Matthieu 16, 28
Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venir dans son Règne. »
Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venir dans son Règne. »
Plusieurs Pères de l’Eglise croient que le Sauveur veut parler de sa transfiguration, rapportée dans le chapitre suivant ; l’expression quelques-uns de ceux qui sont ici donne à ce sentiment une probabilité. ― Néanmoins, à cause des nombreux passages parallèles, dans lesquels le texte ne peut s’entendre de la Transfiguration, comme le verset précédent (27) ou en Matthieu, 24, 30 et Luc, 21, 27, on peut donner avec d’autres interprètes l’explication suivante. Il faut d’abord faire remarquer que cette annonce est confirmée par les quatre évangélistes et la comparaison des textes permet d’éclaircir le sens. Au lieu de : Venant dans son royaume, saint Marc, 8, 39, dit : « Le Royaume de Dieu venant dans sa puissance ». Dans saint Matthieu, 10, 23, le Christ leur dit : « Vous n’aurez pas fini d’évangéliser toutes les villes d’Israël jusqu’à ce que vienne le Fils de l’homme. » Dans saint Jean, 21, 22, le Christ dit : « Je veux qu’il [saint Jean] demeure [vivant] jusqu’à ce que je vienne. » Saint Luc écrit pareillement : « Quelques-uns sont ici qui ne goûteront point la mort qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu » (voir Luc, 9, 27). Si Jésus annonce que l’évangélisation de toutes les villes d’Israël ne sera pas achevée (voir Matthieu, 10, 23), alors que pourtant viendra le Fils de l’homme « dans sa Puissance », ce royaume annoncé ne pouvait être le règne de Dieu dans les âmes (à peine commencé), comme le pense J.-H. MICHON. Qu’est-ce alors ? CRAMPON pense à la ruine de Jérusalem en l’an 70 et à l’établissement du christianisme tout en indiquant qu’il ne s’agit là que du premier acte, de la figure, de ce qui doit s’accomplir complètement à la fin des temps. « Pendant tout le premier siècle, il y eut au sein de l’Eglise cette croyance que Jésus allait paraître dans le monde, pour y établir son règne dorénavant triomphant et glorieux. » (MICHON) Mais pourquoi n’est-il pas arrivé au temps annoncé ? Nous en donnons une explication en Jean, note 21.22.
Passage bien difficile, si l’on en juge par la divergence qui règne parmi les exégètes. Deux points nous
paraissent toutefois hors de conteste. Le premier, c’est qu’il s’agit ici d’un jugement solennel qui sera porté
par le Fils de l’Homme ; cela ressort clairement des derniers mots du verset. Le second, c’est que ce
jugement diffère des grandes assises qui auront lieu à la fin du monde, puisque plusieurs des auditeurs
actuels de Jésus doivent en être témoins. Ces deux principes nous aideront à apprécier les interprétations
discordantes des commentateurs. - En vérité. Notre-Seigneur Jésus-Christ vient d’annoncer son avènement
futur en qualité de Juge souverain des vivants et des morts. Il confirme cette nouvelle par sa formule
accoutumée de serment, ajoutant que le Fils de l’homme apparaîtrait plus tôt que son auditoire ne le pensait
peut-être. - Quelques-uns de ceux. Ces mots doivent être pris à la lettre ; ils désignent plusieurs de ceux qui
entouraient alors le divin Maître et nous avons vu (note du v. 24) que l’assistance était formée en partie par
les Apôtres, en partie par la foule. - Ne goûteront pas la mort. « Goûter la mort », cela signifie simplement
« mourir ». C’est une figure fréquemment employée par les Syriens, les Arabes et dans le langage
rabbinique, Cf. Buxtorf, Lexic. talm. p. 895) : la mort y est présentée sous la forme d’un breuvage amer dans
lequel chacun doit tremper ses lèvres. - Avant d'avoir vu. Cela encore doit se prendre à la lettre : avant de
mourir, quelques-unes des personnes qui recueillaient alors avidement les paroles de Jésus-Christ devaient
être témoins oculaires du grave événement auquel il faisait allusion. Mais quel est cet événement ? C’est ce
qui nous reste maintenant à déterminer. S. Matthieu le décrit d’une manière plus complète que les deux
