? Ne jugeront-ils pas les autres ? Pourquoi donc parle-t-il davantage des DOUZE TRIBUS D’ISRAËL ? On comprend [qu’il s’agit] de tout le peuple des fidèles du monde entier, car les Gentils auront profité de l’abondance de l’olivier et auront partagé la promesse faite aux pères. Mais ceux qui sont infidèles ne seront pas jugés, car Grégoire dit que «certains sont damnés et ne sont pas jugés, comme les infidèles ; certains sont damnés et sont jugés, comme ceux qui ont cru et ont été retournés». Et, comme l’affirme Jérôme, «les ennemis subissent une condamnation différente de celle de celui qui est demeuré dans la foi, car les ennemis sont condamnés par contumace, mais les autres alors qu’ils sont présents».
2073. VOUS JUGEREZ DONC LES DOUZE TRIBUS D’ISRAËL. Parce que les apôtres ont vécu parmi les Juifs, on dit donc qu’ils jugeront les douze tribus. Et comment ? En les comparant, car ils les avaient averties. Elles pourraient dire : «Comment aurions-nous cru que tu étais Dieu, toi qui es vivant comme un mortel parmi nous, etc. ?» Mais le Seigneur dira : «Vous étiez sages selon la loi, et vous n’avez pas cru ; ceux-ci étaient des pêcheurs, et ils ont cru.»
Chrysostome se demande ce qui a été donné de grand aux apôtres. Cela n’a-t-il pas été donné aux Ninivites et à la reine du Midi, plus haut, 12, 41 ? Chrysostome dit que la manière même montre que l’autorité pour juger a été donnée aux apôtres, car ceux qui jugent d’autorité jugent assis, les avocats et les accusateurs condamnent debout. Pour montrer que les apôtres jugeront d’autorité, [le Seigneur] dit : VOUS SIÉGEREZ. Mais, à projet des Ninivites, il dit : Les Ninivites se lèveront lors du jugement en même temps que cette génération et la condamneront [12, 41].
2074. Mais ici se pose une question, car certains seront condamnés sans être jugés, et de même certains seront sauvés sans être jugés, tels les apôtres et les hommes apostoliques ; mais d’autres qui doivent être sauvés seront jugés : leurs mérites seront mis en évidence.
Et comment jugeront-ils ? Certains disent [que ce sera] par comparaison. Mais cela ne suffit pas, car la reine du Midi jugera de cette façon. Certains disent que ce sera selon le jugement du Christ. Mais cela ne suffit pas, car tous les saints approuveront de cette façon. Ps 57[58], 11 : Le juste se réjouira lorsqu’il verra le châtiment. De même, certains disent que ce sera par une justice imposante, car les justes seront élevés dans les airs au-devant du Christ et seront les assesseurs du Christ. Mais cela ne suffit pas encore, car il dit : VOUS SIÉGEREZ POUR JUGER. Certains disent qu’ils jugeront comme un livre juge : en effet, celui-ci juge, car là sont écrites les lois qui jugent [un homme], comme les cœurs des apôtres et des justes, qui ont observé les commandements de Dieu, seront le livre qui condamnera [les tribus d’Israël]. Les morts ont été jugés à livre ouvert, Ap 20, 12.
2075. Mais il y a plus, car [les apôtres] feront autre chose. Ainsi, en Ps 149[150], 6 : Les glaives à deux faces seront entre leurs mains. Comment donc jugeront-ils ? Voyez. Il y aura un jugement intérieur, car il adviendra par la puissance divine que tous ses péchés reviendront à la mémoire de chacun. De sorte que Lactance s’est trompé lorsqu’il affirme que la résurrection aura lieu mille ans avant le jugement. Ce jugement sera donc intérieur parce que, par la puissance divine, sera rappelé à la mémoire tout ce que chacun a fait. Mais il n’est pas inapproprié que quelqu’un reçoive une lumière d’un autre, car les anges en reçoivent de Dieu, et les hommes des anges. Il n’est donc pas étonnant que les hommes soient éclairés par les apôtres qui sont remplis [de lumière]. Ainsi, non seulement ils jugeront, mais les autres justes recevront aussi d’eux une certaine lumière. Mais cela sera différent chez les Christ et chez les apôtres, car le Christ le fera d’autorité, mais eux à titre de promulgateurs. Comme la loi a été donnée par les anges, la mise en œuvre du jugement sera faite par les anges, car voici qu’il est dit que les anges (Jb 36, 6 : Le jugement sera donné aux pauvres) ont obtenu justice et ont tout abandonné.
