Matthieu 17, 4
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Pierre, prenant la parole. Sur cet emploi particulier du verbe « prendre la parole », comparer 11, 25 et
l’explication. - D’après le troisième Évangile, 9, 33, c’est au moment où les augustes interlocuteurs de Jésus
commençaient à se retirer, que S. Pierre, enivré de délices et sachant à peine ce qu’il disait, Cf. Marc, 9, 5 ;
Luc. l. c., s’écria tout à coup en s’adressant au divin Maître : Il nous est bon d'être ici (en grec, beau et bon
tout à la fois). Les mots « nous » et « ici » sont emphatiques. Nous tous, tant que nous sommes, y compris
Moïse et Élie que l’Apôtre songeait précisément à retenir. Restons ici : notre séjour en ce lieu est trop plein
de suavité pour que nous songions si promptement à le quitter. S. Pierre exprime son bonheur en termes
simples et naïfs. S. Jean Chrysostôme, Théophylacte et Euthymius lui prêtent, mais à tort, une pensée lâche
et imparfaite : « Comme il craignait ce qu’il avait entendu dire, il n’y avait pas longtemps, savoir que
Jésus-Christ devait aller à Jérusalem pour y souffrir... Il crut que ce lieu était sûr et qu’il valait mieux y
demeurer », S. Jean Chrys. Hom. 56 in Matth. - Dans l’espoir de mieux faire accepter sa proposition, Pierre
ajoute plus naïvement encore qu’il est tout prêt à construire avec ses deux amis trois tentes où Jésus, Moïse
et Élie pourront commodément s’installer. - Si vous le voulez. Tournure délicate : il ne fera rien sans la
permission expresse de son Maître. - Trois tentes : il pensait à des cabanes de feuillage, semblables à celles
qui servaient aux Juifs de demeures transitoires pendant la fête des Tabernacles. Pour un séjour prolongé, tel
qu’il le souhaitait, des habitations étaient nécessaires au sommet de la saint Montagne : il s’offre résolument
pour en construire aussitôt. - Une pour vous... Dans cette énumération faite selon l’ordre de la dignité, Pierre
s’oublie totalement lui-même ainsi que ses deux compagnons. C’est qu’il s’envisage et qu’il les envisage
avec lui comme des serviteurs de l’auguste assemblée. Pour eux, un abri n’est pas nécessaire : qu’on les
laisse seulement où ils sont, ils ne demandent rien de plus. Les choses célestes et les choses terrestres étaient
pour le moment toutes confondues dans son esprit par suite du bonheur qu’il éprouvait. Il oublie qu’un pareil
moment ne saurait durer, être fixé sur la terre.
1897. Vient ensuite la réaction émotive de Pierre : PIERRE ALORS, PRENANT LA PAROLE, DIT, etc. Et nous pouvons l’expliquer en nous tournant soit vers sa condition charnelle, soit vers sa dévotion. Chrysostome se tourne vers sa condition charnelle. Plus haut, le Christ avait dit qu’il allait souffrir et Pierre l’avait rabroué lorsqu’il l’avait repris. Moïse et Élie apparurent donc en train de parler de la passion [du Christ]. C’est pourquoi lorsque Pierre [les] entendit s’y référer, il ne put l’entendre. Il ne voulait pas s’y opposer. Il pensait donc que, s’il restait là, il éviterait la mort. Ainsi, pour qu’ils ne partent pas immédiatement, il dit : FAISONS ICI TROIS TENTES. Et pourquoi dit-il : UNE POUR MOÏSE, UNE POUR ÉLIE ? Parce qu’il voyait que [le Seigneur] était affecté par la mort, il voulait que ceux-ci [l’]empêchent de mourir. On lit au sujet d’Élie, en 4 R [2 R] 1, 10, que lorsque le roi envoya la cinquantaine, [Élie] fit descendre le feu du ciel. On lit aussi de Moïse, [au même endroit], 16, 32, que lorsqu’un conflit surgit dans le tabernacle, il descendit des nuées. [Pierre] pensait donc que les nuées pouvaient écouter Moïse et le feu, Élie.
D’autres se tournent vers la dévotion de Pierre. À ce sujet, [Matthieu] fait deux choses. Premièrement, il aborde la réaction émotive [de Pierre] ; deuxièmement, sa suggestion, en cet endroit : SI TU LE VEUX, etc.