autres synoptiques : S. Luc, en effet, se contente de l’appeler « le règne de Dieu », 9, 29 ; S. Marc, 8, 39, est
un peu plus explicite, car il dit que ce sera « le royaume de Dieu venant avec force ». Le premier Évangéliste
affirme que le Fils de l’Homme viendra lui-même : Le Fils de l'homme venant en son règne. L'ablatif, qui
existe dans le texte grec tout aussi bien que dans la Vulgate et qui a un cachet assez extraordinaire, a été certainement employé à dessein au lieu de l’accusatif. Il signifie que, lors de la manifestation prédite en ce
moment, Jésus-Christ ne viendra pas « dans son royaume » d’une manière proprement dite, comme à la fin
des temps, mais « avec son royaume », c’est-à-dire avec une puissance royale, dont les effets feront dire à
tous ceux qui les contempleront : Voilà l’œuvre du Roi-Messie ! Par conséquent, nous ne croyons pas qu’il
faille entendre ce passage d’une apparition personnelle de Jésus, quelle qu’elle soit. Nous l’appliquerons,
avec la plupart des exégètes modernes, à un avènement mystique du Sauveur, à un jugement historique opéré
visiblement par lui, mais sans sa présence extérieure et visible. Or, parmi les actes judiciaires accomplis par
Notre-Seigneur, nul ne nous paraît mieux convenir que le grand et terrible fait de la ruine du peuple juif et de
Jérusalem, sa capitale. Jésus s’y manifesta comme un juge sévère, inaugurant ainsi la série des décrets
redoutables lancés depuis sa Résurrection jusqu’au jugement général et dernier. D’un autre côté, la
destruction de Jérusalem n’était séparée que par quarante années environ de la prédiction du Sauveur, de
sorte que plusieurs membres de l’auditoire purent facilement en être témoins. Telle est l’opinion de Grotius,
de Wettstein, d’Ewald, de Beelen, de Reischl, de Schegg, etc. D’autres auteurs préfèrent rattacher la
promesse de Notre-Seigneur à la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, à la diffusion victorieuse de
l’Évangile par toute la terre, à la fin du monde, à la Résurrection de Jésus lui-même, ou encore à sa
Transfiguration, (nous devons dire que ce dernier sentiment a été communément adopté par les Pères et par
les exégètes du moyen-âge) : mais il est aisé de voir que ces interprétations diverses viennent toutes se
heurter contre l’une ou l’autre des deux règles que nous avons fixées plus haut, d’après les expressions
mêmes du Sauveur. Dans plusieurs d’entre elles il n’est nullement question d’une manifestation de
Jésus-Christ en tant que Juge ; d’autres ne sauraient s’accorder avec les mots « quelques-uns de ceux qui sont
ici présents ne goûteront pas la mort ». Quant à la dernière, malgré la grave autorité de ses anciens
défenseurs, nous nous permettrons de faire observer qu’elle prêterait à Notre-Seigneur une singulière
assertion. Qu’aurait-il promis aux auditeurs assez nombreux dont il était alors entouré ? Que plusieurs
d’entre eux ne mourraient pas dans le courant de la semaine suivante et qu’il leur serait donné de contempler
un de ses glorieux mystères. Il nous semble difficile que Jésus ait pu s’exprimer ainsi à propos d’un
événement si prochain.
1881. Ensuite, [le Seigneur] répond à une objection tacite : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, comme s’il disait : «Je vous ai dit que le Fils de l’homme viendrait, etc. Mais ne vous étonnez pas.» Pourquoi ? «Je veux vous montrer qu’IL Y EN A D’ICI PRÉSENTS QUI NE GOÛTERONT PAS LA MORT.» Les pécheurs seront absorbés par la mort, mais les justes goûtent la mort. Ces derniers sont Pierre, Jean et Jacques. AVANT D’AVOIR VU LE FILS DE L’HOMME VENANT DANS SON ROYAUME : cela fut le signe de la gloire future. Il ne les nomma pas à cause de l’envie des autres : [ceux-ci] auraient pu être envieux, car [il sera donné] davantage à ceux-là qu’à eux. [Il ne les nomma pas non plus] pour éviter d’être talonné, car ils l’auraient talonné s’il ne leur avait rien montré.