2076. Et pourquoi jugeront-ils ? Une raison est que les péchés appartiennent au monde. Ainsi, ceux qui doivent juger doivent être hors du monde, et tels sont les apôtres et les hommes apostoliques. De sorte que Jn 15, 9 [dit] : Je vous ai choisis parmi le monde. De même, le Philosophe dit que l’homme vertueux est le juge de tous les hommes, comme le goût l’est de tout ce qui peut être dégusté. De même donc que celui qui veut goûter quelque chose le donne à goûter à quelqu’un qui a un goût sain, de même, puisque l’homme vertueux a un goût sain, est-il la règle de tous les actes. Ainsi donc, les hommes parfaits jugeront comme une règle [juge]. Il y a aussi une autre explication : certains sont étrangers au monde, et ils suivent donc le Christ avec plus de ferveur. Ceux-là donc doivent d’autant plus juger qu’ils sont enflammés par les réalités à contempler. Ps 38[39], 4 : Mon cœur s’échauffe en moi, et un feu brûle alors que je médite. Aussi, parce qu’ils en ont plus l’habitude, ils sont plus fervents. C’est aussi parce qu’ils étaient pauvres et plus méprisables, mais que le mérite du mépris est l’élévation. [Le Seigneur] dit donc : VOUS SIÉGEREZ POUR JUGER, etc.
2077. Mais est-ce que Judas jugera ? Non, car ces promesses sont toutes conditionnelles. C’est pourquoi le Seigneur dit : VOUS QUI M’AVEZ SUIVI, etc. Ainsi, celui qui [l’]aura suivi et aura persévéré jugera, etc. Mais si ceux-ci jugent, que fera Paul ? Si les sièges sont déjà occupés, où [s’assoira] Paul ? Augustin dit que par [le nombre] douze est signifiée la totalité, qui est composée de sept. Le nombre douze vient donc de la multiplication de sept, car le nombre sept vient de trois et de quatre, et trois fois quatre (ou quatre fois trois) donnent douze. C’est ainsi que par ce nombre est signifié l’ensemble des élus.
. [Le Seigneur] dit donc : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. En effet, parce qu’il voulait que ce qu’il avait dit soit [considéré comme] certain, il affirme donc avoir dit la vérité en disant : EN VÉRITÉ. Et pour montrer que la perfection ne réside pas dans ceci : VA, VENDS TOUT CE QUE TU POSSÈDES, mais dans ceci : SUIS-MOI, il dit donc : VOUS QUI M’AVEZ SUIVI, DANS LA RÉGÉNÉRATION… VOUS SIÉGEREZ, VOUS AUSSI, SUR DOUZE TRÔNES, etc. La régénération est double. L’une est celle de l’esprit, qui est réalisée par la grâce dans le baptême, dont il est question en 1 P 1, 3 : Il nous a régénérés pour une vivante espérance. Il y a aussi une régénération du corps : de même en effet que l’âme est régénérée par la grâce, de même, lors de la résurrection, [Dieu] ressuscitera nos corps. Ph 3, 21 : Il transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire. Certains interprètent selon la première régénération et adoptent la ponctuation suivante : VOUS QUI M’AVEZ SUIVI DANS LA RÉGÉNÉRATION, c’est-à-dire, qui avez été régénérés par la grâce, VOUS SIÉGEREZ, etc. Chrysostome [interprète] de la même façon, mais n’adopte pas cette ponctuation. Il dit donc que la récompense qu’il leur a promise dans la vie présente sera que VOUS QUI M’AVEZ SUIVI…, VOUS SIÉGEREZ.