1898. [Pierre] dit donc : SEIGNEUR, IL EST HEUREUX QUE NOUS SOYONS ICI. Voyant la gloire dans le trop grand éclat de la neige, [Pierre] fut tellement ému qu’il ne voulut jamais en être séparé, si Dieu le voulait. Et qu’en sera-t-il de ceux qui seront dans une gloire parfaite ! Ainsi donc, ceux qui seront dans cette béatitude ne voudront jamais en être séparés. Ps 72, 28 : Il est bon pour moi d’être attaché à Dieu, etc. En second lieu, il fait une suggestion et, comme le dit Lc 9, 23, sans savoir ce qu’il disait. Il dit donc : SI TU LE VEUX, DRESSONS ICI TROIS TENTES, car nous devons soumettre notre volonté à la volonté de Dieu, comme plus haut, 6, 10 : Que ta volonté soit faite, etc. En cela, Pierre a donc bien parlé ; mais, sous un autre aspect, il a mal parlé, parce qu’il a cru qu’on pouvait obtenir la gloire sans la mort, ce qui va à l’encontre de 2 Co 5, 1 : En effet, nous savons que, si la demeure terrestre où nous habitons est détruite, nous avons une maison qui n’est pas construite de main d’homme, mais qui est éternelle dans les cieux. [Il a aussi mal parlé] parce qu’il a cru que la gloire des saints se trouvait en ce monde, elle qui n’est pas ici, mais dans les cieux, plus haut, 5, 12 : Réjouissez-vous et exultez, car votre récompense est grande dans les cieux. [Il a aussi mal parlé] parce qu’il a cru qu’ils avaient besoin de tentes ; mais ils n’en avaient pas besoin ici, car ils en ont dans les cieux. Ap 21, 3 : Voici la tente de Dieu au milieu des hommes. [Il a encore mal parlé] parce qu’il a voulu dresser trois tentes : en effet, une seule suffit pour le Père, le Fils et l’Esprit Saint. De même, il a comparé le Christ aux autres. Or, il ne faut pas agir ainsi. Jb 32, 21 : Je n’égalerai pas Dieu à l’homme. Pierre, tous n’ont qu’une seule tente, qui est la foi !
D’autres se tournent vers la dévotion de Pierre. À ce sujet, [Matthieu] fait deux choses. Premièrement, il aborde la réaction émotive [de Pierre] ; deuxièmement, sa suggestion, en cet endroit : SI TU LE VEUX, etc.
1898. [Pierre] dit donc : SEIGNEUR, IL EST HEUREUX QUE NOUS SOYONS ICI. Voyant la gloire dans le trop grand éclat de la neige, [Pierre] fut tellement ému qu’il ne voulut jamais en être séparé, si Dieu le voulait. Et qu’en sera-t-il de ceux qui seront dans une gloire parfaite ! Ainsi donc, ceux qui seront dans cette béatitude ne voudront jamais en être séparés. Ps 72, 28 : Il est bon pour moi d’être attaché à Dieu, etc. En second lieu, il fait une suggestion et, comme le dit Lc 9, 23, sans savoir ce qu’il disait. Il dit donc : SI TU LE VEUX, DRESSONS ICI TROIS TENTES, car nous devons soumettre notre volonté à la volonté de Dieu, comme plus haut, 6, 10 : Que ta volonté soit faite, etc. En cela, Pierre a donc bien parlé ; mais, sous un autre aspect, il a mal parlé, parce qu’il a cru qu’on pouvait obtenir la gloire sans la mort, ce qui va à l’encontre de 2 Co 5, 1 : En effet, nous savons que, si la demeure terrestre où nous habitons est détruite, nous avons une maison qui n’est pas construite de main d’homme, mais qui est éternelle dans les cieux. [Il a aussi mal parlé] parce qu’il a cru que la gloire des saints se trouvait en ce monde, elle qui n’est pas ici, mais dans les cieux, plus haut, 5, 12 : Réjouissez-vous et exultez, car votre récompense est grande dans les cieux. [Il a aussi mal parlé] parce qu’il a cru qu’ils avaient besoin de tentes ; mais ils n’en avaient pas besoin ici, car ils en ont dans les cieux. Ap 21, 3 : Voici la tente de Dieu au milieu des hommes. [Il a encore mal parlé] parce qu’il a voulu dresser trois tentes : en effet, une seule suffit pour le Père, le Fils et l’Esprit Saint. De même, il a comparé le Christ aux autres. Or, il ne faut pas agir ainsi. Jb 32, 21 : Je n’égalerai pas Dieu à l’homme. Pierre, tous n’ont qu’une seule tente, qui est la foi !
