Matthieu 11, 15
Celui qui a des oreilles, qu’il entende !
Celui qui a des oreilles, qu’il entende !
Jésus-Christ, après
avoir achevé l’éloge du Précurseur, jette à son auditoire une parole énigmatique, dont il fait volontiers usage
quand il a enseigné des vérités importantes et profondes sur lesquelles il désire attirer l’attention et la
réflexion ; Cf. 13. 9, 43 ; Marc. 4, 9 ; Luc. 8, 8. Les Rabbins employaient aussi des formules semblables pour
le même motif, par exemple « Que celui qui entend entende ; que celui qui comprend comprenne », Sohar.
Le discours qui précède contenait, nous l’avons vu, des enseignements de la dernière gravité ; mais ces
enseignements avaient été présentés sous une forme mystérieuse, et, pour les bien saisir, il fallait en faire
l’objet de sérieuses méditations. Jésus en avertit la foule qui l’avait écouté : à chacun de voir s’il veut profiter
du salut messianique, ou en demeurer le témoin oisif !
1324. Et afin qu’ils comprennent que ceci était dit au sens mystique, il ajoute : QUE CELUI QUI A DES OREILLES ENTENDE ! c’est-à-dire, que celui qui a des oreilles au sens spirituel entende et comprenne.
Le royaume des cieux signifie le trône qui nous est préparé dans le ciel, et lorsque des pécheurs souillés de quelques crimes reviennent à Dieu par la pénitence et réforment leur conduite, ils entrent comme pécheurs dans un lieu qui leur est étranger, et ils ravissent avec violence le royaume des cieux.
C'est-à-dire : Que celui qui a les oreilles du coeur pour entendre ou pour comprendre, qu'il entende, qu'il comprenne, parce qu'en effet il a dit non pas que Jean-Baptiste ait été Élie en personne, mais seulement par l'esprit.
Jean est donc appelé Élie, non pas dans le sens de quelques philosophes insensés, et de certains hérétiques qui enseignent le retour des âmes dans de nouveaux corps, mais parce qu'au témoignage de l'Évangile lui-même, il est venu dans la vertu et dans l'esprit d'Élie, et qu'il a reçu la même grâce ou la même mesure de l'Esprit saint. Ajoutez que l'austérité de la vie et la sévérité des principes sont les mêmes dans Élie et dans Jean-Baptiste : ils habitaient tous les deux le désert, tous les deux ils portaient une ceinture de poils de chameau ; le premier fut obligé de fuir, parce qu'il avait reproché à Achab et à Jésabel leur impiété, le second eut la tête tranchée parce qu'il avait condamné l'union criminelle d'Hérode et d'Hérodiade.
Ces paroles : " Lui-même est Élie, " sont mystérieuses et ont besoin d'une intelligence particulière, comme le prouve ce qu'il ajoute : " Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. "
Ou bien dans un autre sens, Notre-Seigneur avait ordonné à ses Apôtres d'aller vers les brebis perdues d'Israël (Mt 11), mais leur prédication tournait au profit des publicains et des pécheurs. C'est ainsi que le royaume des cieux souffre violence, et que les violents le ravissent, parce que la gloire qui était due aux patriarches d'Israël, que les prophètes avaient annoncée, et que Jésus-Christ est venu offrir, a été enlevée et ravie par la foi des nations.