Matthieu 10, 34
Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.
Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.
L’Evangile est ce glaive qui sépare un fils de son père, quand ce père veut persister dans son infidélité, etc. Et le verset suivant n’est que l’explication de celui-ci.
C’est toujours l’idée de la persécution extérieure et du renoncement
intérieur, c’est-à-dire de la persécution personnelle, qui revient sous de nouvelles figures : ce n’est point
ici-bas que le chrétien, à plus forte raison l’apôtre, trouvera la paix et la tranquillité. - Ne pensez pas... Ce qui
suit, jusqu’au v. 39, forme « un cercle d’idées qui n’étaient jamais sorties de la pensée d’un mortel avant
Jésus », Wizenmann. - Que je sois venu apporter la paix : ce n’est pas un rameau d’olivier que Jésus-Christ
est venu jeter sur la terre comme un gage de sécurité et de bonheur perpétuels, mais le glaive, le terrible
instrument de la guerre. Et cependant, le Messie avait été prédit sous les traits d’un Prince pacifique, Cf. Is.
9, 6 ; au moment de sa naissance, les anges avaient chanté « In terra pax ! » Mais ces choses ne sont
nullement contradictoires. Notre-Seigneur lui-même a établi entre ces différentes paroles l’harmonie la plus
parfaite lorsqu’il a dit, quelques heures avant sa mort : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce
n’est pas à la manière du monde que je vous la donne ». Il y a donc plusieurs sortes de paix, la paix du
monde et la paix de Jésus ; l’une fausse et mauvaise, qui provient de la liberté laissée aux passions, l’autre
réelle et sainte, qui n’existe qu’après que les passions ont été vaincues, extirpées. Au vieux monde corrompu Jésus ne peut offrir le baiser de paix qu’après avoir tranché ses vices avec le glaive. Ainsi donc, « L’envoi
d’une guerre est un bien si elle détruit une mauvaise paix”, S. Jérôme. Du reste, si le Sauveur affirme qu’il
est venu apporter la guerre et point la paix, ce n’est pas que son avènement ait été une cause directe de luttes
et de discordes pour le monde, tant s’en faut ; mais la lutte et la discorde devaient être des conséquences
naturelles de l’établissement de son royaume.
1269. NE CROYEZ PAS QUE JE SOIS VENU APPORTER LA PAIX SUR LA TERRE, etc. Plus haut, [le Seigneur] a averti ses disciples de ne renoncer à la prédication de la vérité ni à cause des outrages, ni par crainte de la mort. Maintenant, il les avertit de ne pas y renoncer en raison d’une affection charnelle. En premier lieu, il montre qu’une séparation de l’affection charnelle est sur le point de se produire [10, 34s] ; en second lieu, comment ils doivent se comporter, en cet endroit : CELUI QUI AIME SON PÈRE ET SA MÈRE PLUS QUE MOI N’EST PAS DIGNE DE MOI [10, 37s].
1270. À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, il écarte une intention qu’on lui attribuerait [10, 34] ; deuxièmement, il met de l’avant son intention ; troisièmement, il l’explique. La deuxième [partie se trouve] en cet endroit : JE NE SUIS PAS VENU APPORTER LA PAIX [10, 34] ; la troisième, en cet endroit : JE SUIS VENU OPPOSER L’HOMME À SON PÈRE, etc. [10, 35-36].
1271. [Le Seigneur] dit donc : «On pourrait se demander pourquoi, Seigneur, tant de choses nous arrivent. Nous croyions que, par ta venue, nous aurions la paix.» C’est pourquoi il dit : NE CROYEZ PAS, etc. Mais que veut-il dire ? Ne trouve-t-on pas en Lc 2, 14 que, après la naissance du Seigneur, les anges annoncèrent : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ? Et l’évêque lui-même, lorsqu’il se tourne pour la première fois vers le peuple, ne dit-il : «La paix soit avec vous», et, plus haut, le Seigneur n’a-t-il pas annoncé la paix ?
