Matthieu 16, 25
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera.
Cela fait partie des développements de l'amour vers des degrés plus élevés, vers ses purifications profondes, de l'amour qui cherche maintenant son caractère définitif, et cela en un double sens : dans le sens d’un caractère exclusif – «cette personne seulement» – et dans le sens d’un «pour toujours». L’amour comprend la totalité de l’existence dans toutes ses dimensions, y compris celle du temps. Il ne pourrait en être autrement, puisque sa promesse vise à faire du définitif : l’amour vise à l’éternité. Oui, l’amour est «extase», mais extase non pas dans le sens d’un moment d’ivresse, mais extase comme chemin, comme exode permanent allant du je enfermé sur lui-même vers sa libération dans le don de soi, et précisément ainsi vers la découverte de soi-même, plus encore vers la découverte de Dieu : «Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera» (Lc 17, 33), dit Jésus – une de ses affirmations qu’on retrouve dans les Évangiles avec plusieurs variantes (cf. Mt 10, 39; 16, 25; Mc 8, 35; Lc 9, 24; Jn 12, 25). Jésus décrit ainsi son chemin personnel, qui le conduit par la croix jusqu’à la résurrection; c’est le chemin du grain de blé tombé en terre qui meurt et qui porte ainsi beaucoup de fruit. Mais il décrit aussi par ces paroles l’essence de l’amour et de l’existence humaine en général, partant du centre de son sacrifice personnel et de l’amour qui parvient en lui à son accomplissement.
Souvent, le terme âme désigne dans l’Écriture Sainte la vie humaine (cf. Mt 16, 25-26 ; Jn 15, 13) ou toute la personne humaine (cf. Ac 2, 41). Mais il désigne aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme (cf. Mt 26, 38 ; Jn 12, 27) et de plus grande valeur en lui (cf. Mt 10, 28 ; 2 M 6, 30), ce par quoi il est plus particulièrement image de Dieu : " âme " signifie le principe spirituel en l’homme.
Les liens familiaux, s’ils sont importants, ne sont pas absolus. De même que l’enfant grandit vers sa maturité et son autonomie humaines et spirituelles, de même sa vocation singulière qui vient de Dieu s’affirme avec plus de clarté et de force. Les parents respecteront cet appel et favoriseront la réponse de leurs enfants à le suivre. Il faut se convaincre que la vocation première du chrétien est de suivre Jésus (cf. Mt 16, 25) : " Qui aime père et mère plus que moi, n’est pas digne de moi, et qui aime fils ou fille plus que moi n’est pas digne de moi " (Mt 10, 37).
Ce verset et le suivant contiennent de puissants motifs destinés à rendre
plus facile aux chrétiens l’accomplissement des préceptes pénibles que Jésus vient de leur imposer. Agir
selon les prescriptions du Christ, quelque dures qu’elles soient pour la nature, c’est sauver son âme : agir
autrement, c’est la perdre sans retour. Montrant donc la fin de toute vie humaine, Notre-Seigneur rappelle à
ses auditeurs soit pour les effrayer, soit pour les encourager, les châtiments ou les récompenses qui les
attendent après leur mort. Or, dit-il, en face de ces récompenses, qu’est-ce que perdre la vie en ce monde
puisqu’on la gagne ainsi pour l’éternité ? Qu’est-ce que sauver sa vie sur la terre, puisqu’on la perd ainsi à
tout jamais ? - Nous avons précédemment expliqué cette sentence paradoxale, car Jésus l’avait déjà
prononcée lorsqu’il envoyait les Apôtres prêcher l’Évangile à leurs compatriotes. Cf. 10, 39.
