Matthieu 16, 13

Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »

Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
Fulcran Vigouroux
Césarée de Philippe, au pied de l’Hermon, près d’une des sources du Jourdain, en Gaulonitide, s’appelait d’abord Panéas. Quand Philippe le tétrarque l’eut agrandie, il l’appela Césarée en l’honneur de Tibère César, et on y ajouta le nom même de Philippe pour le distinguer de la Césarée bâtie sur la Méditerranée, par Hérode le Grand, entre Joppé et Dora. Aujourd’hui Césarée de Philippe a repris son nom primitif sous la forme Bânias et compte environ 150 maisons.
Louis-Claude Fillion
Jésus vint, ou plutôt « alors qu'il venait ». S. Marc, 8, 27, suppose en effet que Jésus était déjà sur le territoire de Césarée, et qu’il en parcourait les hameaux lorsqu’eut lieu l’incident actuel. - Aux environs de Césarée. Après avoir traversé Bethsaïda-Julias, Marc. 8, 22, le Sauveur, suivant en amont le cours du Jourdain, arriva auprès de Césarée de Philippe : une journée de marche avait pu lui suffire pour franchir la distance qui sépare ces deux villes. Césarée avait porté pendant longtemps le nom de Panéas, qui lui venait du mont Panium, dédié à Pan, auprès duquel elle était bâtie. On a prétendu, mais à tort, qu’elle avait succédé à Lesem, Laïs ou Dan de l’Ancien Testament. « Son emplacement est unique : combinant à un rare degré les éléments de la grandeur et de la beauté. Elle reposait à la base méridionale du puissant Hermon, qui s’élève majestueusement à une hauteur de sept à huit mille pieds. Les eaux abondantes de la source du Jourdain répandent tout autour une fertilité luxuriante : c’est une gracieuse succession de taillis, de pelouses et de champs cultivés », Robinson, Palæstina, t, 3, p. 614. Après la mort d’Hérode-le-Grand, Panéas était échue avec la province de Gaulanite dont elle faisait partie au tétrarque Philippe qui l’avait agrandie, embellie et dédiée à Tibère. C’est alors qu’elle fut nommée « Cæsarée de Philippe », Césarée en l’honneur de l’empereur, de Philippe en l’honneur du tétrarque et pour qu’on put la distinguer d’une autre Césarée, située sur les bords de la Méditerranée, au Sud du Carmel, et connue sous le nom de « Cæsarée de Straton » ou « Cæsarée de Palestine ». De cette glorieuse cité, il ne reste aujourd’hui que des ruines et un petit village appelé Banias : c’est donc l’appellation primitive qui a reparu après de longs siècles, celles que la flatterie lui avait imposées (Césarée, puis Néronias au temps d’Agrippa 2) n’ayant pas survécu à sa splendeur. Mais cette splendeur existait dans tout son éclat au moment de la visite du Sauveur. - Et il interrogeait... Dans cette contrée lointaine, perdue à l’extrémité septentrionale de la Palestine, Jésus adresse à ses Apôtres une question extraordinaire, parmi des circonstances que les deux autres évangélistes ont signalées. C’était, dit S. Marc, 8, 27, le long du chemin ; c’était, ajoute S. Luc, 9, 18, au sortir d’une prière solitaire. - Que disent les hommes... Nous lisons dans le texte grec : « que me disent » ; la Vulgate, de concert avec plusieurs manuscrits (B. Sinaït.), plusieurs versions anciennes (l’éthiop., la copte, la syr., la persane, l’anglo-saxone) et plusieurs Pères (S. Irénée, S. Ambroise, etc), a rejeté le pronom comme superflu. Son authenticité est cependant regardée comme plus probable : il donne à la question plus de force, plus de solennité : Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ? « Hommes » est un hébraïsme, et désigne le peuple en général, surtout le peuple croyant qui accompagnait si volontiers Jésus. - Les deux derniers mots, Fils de l'homme, sont une simple apposition au pronom. « Qui disent-ils que je suis, moi qui, par humilité, ai coutume de m’appeler fils de l’homme ? » Sylveira in h. l. Jésus connaissait mieux que personne les pensées et les dires du peuple à son égard, et il n’y attachait pas une grande importance, sachant bien, comme le disait S. Jean dans une autre circonstance, 2, 25, « ce qui était dans l’homme ». Cette question n’est donc pas posée pour elle-même ; son but est d’en introduire une seconde beaucoup plus importante.
Saint Thomas d'Aquin
1825. Plus haut, le Seigneur a enseigné que la doctrine évangélique doit être gardée pure du levain des Juifs ; mais ici, il enseigne l’éminence de [cette] doctrine : premièrement, pour ce qui est de la foi dans les deux natures, à savoir, celles de la divinité et de l’humanité ; deuxièmement, pour ce qui est de la foi en la passion, en cet endroit : À PARTIR DE CE JOUR, JÉSUS COMMENÇA À MONTRER À SES DISCIPLES, etc. [16, 21] ; troisièmement, pour ce qui est de la foi en [son] pouvoir judiciaire : EN EFFET, LE FILS DE L’HOMME DOIT VENIR DANS LA GLOIRE DE SON PÈRE [16, 27].