2070. L’Église présente est la foi au Christ. Dans cette Église, il existe divers états chez les hommes. Et bien que toutes les vertus soient nécessaires au salut, toutefois l’un est plus louable par l’exercice d’une vertu que [par celui] d’une autre : certains par la foi, d’autres par la chasteté, d’autres par la charité. De même que c’est le cas entre les divers fidèles, de même [était-ce le cas] entre les apôtres, car Pierre fut le plus fervent promoteur de la foi, mais Jean excella dans la chasteté. Ainsi, ceux qui sont enflammés par la foi sont le siège de Pierre, par la chasteté, celui de Jean, et ainsi pour les autres. Mais tous sont le siège du Christ, car toutes les vertus se trouvaient en eux. C’est pourquoi [le Seigneur] leur promit qu’ils seraient les futurs pasteurs de l’Église.
2071. Autre [interprétation] : selon Augustin, il s’agit de la régénération, à savoir, de la résurrection. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, DANS LA RÉGÉNÉRATION, c’est-à-dire lors de la résurrection, lorsqu’ils seront rappelés dans leur corps et dans leur âme, VOUS SIÉGEREZ, à savoir, sur le siège de majesté, c’est-à-dire que vous aurez le pouvoir judiciaire, POUR JUGER LES DOUZE TRIBUS D’ISRAËL, car de même que Dieu a confié le jugement au Fils, de même [le jugement] est-il donné à ceux qui l’ont suivi.
2072. Mais que veut-il dire par : LES DOUZE TRIBUS D’ISRAËL ? Ne jugeront-ils pas les autres ? Pourquoi donc parle-t-il davantage des DOUZE TRIBUS D’ISRAËL ? On comprend [qu’il s’agit] de tout le peuple des fidèles du monde entier, car les Gentils auront profité de l’abondance de l’olivier et auront partagé la promesse faite aux pères. Mais ceux qui sont infidèles ne seront pas jugés, car Grégoire dit que «certains sont damnés et ne sont pas jugés, comme les infidèles ; certains sont damnés et sont jugés, comme ceux qui ont cru et ont été retournés». Et, comme l’affirme Jérôme, «les ennemis subissent une condamnation différente de celle de celui qui est demeuré dans la foi, car les ennemis sont condamnés par contumace, mais les autres alors qu’ils sont présents».
2073. VOUS JUGEREZ DONC LES DOUZE TRIBUS D’ISRAËL. Parce que les apôtres ont vécu parmi les Juifs, on dit donc qu’ils jugeront les douze tribus. Et comment ? En les comparant, car ils les avaient averties. Elles pourraient dire : «Comment aurions-nous cru que tu étais Dieu, toi qui es vivant comme un mortel parmi nous, etc. ?» Mais le Seigneur dira : «Vous étiez sages selon la loi, et vous n’avez pas cru ; ceux-ci étaient des pêcheurs, et ils ont cru.»
Chrysostome se demande ce qui a été donné de grand aux apôtres. Cela n’a-t-il pas été donné aux Ninivites et à la reine du Midi, plus haut, 12, 41 ? Chrysostome dit que la manière même montre que l’autorité pour juger a été donnée aux apôtres, car ceux qui jugent d’autorité jugent assis, les avocats et les accusateurs condamnent debout. Pour montrer que les apôtres jugeront d’autorité, [le Seigneur] dit : VOUS SIÉGEREZ. Mais, à projet des Ninivites, il dit : Les Ninivites se lèveront lors du jugement en même temps que cette génération et la condamneront [12, 41].
2074. Mais ici se pose une question, car certains seront condamnés sans être jugés, et de même certains seront sauvés sans être jugés, tels les apôtres et les hommes apostoliques ; mais d’autres qui doivent être sauvés seront jugés : leurs mérites seront mis en évidence.