1875. EN EFFET, QUI VOUDRA SAUVER SON ÂME LA PERDRA. Ici est donnée la raison de son avertissement et cette raison est tirée de la grandeur de la récompense. Et cela peut se lire de deux façons. En effet, il existe un double salut : le salut de l’âme, et c’est celui des justes ; et le salut du corps, et c’est celui de tous, même des animaux. Ps 35[36], 7 : Tu sauveras les hommes et les animaux, Seigneur. Disons donc : QUI VEUT SAUVER SON ÂME, en ne reniant pas la vie corporelle et en ne supportant pas la croix, LA PERDRA. Plus haut, [le Seigneur] a dit : QUI VEUT ; ici, il dit : QUI VOUDRA. Ainsi, de même qu’on pouvait interpréter [la première expression] d’une double façon, de même en est-il de cette [dernière]. QUI VOUDRA [SAUVER] SON ÂME, qui est le principe de la vie corporelle, à savoir, [voudra] que celle-ci ne soit pas tuée ou ne souffre pas de compassion, LA PERDRA. Ps 72[73], 27 : Tu perdras tous ceux qui te seront infidèles. MAIS QUI PERDRA SA VIE, en la livrant à la mort ou en refusant les plaisirs, À CAUSE DE MOI, LA TROUVERA. Si 51, 35 : J’ai travaillé un peu, et j’ai trouvé un grand repos.
1876. Ou bien [on peut l’interpréter] ainsi : QUI VOUDRA SAUVER SON ÂME et la conduire au salut éternel. Is 51, 6 : Mon salut durera pour l’éternité, LA PERDRA, soit en endurant la mort, soit en refusant ce qui est charnel. QUI LA PERDRA À CAUSE DE MOI, c’est-à-dire qu’il aura abandonné les désirs charnels, LA TROUVERA, à savoir, la vie. 2 Co 13, 4 : Mais nous, nos sommes faibles en lui, mais nous vivrons avec lui.
1876. Ou bien [on peut l’interpréter] ainsi : QUI VOUDRA SAUVER SON ÂME et la conduire au salut éternel. Is 51, 6 : Mon salut durera pour l’éternité, LA PERDRA, soit en endurant la mort, soit en refusant ce qui est charnel. QUI LA PERDRA À CAUSE DE MOI, c’est-à-dire qu’il aura abandonné les désirs charnels, LA TROUVERA, à savoir, la vie. 2 Co 13, 4 : Mais nous, nos sommes faibles en lui, mais nous vivrons avec lui.
Si nous ne commençons, en effet, par nous détacher de nous-mêmes, nous ne pouvons nous approcher de celui qui est au-dessus de nous; mais si nous nous laissons nous-mêmes, où pourrons-nous aller en dehors de nous? Ou bien, que de vient celui qui s'en va, s'il s'abandonne lui-même? Rappelons-nous ici que le péché nous a fait dé choir de l'état où Dieu nous avait créés dans l'origine; nous nous laissons donc nous-mêmes, nous nous renonçons nous-mêmes lorsque nous évitons ce que nous suggérait le vieil homme, et que nous tendons vers cette sainte nouveauté à laquelle Dieu nous appelle.
On se renonce encore soi-même quand on réforme sa conduite, et que l'on commence d'être ce qu'on n'était pas en cessant d'être ce qu'on était.
C'est encore se renoncer soi-même que de fouler aux pieds l'enflure de l'orgueil et de se montrer aux yeux de Dieu tout à fait dépouillé de soi-même.
Il faut suivre le Seigneur en prenant suit nous la croix de sa passion, et l'accompagner, sinon en réalité, du moins par l'intention et le désir du coeur.
Notre-Seigneur adoucit par les paroles qui suivent ce que ce langage pouvait avoir de trop sévère pour ceux qui l'entendaient; il promet des récompenses supérieu res aux peines endurées pour son nom, en même temps qu'il prédit les châtiments réservés à la méchanceté et à la négligence. «Celui qui voudra sauver sa vie la perdra».
Mais quand même nous nous abstiendrions de tout péché, si nous n'embrassons par la foi la croix de Jésus-Christ, on ne peut pas dire que nous sommes crucifiés avec lui.