On peut interpréter cela d’une autre façon en disant que le royaume de Dieu est l’Église. C’est pourquoi il y en aura qui ne goûteront pas la mort, comme Jean, AVANT D’AVOIR VU LE FILS DE L’HOMME VENANT DANS SON ROYAUME, c’est-à-dire avant que l’Église ne se soit élargie, car il a vécu si longtemps qu’il a vu l’Église s’élargir et plusieurs églises se construire.
On peut interpréter cela d’une autre façon en disant que le royaume de Dieu est l’Église. C’est pourquoi il y en aura qui ne goûteront pas la mort, comme Jean, AVANT D’AVOIR VU LE FILS DE L’HOMME VENANT DANS SON ROYAUME, c’est-à-dire avant que l’Église ne se soit élargie, car il a vécu si longtemps qu’il a vu l’Église s’élargir et plusieurs églises se construire.
Au témoignage du Sauveur, les saints ne font que goûter et comme effleurer la mort du corps; mais la vie de l'âme demeure toujours en leur possession.
Ou bien encore, il appelle le royaume de Dieu l'Église actuelle; et comme plusieurs de ses disciples devaient vivre assez longtemps pour voir établie cette Église que Dieu opposait à la gloire du monde, il leur fait cette promesse conso lante: «Plusieurs de ceux qui sont ici présents», etc.
Ou bien encore, on peut établir de la sorte la liaison dans le discours du Sauveur. La sainte Église traverse des temps de paix et des temps de persécution, et pour ces temps si divers, le Rédempteur nous donne des préceptes différents. Dans les temps der persécution, nous devons sacrifier notre vie, et dans les temps de paix, dompter et réduire les désirs terrestres qui peuvent nous tyranniser davan tage; c'est pour cela qu'il dit: «Que sert à l'homme ?» etc.
Cette prédiction du Sauveur eut son accomplisse ment pour les trois disciples, devant lesquels il fut transfiguré sut la montagne où il leur décou vrit les joies des récompenses éternelles. Ils le virent venant dans son règne, c'est-à-dire res plendissant de cette gloire dans laquelle, après le jugement, il apparaîtra aux yeux de tous les saints.
Il n'y a point de distinction entre les Juifs et les Gentils, entre les hommes et les femmes, entre les pauvres et les riches, là où l'on tient compte non des personnes, mais des oeuvres.
Les Apôtres pouvaient se scandaliser intérieurement de ces paroles et se dire en eux-mêmes: Vous nous annoncez une mort éternelle dans un avenir prochain, mais la promesse que vous nous faites de venir dans votre gloire, ne doit s'accomplir que dans des temps bien éloignés. Celui qui pénètre les secrets des coeurs, prévoyant cette objection, oppose à la crainte des maux présents la perspective d'une récompense prochaine: «Je vous le dis en vérité, il y en a de ceux qui sont ici présents, qui n'éprouveront pas la mort avant qu'ils aient vu le Fils de l'homme venant en son règne».
Notre-Seigneur s'exprime de la sorte, pour rappeler aux pécheurs les supplices qui les attendent, et aussi aux justes les récompenses et les couronnes qui leur sont réservées.
Il veut leur apprendre quelle était cette gloire dans laquelle il doit venir plus tard, et il la leur révèle en cette vie, autant qu'ils en étaient capables, afin que la pensée de sa mort ne fût pas pour eux un sujet de tristesse.
Il ne leur fait pas connaître les noms de ceux qui doivent le suivre sur la montagne, car les autres auraient vivement désiré l'accompagner pour être té moins de cette manifestation de sa gloire, et auraient souffert de la préférence donnée sur eux aux autres disciples.