Matthieu 15, 38
Or, ceux qui avaient mangé étaient quatre mille, sans compter les femmes et les enfants.
Or, ceux qui avaient mangé étaient quatre mille, sans compter les femmes et les enfants.
Sans compter... L’évangéliste avertit le lecteur, comme dans sa
précédente narration, 16, 21, qu’il ne fait pas entrer en ligne de compte les femmes et les jeunes enfants.
Cette note a évidemment pour but de rehausser la grandeur du miracle.
1803. Vient ensuite le nombre de ceux qui ont mangé : OR, CEUX QUI MANGÈRENT ÉTAIENT QUATRE MILLE HOMMES. Plus haut, ils étaient cinq mille, parce qu’ils s’adonnaient aux cinq sens, ou en raison des cinq livres de Moïse. Mais ici, ils sont quatre [mille] en raison des quatre vertus cardinales ou des quatre évangélistes. SANS COMPTER LES FEMMES ET LES ENFANTS. Mais pourquoi fait-on exception de ceux-ci ? Parce que les imparfaits et les faibles sont exclus du véritable enseignement. Ep 4, 13 : Jusqu’à ce que tous atteignent l’état d’homme accompli, etc.
La GloseRemarquons encore que Notre-Seigneur commence par guérir les infirmités et qu'il donne ensuite à manger à ceux qu'il a guéris, parce qu'en effet il faut d'abord faire disparaître les péchés de l'âme avant de la nourrir de la parole de vie.
Ou bien on peut dire que dans le premier miracle elle s'asseoit sur le gazon pour comprimer les désirs de la chair: ici elle est assise sur la terre, car il lui est ordonné d'abandonner le monde. La montagne sur laquelle le Seigneur nourrit ce peuple, c'est la hauteur du Christ. D'un côté, la terre est recouverte de gazon, parce que la hauteur du Christ s'y trouve recouverte, pour les hommes charnels, d'espérance et de désirs terrestres; ici, au contraire, tout désir charnel est éloigné, et la fermeté d'une espérance permanente soutient les convives du Nouveau Testament. Là il y a cinq mille hommes, parce que les hommes charnels sont esclaves de leurs sens; ici, quatre mille, figure des quatre vertus qui donnent à l'âme la vie spirituelle, c'est-à-dire la tempérance, la prudence, la force, la justice. De ces quatre vertus, la première donne la connaissance de ce qu'il faut rechercher et de ce qu'il faut éviter; la deuxième met un frein à la cupidité des plaisirs des sens; la troisième nous donne la fermeté pour supporter toutes les épreuves de la vie; la quatrième, qui se répand dans toutes les autres, est l'amour de Dieu et du prochain. De part et d'autre, les femmes et les enfants ne sont point compés, car, dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, ceux qui ne peuvent atteindre l'état de l'homme parfait, soit par faiblesse, soit par légèreté d'esprit, ne peuvent être admis près du Seigneur. Ces deux collations ont eu lieu sur la montagne, car les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament nous rappellent à la fois la sublimité des préceptes divins et des récompenses célestes et proclament la grandeur et l'élévation du Christ. Quant aux mystères plus sublimes que la multitude ne peut comprendre, les Apôtres les soulèvent et les accomplissent, et ils sont en cela la figure des coeurs parfaits que la grâce de l'Esprit aux sept dons a remplis d'intelligence. Les corbeilles sont ordinairement faites avec des joncs et des feuilles de palmier; elles représentent les saints qui enfoncent la racine de leur coeur dans la source même de la vie; semblables au jonc dans l'eau, ils ne sont point exposés à se dessécher et ils portent dans leur coeur la palme de la récompense éternelle.
Ou bien, dans un autre sens, cette circons tance nous rappelle les trois époques où, pendant toute la durée des siècles, la grâce nous est donnée; la première avant la loi, la seconde sous la loi, la troisième sous la grâce, la quatrième s'accomplira dans le ciel dont la perspective ranime celui qui en fait le terme de tous ses efforts.
Dans ce récit de l'Évangile, nous devons considérer la double opération de la divinité et de l'humanité dans Jésus-Christ. La comqu'il ressent pour ce peuple est une preuve qu'il a pris les sentiments de notre faible nature, et le miracle qu'il fait en multiles pains et en nourrissant cette multitude fait éclater en lui la toute-puissance divine. Ainsi se trouve renversée l'erreur d'Eutychès, qui ne voulait reconnaître en Jésus-Christ qu'une seule nature.
Ou bien enfin, c'est qu'en faisant pénitence des péchés qu'on a commis, on se conver tit au Seigneur dans les pensées, dans les paroles et dans les actions. Le Seigneur ne voulut pas renvoyer ce peuple sans qu'il eut mangé, de peur qu'il ne tombât en défaillance dans le chemin, car c'est ainsi que les pécheurs convertis par la pénitence sont exposés a périr dans le cours de cette vie qui passe, si on les renvoie privés de la nourriture de la sainte doctrine.
Il n'est pas inutile de remarici que si l'un des Évan gélistes avait raconté ce miracle sans avoir rapporté, celui de la multiplication des cinq pains, on pourrait le supposer en contradiction avec les autres. Mais comme ce sont les mêmes qui ont raconté à la fois le miracle des cinq et celui des sept pains, il n'y a plus de difficulté et il faut admettre la vérité de ces deux miracles. Nous faisons cette remarque afin que lorsque l'on trouve dans un Évangéliste un fait de la vie de Notre-Seigneur qui paraît contredire dans une de ses circonstances un fait semblable raconté par un autre Évangéliste, sans qu'on puisse les concilier, on en conclue que ces deux faits distincts ont eu lieu et que l'un a été raconté par un Évangéliste et l'autre par un autre.
Il est inutile de rappeler ici ce que nous avons dit plus haut; arrêtons-nous seulement aux circonstances qui nous offrent quelque différence.
Ce peuple qu'il a nourri en premier lieu représentait les Juifs qui emèrent la foi; ainsi cette nouvelle mul titude est une figure du peuple des Gentils, et dans ces quatre mille personnes rassemblées nous voyons représentée cette multitude innombrable réunie des quatre parties du monde.
Ou bien ils passent avec le Seigneur un temps égal à celui de sa passion; ou bien en core, avant de recevoir le baptême, ils conqu'ils croient à sa passion et à sa résurrection; ou bien enfin, par un mouvement de sympathique compassion, ils veulent jeûner tout le temps qu'a duré la passion du Seigneur.
Or, la multitude s'asseoit sur la terre, car elle n'avait pu se reposer sur aucune des oeuvres de la loi, et elle tenait encore fortement à l'origine de son corps et à la source de ses péchés.