La GloseOu bien les vêtements du Christ figurent les saints dont Isaïe a dit: « Ils seront pour vous comme un habillement d'honneur dont vous serez revêtu » ( Is 49,18 ). Ils sont comparés à la neige, parce qu'ils auront l'éclat pur de la vertu, et que le feu des passions ne pourra plus les atteindre.
Le nombre six n'est point mis ici sans raison; c'est après six jours écoulés que le Sauveur manifeste sa gloire, figure de la résurrection qui doit avoir lieu à la fin des six âges de l'homme.
Il se trompa enfin, en croyant qu'il fallait des tentes pour la vie du ciel, où il n'est nul besoin d'habitation, alors qu'il est écrit: « Je n'ai pas vu de temple dans la céleste Jérusalem » ( Ap 21,22 ).
L'erreur de Pierre fut encore de vouloir établir sur la terre le royaume des élus, que Jésus avait promis d'établir un jour dans les cieux; il se trom pa encore en oubliant qu'il était mortel, lui et les deux autres disciples, et en voulant entrer dans l'éternelle félicité sans avoir passé par la mort.
Ou bien, dans un au tre sens, à la vue de la gloire du Seigneur et de ses deux fidèles serviteurs, Pierre fut tellement ravi de joie, qu'il oublie toutes les choses de la terre, et qu'il voudrait rester toujours dans cet endroit. Or, si tel fut l'enivrement et le transport de cet Apôtre, quelle douceur et quelle sua vité de voir un jour le Roi de gloire dans toute sa beauté (cf. Is 33,17 ), et de se trouver mêlé aux choeurs des anges et de tous les saints? Cette parole de Pierre: « Seigneur, si vous le voulez », est une preuve tout à la fois de son dévouement et de son obéissance.
Remarquons encore que tandis qu'il refusa de faire voir aux scribes et aux pharisiens un prodige dans le ciel, il en fait éclater un de cette nature devant les Apôtres, pour augmenter leur foi, puisqu'il fait descendre Élie du ciel où il était monté, et ressusciter Moïse des enfers. C'est ce double prodige qu'Isaïe conseillait à Achab de demander au plus profond de l'abîme ou au plus haut des cieux ( Is 7,11 ).
Vous êtes cependant dans l'erreur, Pierre, et comme le remarque un autre Évangéliste ( Lc 9,33 ): « Vous ne savez ce que vous dites ». Ne cherchez pas à élever trois tentes, lorsqu'il ne doit y avoir qu'une seule tente, celle de l'Évangile, qui contient le mystérieux abrégé de la loi et des prophètes. Si cependant vous voulez trois tentes, n'égalez pas les serviteurs au maî tre, mais établissez trois tentes (ou plutôt une seule), pour le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Que ces trois personnes qui n'ont qu'une seule et même divinité, n'aient aussi dans votre coeur qu'une seule et même demeure.
Ou bien encore, comme ce monde visible a été créé après le nombre complet de six jours, celui qui s'élève au-dessus de toutes les choses du monde, peut monter sur cette montagne élevée pour y contempler la gloire du Verbe de Dieu.
Mais que dit ici Pierre, toujours plein d'ardeur? « Or, Pierre, prenant la parole, dit à Jésus: Seigneur, nous sommes bien ici », etc. Comme il avait appris de Jésus lui-même qu'il lui fallait aller à Jérusalem, il craint encore pour son Maître; mais après le reproche qu'il en a reçu, il n'ose plus lui dire: « Gardez-vous en bien, Seigneur»; mais il exprime la même pensée sous une autre forme. Il voyait sur la montagne un grand calme et une solitude profonde, et d'après la disposition des lieux, il pense y pouvoir trouver une demeure convenable, comme il le dit au Sauveur: « Nous sommes bien ici ». Il voudrait même y rester toujours, et il parle d'y élever des tentes: « Faisons, s'il vous plaît, trois tentes ». Il espérait que s'il pouvait s'établir sur la montagne, Jésus n'irait pas à Jérusalem, et qu'en évitant d'aller dans cette ville, il éviterait en même temps la mort; car il savait que les scribes tramaient sa perte. Il se confiait encore sur la présence d'Élie, qui avait fait descendre le feu sur la montagne ( 2R 1 ), et sur celle de Moïse ( Ex 24,23 ), qui était entré dans la nuée pour parler à Dieu. Ils auraient pu ainsi se déro ber à tous les regards et à toutes les recherches des persécuteurs.