1826. À propos du premier point, on s’enquiert d’abord de l’opinion des foules au sujet du Christ ; deuxièmement, de la foi des disciples, en cet endroit : MAIS POUR VOUS, QUI SUIS-JE ? [16, 15].

1827. À propos du premier point, le lieu est d’abord présenté ; deuxièmement, l’interrogation par le Christ, en cet endroit : AU DIRE DES GENS, QUI EST LE FILS DE L’HOMME ? ; troisièmement, la réponse de Pierre, en cet endroit : MAIS EUX DIRENT, etc. [16, 14].

1828. [Matthieu] dit donc : JÉSUS SE RENDIT DANS LA RÉGION DE CÉSARÉE, et non seulement cela, mais il ajoute : DE PHILIPPE, car il y avait deux Césarée, à savoir, Césarée de Trachonitide, où Pierre a été envoyé à Corneille [Ac 10, 1], et une autre, qui portait aussi le nom de Panée. La première avait été établie en l’honneur de César Auguste ; Philippe construisit cette dernière en l’honneur de Tibère.

Mais pourquoi le Seigneur a-t-il posé ici cette question ? Il faut dire que cette ville était située aux frontières des Juifs ; ainsi, avant qu’elle ne puisse poser des questions sur la foi, il la tira du milieu des Juifs. On lit de même que le Seigneur, alors qu’il tirait les Juifs de l’Égypte, ne leur fit pas prendre la route des Philistins, comme on lit en Ex 13, 17.

1829. Ensuite, l’interrogation est présentée : ET IL POSA À SES DISCIPLES CETTE QUESTION, etc. «Lorsque le sage interroge, il enseigne», comme le dit Jérôme. Nous recevons donc un enseignement sur plusieurs points : être attentifs à ce qu’on nous dit ; corriger ce qui est mal ; préserver et accroître ce qui est bien. Ainsi, prends soin de ta réputation, car elle te restera plus longtemps que mille grands trésors précieux, Si 41, 15. Le Christ demanda donc ce qu’on disait de lui. De même, ceux qui connaissent la divinité sont appelés dieux. Ps 81[82], 6 : J’ai dit : «Vous êtes des dieux», et ceux qui connaissent l’humanité sont appelés hommes. Il est donc dit : AU DIRE DES GENS, QUI EST LE FILS DE L’HOMME ? Mais, comme le dit Hilaire, «le Christ ne se présentait pas seulement comme un homme ; c’est pourquoi il voulut qu’ils sachent qu’il était autre chose qu’un simple homme». Il donne donc lui-même à entendre par là qu’il y a autre chose en lui. De même, l’humilité du Christ est montrée, car il confesse qu’il est fils d’homme, selon ce [qui est dit] plus haut, 11, 29 : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.
La Glose
Après avoir inspiré à ses disciples un profond éloignement pour la doctrine des pharisiens, Notre-Seigneur choisit ce moment favorable pour jeter dans leurs âmes les fondements profonds de la doctrine évangélique, et pour donner à son enseignement plus de solennité, l'Évangéliste nous désigne l'endroit où elle se passa: «Or, Jésus vint dans les environs de Cé sarée de Philippe». Il ne dit pas simplement Césarée, mais Césarée de Philippe; car il y a une autre ville de Césarée, celle de Straton. Ce n'est point dans celle-là, mais dans la première, que Jésus fait cette question à ses disciples; il les emmène loin des Juifs, afin que, sans crainte au cune, ils disent librement ce qu'ils ont dans le coeur.