Et comment jugeront-ils ? Certains disent [que ce sera] par comparaison. Mais cela ne suffit pas, car la reine du Midi jugera de cette façon. Certains disent que ce sera selon le jugement du Christ. Mais cela ne suffit pas, car tous les saints approuveront de cette façon. Ps 57[58], 11 : Le juste se réjouira lorsqu’il verra le châtiment. De même, certains disent que ce sera par une justice imposante, car les justes seront élevés dans les airs au-devant du Christ et seront les assesseurs du Christ. Mais cela ne suffit pas encore, car il dit : VOUS SIÉGEREZ POUR JUGER. Certains disent qu’ils jugeront comme un livre juge : en effet, celui-ci juge, car là sont écrites les lois qui jugent [un homme], comme les cœurs des apôtres et des justes, qui ont observé les commandements de Dieu, seront le livre qui condamnera [les tribus d’Israël]. Les morts ont été jugés à livre ouvert, Ap 20, 12.
2075. Mais il y a plus, car [les apôtres] feront autre chose. Ainsi, en Ps 149[150], 6 : Les glaives à deux faces seront entre leurs mains. Comment donc jugeront-ils ? Voyez. Il y aura un jugement intérieur, car il adviendra par la puissance divine que tous ses péchés reviendront à la mémoire de chacun. De sorte que Lactance s’est trompé lorsqu’il affirme que la résurrection aura lieu mille ans avant le jugement. Ce jugement sera donc intérieur parce que, par la puissance divine, sera rappelé à la mémoire tout ce que chacun a fait. Mais il n’est pas inapproprié que quelqu’un reçoive une lumière d’un autre, car les anges en reçoivent de Dieu, et les hommes des anges. Il n’est donc pas étonnant que les hommes soient éclairés par les apôtres qui sont remplis [de lumière]. Ainsi, non seulement ils jugeront, mais les autres justes recevront aussi d’eux une certaine lumière. Mais cela sera différent chez les Christ et chez les apôtres, car le Christ le fera d’autorité, mais eux à titre de promulgateurs. Comme la loi a été donnée par les anges, la mise en œuvre du jugement sera faite par les anges, car voici qu’il est dit que les anges (Jb 36, 6 : Le jugement sera donné aux pauvres) ont obtenu justice et ont tout abandonné.
2076. Et pourquoi jugeront-ils ? Une raison est que les péchés appartiennent au monde. Ainsi, ceux qui doivent juger doivent être hors du monde, et tels sont les apôtres et les hommes apostoliques. De sorte que Jn 15, 9 [dit] : Je vous ai choisis parmi le monde. De même, le Philosophe dit que l’homme vertueux est le juge de tous les hommes, comme le goût l’est de tout ce qui peut être dégusté. De même donc que celui qui veut goûter quelque chose le donne à goûter à quelqu’un qui a un goût sain, de même, puisque l’homme vertueux a un goût sain, est-il la règle de tous les actes. Ainsi donc, les hommes parfaits jugeront comme une règle [juge]. Il y a aussi une autre explication : certains sont étrangers au monde, et ils suivent donc le Christ avec plus de ferveur. Ceux-là donc doivent d’autant plus juger qu’ils sont enflammés par les réalités à contempler. Ps 38[39], 4 : Mon cœur s’échauffe en moi, et un feu brûle alors que je médite. Aussi, parce qu’ils en ont plus l’habitude, ils sont plus fervents. C’est aussi parce qu’ils étaient pauvres et plus méprisables, mais que le mérite du mépris est l’élévation. [Le Seigneur] dit donc : VOUS SIÉGEREZ POUR JUGER, etc.