1272. C’est pourquoi il faut dire qu’il existe une double paix, à savoir, une bonne et une mauvaise. Le mot «paix» signifie la concorde. Il est question de la mauvaise paix en Sg 14, 22 : Alors que l’ignorance les fait vivre en pleine guerre, ils donnent à de tels maux le nom de paix. Cette paix est celle des affections charnelles. «Je ne suis pas venu établir celle-ci.» Ainsi, en Ap 6, 14 : Il lui a été donné d’enlever la paix de la terre. Mais il y a une bonne paix, dont il est question en Ep 2, 14 : Celui-là est notre paix qui des deux n’a fait qu’un. Et c’est pourquoi les anges ont annoncé, Lc 2, 14 : …et sur la terre aux hommes de bonne volonté. Ainsi, JE NE SUIS PAS VENU APPORTER LA PAIX, MAIS LE GLAIVE. Il est de la nature du glaive de diviser. Ce glaive est la parole de Dieu, He 4, 12 : La parole de Dieu est vivante et efficace, et plus incisive qu’un glaive à deux tranchants. Et encore : Le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu, Ep 6, 17. Ce glaive a été envoyé sur terre. Certains ont cru, d’autres non. C’est pourquoi il y a guerre, comme on trouve en Ga 4, 9 : Comment vous êtes-vous convertis de nouveau aux éléments sans force et sans valeur, auxquels vous voulez de nouveau vous asservir ? Ainsi, [le Seigneur] est venu ouvrir cette division. Il est donc VENU APPORTER LE GLAIVE, etc., à savoir, la parole, mais, pour une part, parce que certains ont cru, et cela est son œuvre, et certains [n’ont pas cru], et cela est le fait de leur malice. Cependant, cela aussi est causé par lui, car il l’a permis, comme on le trouve en Rm 1, 26 : Pour cette raison, Dieu les a abandonnés à leurs passions honteuses.
1270. À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, il écarte une intention qu’on lui attribuerait [10, 34] ; deuxièmement, il met de l’avant son intention ; troisièmement, il l’explique. La deuxième [partie se trouve] en cet endroit : JE NE SUIS PAS VENU APPORTER LA PAIX [10, 34] ; la troisième, en cet endroit : JE SUIS VENU OPPOSER L’HOMME À SON PÈRE, etc. [10, 35-36].
1271. [Le Seigneur] dit donc : «On pourrait se demander pourquoi, Seigneur, tant de choses nous arrivent. Nous croyions que, par ta venue, nous aurions la paix.» C’est pourquoi il dit : NE CROYEZ PAS, etc. Mais que veut-il dire ? Ne trouve-t-on pas en Lc 2, 14 que, après la naissance du Seigneur, les anges annoncèrent : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ? Et l’évêque lui-même, lorsqu’il se tourne pour la première fois vers le peuple, ne dit-il : «La paix soit avec vous», et, plus haut, le Seigneur n’a-t-il pas annoncé la paix ?
1272. C’est pourquoi il faut dire qu’il existe une double paix, à savoir, une bonne et une mauvaise. Le mot «paix» signifie la concorde. Il est question de la mauvaise paix en Sg 14, 22 : Alors que l’ignorance les fait vivre en pleine guerre, ils donnent à de tels maux le nom de paix. Cette paix est celle des affections charnelles. «Je ne suis pas venu établir celle-ci.» Ainsi, en Ap 6, 14 : Il lui a été donné d’enlever la paix de la terre. Mais il y a une bonne paix, dont il est question en Ep 2, 14 : Celui-là est notre paix qui des deux n’a fait qu’un. Et c’est pourquoi les anges ont annoncé, Lc 2, 14 : …et sur la terre aux hommes de bonne volonté. Ainsi, JE NE SUIS PAS VENU APPORTER LA PAIX, MAIS LE GLAIVE. Il est de la nature du glaive de diviser. Ce glaive est la parole de Dieu, He 4, 12 : La parole de Dieu est vivante et efficace, et plus incisive qu’un glaive à deux tranchants. Et encore : Le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu, Ep 6, 17. Ce glaive a été envoyé sur terre. Certains ont cru, d’autres non. C’est pourquoi il y a guerre, comme on trouve en Ga 4, 9 : Comment vous êtes-vous convertis de nouveau aux éléments sans force et sans valeur, auxquels vous voulez de nouveau vous asservir ? Ainsi, [le Seigneur] est venu ouvrir cette division. Il est donc VENU APPORTER LE GLAIVE, etc., à savoir, la parole, mais, pour une part, parce que certains ont cru, et cela est son œuvre, et certains [n’ont pas cru], et cela est le fait de leur malice. Cependant, cela aussi est causé par lui, car il l’a permis, comme on le trouve en Rm 1, 26 : Pour cette raison, Dieu les a abandonnés à leurs passions honteuses.
