Matthieu 18, 18
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Quelle que soit la
sentence que l’Église croira devoir prononcer, Dieu promet de la ratifier du haut des cieux : telle est la liaison
de ce verset avec le précédent. Nous entendons ici la confirmation anticipée des décrets judiciaires portés par
l’Église de Jésus. Ce qu’elle jugera par l’intermédiaire de ses chefs n’aura pas la valeur d’une décision
humaine : comme elle est un tribunal vraiment divin, ses arrêts auront la sanction du ciel. C’est donc le
blanc-seing de Dieu qu’elle reçoit en ce moment. Nous renvoyons, pour les détails et spécialement pour le
sens des verbes lier et délier, à l’explication que nous avons donnée plus haut, 16, 18, de la parole identique
adressée par Jésus à S. Pierre. Les pouvoirs conférés directement aux Apôtres, indirectement à leurs
successeurs, sont sans réserve : ils embrassent le for intérieur aussi bien que le for extérieur ; voilà pourquoi
on les applique aussi en théologie au tribunal de la Pénitence. Nous avons montré cependant qu’ils ne sont
pas prépondérants, comme ceux du prince des Apôtres. S. Pierre aura le droit de paître les brebis et les
pasteurs : ses collègues n’auront d’autorité que sur les brebis seulement. - Voici une réflexion de S. Jean
Chrysostôme qui montre bien l'unité de tout ce passage et la manière dont le v. 18 se rattache aux
prescriptions de Jésus relatives à la correction fraternelle : « Vois-tu comment Jésus-Christ menace le frère
qui a péché d’une double punition, des jugements de l’Église et des tourments de l’enfer? et il le menace des premiers, afin qu’il évite les seconds. Il veut qu’on lui fasse craindre d’être retranché de la compagnie des
fidèles et d’être lié sur la terre et dans le ciel, afin que la frayeur l’adoucisse et le fasse rentrer en
lui-même. ... C’est pourquoi Jésus-Christ établit trois différents jugements qui se succèdent l’un à l’autre. Il
ne veut pas retrancher d’abord ce criminel de son Église. Après le premier jugement il veut voir si le second
ne l’ébranlera pas, et après que le second lui a été inutile, il veut l’épouvanter par le troisième. S’il
s’opiniâtre contre tous ces remèdes, il lui représente enfin l’état où il sera lorsqu’il tombera entre les mains
de Dieu même, et le supplice qu’il en doit attendre ».
1985. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. Ici est présentée l’efficacité de cette sentence. Car quelqu’un pourrait dire : «Que m’importe ce que dit l’Église et que j’aie été excommunié ?» [Le Seigneur] montre donc cette efficacité : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS : TOUT CE QUE VOUS AUREZ LIÉ SUR LA TERRE SERA LIÉ DANS LE CIEL, ET TOUT CE QUE VOUS AUREZ DÉLIÉ SUR LA TERRE SERA DÉLIÉ DANS LE CIEL. Plus haut, cela a été dit à Pierre ; mais ici, cela est dit à toute l’Église. Et on dit LIER, soit parce qu’elle ne délie pas, soit parce qu’elle excommunie. Origène dit que [le Seigneur] dit ici : DANS LE CIEL, mais que lorsqu’il parla à Pierre, il dit : DANS LES CIEUX, pour montrer que Pierre avait un pouvoir universel. Ici, [le Seigneur] dit : DANS LE CIEL, puisque leur pouvoir n’est pas universel, car le pouvoir universel a été donné à Pierre.
Et remarquez qu'il ne dit pas à celui qui est à la tête de l'Église: Liez un tel, mais: «Si vous liez, les liens ne pourront être rompus». Il laisse ainsi à son propre jugement la conduite qu'il doit tenir. Voyez encore comme il a chargé d'une double chaîne le pécheur incorrigible, d'abord par une peine actuelle, c'est-à-dire sa séparation de l'Église, dont il a parlé plus haut en ces termes: «Qu'il soit pour vous comme un païen», et par le supplice de l'autre vie, qui est d'être lié dans le ciel; et c'est par cette multitude de jugements qu'il veut éteindre l'indignation du frère coupa ble.
L'intention du Sauveur dans ces paroles est d'inspirer à tous les hommes la crainte la plus vive, pour les contenir ici-bas dans le devoir; c'est pour cela qu'il déclare irrévocable le jugement prononcé par le tribunal sévère des Apôtres, jusque là que tous ceux qu'ils auront liés sur la terre, c'est-à-dire qu'ils auront laissés dans les liens du péché, et ceux qu'ils auront déliés en leur donnant dans la rémission des péchés le gage du salut, seront liés ou déliés dans les cieux.
Il ne dit pas: «dans les cieux», comme dans le pouvoir qu'il a donné à pierre, mais «dans le ciel» au singulier; car les Apôtres n'étaient pas aussi parfaits que Pierre.