Matthieu 15, 27

Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Louis-Claude Fillion
Mais elle dit. Elle devrait être accablée par la réponse directe qui lui est enfin venue du Sauveur ; car, plus elle a insisté, plus le refus a été accentué. Mais, dit S. Jean Chrysostôme, « cette femme étrangère témoigne une vertu, une patience, et une foi incomparable, au milieu des injures dont on l’outrage; et les Juifs, après avoir eu tant de grâces du Sauveur, n’ont pour lui que de l’ingratitude. Je sais, dit-elle, Seigneur, que le pain est nécessaire aux enfants ; mais puisque vous dites que je suis « une chienne », vous ne me défendez pas d’y avoir part. Si j’en étais entièrement séparée, et qu’il me fût défendu d’y participer, je ne pourrais pas même prétendre aux miettes. Mais quoique je n’y doive avoir qu’une très-petite part, je n’en puis être néanmoins tout à fait privée, bien que je ne sois qu’une chienne; c’est au contraire parce que je suis une chienne que j’y dois participer », Hom. 52. Sa foi lui fait ainsi trouver dans paroles de Jésus un argument irrésistible, bien qu’elles parussent tout à fait écrasantes. - Oui, Seigneur, ce que vous dites est vrai ; il n’est pas juste de prendre le pain des enfants pour le donner même aux petits chiens de la maison ; aussi n’est-ce point là ce que je vous demande. Daignez seulement vous souvenir que les chiens se tiennent auprès de la table de leur maître et qu’ils se nourrissent humblement des miettes qui tombent à terre. La Cananéenne prouve à Jésus qu’il est possible, sans nuire à l’intérêt des enfants, de donner quelque nourriture aux petits chiens qui leur servent de jouet, qu’il est possible, par conséquent, de l’exaucer elle-même sans priver le peuple privilégié. Mais ne signifie pas « et pourtant », mais « et en effet » : la Chananéenne ne propose pas une objection à Notre-Seigneur, elle entre dans son idée et la confirme en en tirant la conséquence logique. On ne sait qu’admirer le plus dans sa réplique, où brillent tout à la fois l’humilité, l’esprit, la confiance. « Après l’avoir bien écouté et compris, elle lui répond avec ses propres paroles. Elle réfute poliment l’objection qu’il lui avait faite », Cornel. a Lap. in h. l.
Saint Thomas d'Aquin
1780. MAIS CELLE-CI LUI DIT : «OUI, SEIGNEUR !» Ici sont abordées l’humilité et la sagesse admirables de la femme. [Jésus] avait semblé faire un affront à son peuple, mais c’est avec humilité qu’elle accepte l’affront. Elle dit donc : «OUI, SEIGNEUR !» De même, elle manifeste une plus grande humilité, car le Seigneur lui-même avait dit : CHIENS, mais elle dit : PETITS CHIENS. Elle dit ainsi : «MAIS MÊME LES PETITS CHIENS MANGENT LES MIETTES.» De même, le Seigneur avait appelé les Juifs des enfants, mais elle les appelle des MAÎTRES. C’est pourquoi elle dit : [LES MIETTES] QUI TOMBENT DE LA TABLE DES MAÎTRES. Et elle sut ainsi humblement forcer le Seigneur, comme si elle disait : «Seigneur, je ne demande pas que tu me donnes autant de bienfaits qu’aux Juifs, mais donne-moi des miettes.». Si 35, 21 : La prière de l’humble pénètre les cieux ; et Ps 101[102], 18 : Il a regardé la prière des humbles.
Saint Jean Chrysostome
Admirez ici la prudence de cette femme: ni elle n'ose contredire le Sau veur, ni elle ne s'attriste des louanges qu'il donne aux autres, ni elle ne se laisse abattre par cette parole, outrageante. Mais elle répliqua: «Il est vrai, Seigneur; mais les petits chiens mangent au moins des miettes qui tombent de la table de leur maître». Jésus lui avait dit: «Il n'est pas juste»; elle répond: «Il est vrai, Seigneur». Il appelle les Juifs les enfants, elle en chérit et les appelle maîtres. Il lui a donné le nom de chienne, elle ajoute à cette qualification en rappelant ce que font les chiens, et semble dire au Sauveur: Si je suis un chien, je ne suis point étrangère. Vous me donnez le nom de chien, nourrissez-moi donc comme un chien, je ne puis m'éloigner de la table de mon Maître.

Une Cananéenne s'approcha de Jésus et se mit à le supplier à grands cris pour sa fille qui était possédée par le démon. Elle lui disait: Aie pitié de moi, Seigneur, ma fille est tourmentée par un démon (Mt 15,22). Cette femme, une étrangère, une barbare, sans aucun lien avec la communauté juive, qu'était-elle sinon une chienne indigne d'obtenir ce qu'elle demandait? Il n'est pas bien, dit Jésus, de prendre le pain des enfants pour le donner aux chiens (Mt 15,26)! Pourtant, sa persévérance lui a mérité d'être exaucée. Celle qui n'était qu'une chienne, Jésus l'a élevée à la noblesse des petits enfants; bien plus, û l'a comblée d'éloges. Il lui dit en la renvoyant: Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux (Mt 15,28)! Quand on entend le Christ dire: Ta foi est grande, on n'a pas à chercher d'autre preuve de la grandeur d'âme de cette femme. Vois comme elle a effacé son indignité par sa persévérance. Remarque également que nous obtenons davantage du Seigneur par notre prière que par la prière des autres.

Comme la femme poussait des cris, les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent: Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris (Mt 15,23)! Mais il leur répondit: Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël (Mt 15,24). Alors la Cananéenne elle-même s'avança et lui cria encore: C'est vrai, Seigneur, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres (Mt 15,27). Alors le Seigneur lui accorda aussitôt la faveur qu'elle désirait, en disant: Que tout se fasse pour toi comme tu le veux (Mt 15,28)!

Observe qu'après avoir opposé un refus aux disciples, le Seigneur accorde sa grâce à cette femme qui la lui demandait elle-même. <> D'abord elle n'avait obtenu aucune réponse à sa requête. Il a fallu qu'elle s'approche une, deux et trois fois, pour qu'il lui accorde la grâce désirée. A la fin, il a exaucé sa prière. Il nous a fait comprendre ainsi qu'en la faisant attendre, il n'avait pas l'intention de rejeter la Cananéenne, mais voulait nous donner à tous sa patience en exemple. <>

Forts désormais de tous ces enseignements du Seigneur, ne nous abandonnons pas au désespoir! Quand bien même nos péchés nous rendraient indignes d'obtenir sa grâce, sachons que nous pourrons la mériter par notre persévérance.