Le Sauveur veut confirmer ses disciples dans la foi, il commence donc par éloigner de leur esprit les opinions et les erreurs que d'autres pouvaient y avoir jetées. «Et il interrogea ses disciples en leur demandant: Que disent les hommes qu'est le Fils de l'homme ?»
Rabanus Maurus
Ce n'est point sans doute par ignorance que le Sauveur s'inde l'opinion que ses dis ciples et le peuple peuvent avoir de sa personne; s'il demande à ses disciples ce qu'ils pensent de lui, c'est pour récompenser dignement leur confession de foi, conforme à la vérité. Aussi s'informe-t-il d'abord de l'opinion du peuple, afin qu'après avoir rapporté les jugements de ceux qui se trompent, on soit obligé de reconnaître que les disciples ont puisé la vérité de leur profession de foi, non pas dans les idées du peuple, mais dans une révélation particulière du Sau veur.
Saint Jérôme
L'expression dont il se sert: «Que disent les hommes qu'est le Fils de l'homme», est parfaitement choisie, car ceux qui parlent du Fils de l'homme sont des hommes; mais ceux qui comprennent sa divinité sont appelés, non pas des hommes, mais des dieux.

Il ne dit pas: Que disent-ils que je suis, mais: «Que disent-ils qu'est le Fils de l'homme ?» pour éviter dans cette question toute apparence de recherche personnelle. Remarquons encore que partout où nous lisons dans l'Ancien Testament: Fils de l'homme, le texte hébreu porte: Fils d'Adam.

Remarquez que d'après ce langage du Sauveur, les Apôtres ne sont pas appelés des hommes, mais des dieux, car après avoir dit: «Les hommes, que disent-ils qu'est le Fils de l'homme ?» il ajoute: «Et vous, q ue dites-vous que je suis ?» c'est-à-dire les hommes qui ne sont que des hommes ont de moi une opinion tout humaine; mais vous qui êtes des dieux, que pensez-vous que je suis ?
Saint Jean Chrysostome
Il eût été inutile de dire: Vous êtes le fils de Jona, ou de Joanna, si le Sauveur n'avait eu l'intention de montrer que le Christ est aussi naturellement le Fils de Dieu que Pierre est fils de Jona, c'est-à-dire de la même substance que celui qui l'a ené.
Saint Hilaire de Poitiers
«Que disent les hommes qu'est le Fils de l'homme ?» Il nous apprend par ces paroles que l'on doit voir en lui autre chose que ce qui paraît au dehors, car il était vraile Fils de l'homme. Quelle idée voulait-il donc qu'on eût de lui? Non pas, sans doute, celle qu'il avait fait connaître lui-même; la véé qui faisait l'objet de cet examen était cachée, et c'est cette vérité que la foi des chrétiens doit embrasser. Or, telle doit être notre profession de foi: nous devons croire qu'il est le Fils de Dieu comme il est le Fils de l'homme; car l'une de ces deux croyances, sans l'autre, ne peut en rien nous donner l'espérance du salut; aussi est-ce avec intention qu'il dit: «Que disent les hommes du Fils de l'homme ?»

La confession de Pierre mérita une récompense digne d'elle, parce qu'il avait reconnu le Fils de Dieu sous les dehors de l'homme: «Jésus lui répondit: Vous êtes heureux, Simon, fils de Jean, parce que ce n'est ni le sang ni la chair qui vous ont révélé ceci».