La GloseOn peut encore interpréter ces paroles dans ce sens : Je ne suis pas venu parmi les hommes pour donner une nouvelle force aux affections de la chair, mais pour séparer par un glaive tout spirituel ceux qu'elles retiennent étroitement unis ; c'est pour cela qu'il ajoute : " Et l'homme aura pour ennemi ceux de sa propre maison. "
Notre-Seigneur avait dit plus haut : " Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour ; " il apprend ici à ses Apôtres quels seront les effets de leur prédication : " Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix.
Comment donc leur a-t-il ordonné de souhaiter la paix dans chaque maison où ils entreraient ? Comment les anges eux-mêmes ont-ils pu chanter cet hymne : " Gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux, et paix aux hommes sur là terre ? " C'est que la paix consiste surtout à retrancher ce qui est malade, à séparer ce qui est une source de division ; c'est alors seulement qu'il sera possible d'unir le ciel avec la terre. Le médecin ne coupe-t-il pas ainsi le membre qui est incurable pour sauver le reste du corps ? C'est ce qui est arrivé à la tour de Babel, où une heureuse division vint mettre fin à une paix qui était mauvaise. (Gn 11.) C'est ainsi que saint Paul divisa ceux qui s'étaient déclarés contre lui. (Ac 23.) L'accord et la paix ne sont pas toujours une bonne chose, car on les voit régner même parmi les voleurs. Or cette guerre, ce n'est pas Jésus-Christ qui la rend nécessaire, mais bien la volonté de ses ennemis.
Dans le sens mystique, le glaive, qui est l'arme la plus aiguisée, est l'emblème de la souveraineté et du pouvoir judiciaire, de la sévérité et du droit de punir les coupables. Rappelons-nous donc que ce glaive figure la parole de Dieu ; il a été apporté sur la terre, c'est-à-dire que la prédication l'a fait pénétrer dans le coeur des hommes. Ce glaive a donc divisé entre eux les cinq habitants d'une même maison, trois contre deux et deux contre trois. Ces trois habitants nous les trouvons dans l'homme : c'est son corps, son âme et sa volonté. Car de même que l'âme a été unie et donnée au corps, ainsi le pouvoir d'user de l'un et de l'autre à son gré à été donné à l'homme, et c'est pour cela que Dieu a imposé des lois à la volonté, comme nous le voyons dans ceux qui sont sortis les premiers de sa main. Mais par suite du péché et de la désobéissance de notre premier père, le péché devint pour les générations suivantes le père de notre corps, l'infidélité la mère de notre âme, et la volonté adhère à l'un et à l'autre ; c'est ainsi que l'on trouve cinq habitants dans la même maison. Mais lorsque nous sommes renouvelés dans les eaux du baptême, la puissance de la parole nous sépare des péchés de notre origine, et ces retranchements qu'opère le glaive de Dieu rompent tous les liens d'affection qui nous attachaient à notre père et à notre mère. C'est ainsi qu'on voit éclater dans une même maison de sérieuses divisions ; l'homme régénéré trouve des ennemis dans ce qu'il y a de plus intime en lui, car il met toute sa joie dans la sainte nouveauté de son esprit, tandis que les restes de son ancienne origine veulent conserver ce qui faisait l'objet de leur bonheur.