2077. Mais est-ce que Judas jugera ? Non, car ces promesses sont toutes conditionnelles. C’est pourquoi le Seigneur dit : VOUS QUI M’AVEZ SUIVI, etc. Ainsi, celui qui [l’]aura suivi et aura persévéré jugera, etc. Mais si ceux-ci jugent, que fera Paul ? Si les sièges sont déjà occupés, où [s’assoira] Paul ? Augustin dit que par [le nombre] douze est signifiée la totalité, qui est composée de sept. Le nombre douze vient donc de la multiplication de sept, car le nombre sept vient de trois et de quatre, et trois fois quatre (ou quatre fois trois) donnent douze. C’est ainsi que par ce nombre est signifié l’ensemble des élus.
Il ne dit pas: «Pour vous qui avez quitté toutes choses», car c'est ce qu'a fait le philosophe Cratès, et beaucoup d'autres qui ont méprisé les richesses; mais: «Pour vous qui m'avez suivi»,ce qui est le caractère propre des Apôtres et des vrais fidèles.
Comme en effet il ne suffit pas de tout abandonner, Pierre ajoute ce qui est le caractère propre de la perfection: «Et nous vous avons suivi».Nous avons fait ce que vous avez or donné; quelle sera donc notre récompense? C'est ce que signifient ces paroles: «Que nous sera-t-il donc donné ?» Or, Jésus leur dit: «Je vous le dis en vérité, que pour vous qui m'avez suivi», etc.
Ces paroles du Sauveur peuvent encore recevoir cet autre sens: «Vous qui m'avez suivi, vous serez assis au jour de la régénération», c'est-à-dire lorsque les morts ressusciteront incorruptibles du sein de la corruption ( 1Co 15 ), vous serez assis sur les trônes des juges pour condamner les douze tribus d'Israël, parce que, témoins de votre foi, elles ont refusé d'en être les imitateurs.
Il ne dit pas: Pour juger les nations de l'univers, mais: «Pour juger les tribus d'Israël», parce que les Juifs et les Apôtres avaient été élevés suivant les mêmes lois et sous les mêmes institutions. Aussi lorsque les Juifs viendront dire: Nous avons refusé de croire au Christ, parce que la loi le défendait, on leur opposera les disciples de Jésus, qui ont reçu et observé la même loi. Mais on dira peut-être: Quelle si grande récompense leur a-t-il promise, s'ils ne doivent recevoir que ce que la reine du Midi et les Ninivites recevront eux-mêmes? Il leur a déjà promis et il leur promettra encore d'autres récompenses bien plus magnifiques, mais ici-même il indique que ce qui leur est destiné est bien supérieur à ce que recevront les Ninivi tes. En parlant de ces derniers, il dit simplement qu'ils se lèveront contre cette génération pour la condamner, mais lorsqu'il s'agit des Apôtres, il s'exprime en ces termes: «Lorsque le Fils de l'homme siégera sur le trône de sa gloire, vous serez assis vous-mêmes sur douze trônes»,etc. Il est donc certain qu'ils partageront et sa royauté et sa gloire. C'est cet honneur et cette gloire qui sont figurés ici par les trônes. Or, comment s'est accomplie cette promesse? Est-ce que Judas siégera aussi avec les autres Apôtres? Non, assurément, car voici la loi que le Seigneur a établie par le prophète Jérémie: «Je me déclarerai en faveur d'une nation ou d'un royaume pour l'établir et pour l'affermir, mais si ce royaume ou cette nation pêche devant mes yeux, je me repentirai aussi du bien que j'avais résolu de lui faire»; c'est-à-dire: S'ils se ren dent indignes de mes promesses, je me garderai bien de les accomplir. Or, Judas s'est rendu indigne de l'honneur qui lui avait été promis. Aussi n'est-ce pas sans conditions que le Sauveur fait cette promesse à ses disciples; car il ne dit pas d'une manière absolue: «Vous serez assis», mais il fait précéder ces paroles de celles-ci: «Vous qui m'avez suivi», paroles qui ex cluaient Judas, et qui attiraient à lui ceux qui devaient plus tard marcher à sa suite; car ce n'était ni aux disciples seuls, ni à Judas, qui s'en était déjà rendu indigne, que Notre-Seigneur les adressait.
Ou bien encore, par ces paroles: «Au temps de la régénération», Notre-Seigneur a voulu exprimer ces premiers temps du christianisme qui suivirent immédia tement son ascension; car les hommes furent alors régénérés par le baptême, et c'était le temps où lui-même était assis sûr le trône de sa majesté. Et remarquez que ces paroles s'appliquent, non pas au jour du jugement dernier, mais à la voca tion de tous les peuples, car le Sauveur ne dit pas: «Lorsque le Fils de l'homme viendra, assis sur le trône de sa majesté, mais au temps de la régénération, lorsqu'il s'assiera sur le trône de sa majesté. C'est ce qui arriva lorsque les nations commencèrent à croire en Jésus-Christ, selon ces paroles du Roi-Prophète: «Le Seigneur régnera sur les nations, le Seigneur est assis sur son trône qui est saint» ( Ps 47,9 ). Alors aussi les Apôtres furent assis sur leurs douze trônes, c'est-à-dire dans le coeur de tous les chrétiens; car tout chrétien qui reçoit la parole de Pierre, devient le siége de Pierre, et il en est ainsi de tous les autres Apôtres. Or, les Apôtres sont assis sur douze trônes distincts, suivant la différence des dispositions des âmes et des coeurs que Dieu seul connaît. Car le peuple chrétien est divisé en douze tribus comme le peuple juif, de manière que certaines âmes appartiennent à la tribu de Ruben, d'autres âmes aux autres tribus, suivant la différence de leurs vertus. En effet, toutes les vertus ne sont pas au même degré dans tous les hommes, mais tel excelle dans celle-ci, et tel autre dans celle-là. Les Apôtres jugeront donc les douze tribus d'Israël, c'est-à-dire tout le peuple juif, sur ce chef que leur prédication a été reçue par toutes les nations. L'universalité des chrétiens forme les douze trônes des Apôtres, mais l'unique trône de Jésus-Christ. En effet, toutes les vertus sont comme le siége unique de Jésus-Christ; car il est le seul qui soit également parfait dans toutes les vertus. Parmi les Apôtres, chacun d'eux excelle aussi dans une vertu spéciale: Pierre dans la foi, Jean dans l'innocence. Pierre se repose donc dans la foi comme sur un trône, Jean, dans l'innocence, et ainsi des autres Apô tres. Les paroles suivantes montrent que Jésus-Christ voulait aussi parler de la récompense que les Apôtres devaient recevoir en ce monde: «Et quiconque aura quitté pour mon nom sa mai son ou ses frères»,etc.; car s'ils reçoivent le centuple en ce monde; il est certain que le Sau veur leur promettait une récompense même pour cette vie.
Jésus-Christ, en plaçant ses Apôtres sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël, les associe à la gloire des douze patriarches, et nous devons conclure de ce pas sage que Jésus doit juger un jour, assisté de ses disciples. Aussi dit-il aux Juifs dans un autre endroit: «C'est pourquoi ils seront vos juges» ( Mt 12,27 Lc 11,19 ). Nous ne devons pas croire, toutefois, que ces douze hommes seront les seuls qui jugeront avec lui, parce qu'il est question de douze trônes sur lesquels ils seront assis; le nombre douze représente ici la multi tude de tous ceux qui seront associés à ce jugement, parce qu'il est composé des deux parties du nombre sept, qui signifie souvent l'universalité des choses; en effet, ses deux parties, trois et quatre, multipliées l'une par l'autre, donnent le nombre douze. D'ailleurs, l'apôtre saint Mathias ayant été élu pour remplacer le traître Judas, il s'ensuivrait donc que l'apôtre saint Paul, qui a travaillé plus que les autres, ne trouverait plus de siége pour juger, lui qui nous dé clare qu'il doit un jour faire partie du nombre des juges avec les autres saints: «Ignorez-vous que nous jugerons les anges ?»