Matthieu 10, 18
Vous serez conduits devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens.
Vous serez conduits devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens.
En témoignage pour eux et pour les nations ; c’est-à-dire pour servir de témoignage et de preuve irrécusable du soin que Dieu a pris de leur faire annoncer la doctrine du salut, et de l’opiniâtreté avec laquelle ils l’ont refusée.
Les disciples n’auront pas moins à souffrir
des païens que des Juifs : Devant les gouverneurs et devant les rois. La persécution s’accentue de plus en
plus : après les tribunaux communs des Juifs, après la flagellation dans les synagogues, viendront les
jugements solennels, effrayants, rendus par les plus grands personnages de l’empire. Le titre de
« gouverneurs » désigne en général tous les hauts dignitaires romains qui gouvernaient les provinces au nom
de l’empereur, par exemple les proconsuls, comme Félix et Festus, Cf. Act. 24, 1, 27, les propréteurs, les
procureurs comme Pilate. « Rois » doit se prendre à la lettre. « Dans cet oracle repose sa foi, dont
témoignèrent Pierre devant Néron, Jean devant Domitius, et d’autres devant les rois des Parthes, des Scythes
et des Indes », Rosenmüller. - A cause de moi ; ce n’est point pour des fautes personnelles que les Apôtres
seront poursuivis et maltraités, mais à cause de Jésus-Christ, parce qu’ils croiront en lui et prêcheront sa
doctrine. - Pour servir de témoignage à eux et aux nations. Ces mots expriment le but que Dieu aura en vue
lorsqu’il permettra que les missionnaires soient ignominieusement conduits de tribunal en tribunal, et en
même temps le résultat consolant de la persécution. Les Apôtres en devenant martyrs seront par là-même des
témoins : les mauvais traitements qu’on leur infligera serviront la cause de la vérité, en répandant partout la
lumière du Christianisme et en dirigeant tous les regards sur elle. C’est en ce sens qu’ils rendront témoignage
à Jésus, et devant les Juifs (« à eux ») et devant les Gentils. On voit par cette interprétation que nous
regardons les expressions « à eux, aux nations » comme des datifs non pas « de préjudice », mais « de
témoignage ». S. Jean Chrysostôme, Théophylacte, Euthymius et d’autres à leur suite traduisent cependant
comme s’il y avait « contre eux », en sorte que le témoignage serait rendu directement contre les
persécuteurs juifs et gentils. Nous n’oserions pas dire que ce sens soit inexact, mais nous lui préférons la
première interprétation. Fritzsche est certainement dans le faux lorsqu’il suppose que la persécution attestera
simplement le courage des Apôtres. « Témoignage de liberté des apôtres et d’un esprit impavide ».
1231. ET VOUS SEREZ TRADUITS DEVANT DES GOUVERNEURS ET DES ROIS, comme devant Hérode et plusieurs autres. Mais vous devez recevoir une grande consolation, car ce sera À CAUSE DE MOI, que vous aimez. Augustin [écrit] : «L’amour rend tout négligeable et irréel.» De même : Bienheureux ceux qui seront persécutés pour la justice, etc., Mt 5, 10. Et qu’en découlera-t-il ? Cela LEUR [SERA] UN TÉMOIGNAGE, à savoir, contre eux, les Juifs et les païens. En effet, parce qu’ils vous auront livrés à leurs conseils, cela sera un témoignage contre eux. De même, parce qu’ils [l’auront fait] devant des rois et des gouverneurs, cela se retournera aussi contre eux. Ainsi, plus loin, 23, 34 : Voici que je vous envoie des sages et des scribes, et vous les tuerez et les flagellerez dans vos synagogues, etc. Ou bien, [autre interprétation] : UN TÉMOIGNAGE CONTRE CEUX-LÀ, à savoir les Juifs, ET CONTRE LES PAÏENS, car je vous envoie vers eux comme des témoins de la foi en moi. Ainsi, «martyr» veut dire la même chose que «témoin», car, par votre passion, vous serez les témoins de ma passion, Ac 1, 8.
Le serpent a coutume aussi de se frayer un passage dans des ouvertures étroites, pour y laisser en passant son ancienne peau. C'est ainsi que le prédicateur, en traversant la voie étroite, doit se dépouiller entièrement du vieil homme.
C'est-à-dire à ceux qui leur ont donné la mort en les persécutant ou qui n'ont pas changé eux-mêmes de vie ; car la mort des saints est un puissant secours pour les bons comme elle est un témoignage contre les méchants qui périssent sans excuse là où les élus trouvent de salutaires exemples qui les conduisent à la vie.
Le Sauveur donne ici une belle leçon aux prédicateurs, en leur recommandant d'avoir la prudence du serpent ; car c'est par le serpent que le premier homme fut trompé, et il semble leur dire : Le serpent a été prudent et rusé pour tromper ; soyez prudents vous mêmes pour sauver ; il a fait l'éloge de l'arbre de la science ; exaltez vous-mêmes la puissance de la croix.
Le Sauveur réunit ces deux vertus, car la simplicité sans la prudence peut être facilement trompée, et la prudence a ses dangers lorsqu'elle n'est pas tempérée par la simplicité.
Il donne le nom de loups aux Scribes et aux Pharisiens qui étaient comme les clercs de la religion juive.
La simplicité des colombes nous est révélée dans la forme sous laquelle l'Esprit saint a voulu paraître, et c'est en faisant allusion à cette vertu que l'Apôtre a dit : " Soyez petits en malice. "
De même que nous devons avoir la prudence du serpent pour éviter d'être blessés dans ce que nous avons de plus cher, ainsi devons-nous avoir la simplicité de la colombe pour ne pas opposer la vengeance à l'injustice qui nous est faite, et ne pas dresser aux autres de pernicieuses embûches.
Quoi de plus dur en apparence que de semblables commandements ? Non-seulement il faut souffrir le mal, il n'est pas même permis de s'en troubler, ce qui est le propre de la colombe ; car la colère n'apaise pas la colère, mais la douceur seule peut l'éteindre.
Il est vraiment surprenant qu'en parlant de la sorte le Sauveur n'ait pas vu s'éloigner aussitôt de lui ces hommes qui n'avaient jamais quitté les bords du lac dans lequel ils jetaient leurs filets. C'est là une preuve non-seulement de leur vertu, mais de la sagesse du docteur qui les enseignait ; car à chacun des maux qu'il leur prédisait il prenait soin de joindre un adoucissement. C'est pour cela qu'il ajoute : " A cause de moi. " C'est en effet une bien grande consolation de souffrir pour Jésus-Christ. Les Apôtres n'étaient pas persécutés comme des méchants et des scélérats ; Notre-Seigneur en donne la raison : " Pour leur servir de témoignage. "
Ce qui les consolait dans ces paroles, ce n'est pas le désir de voir la ruine de leurs ennemis, mais la vive confiance qu'ils avaient que le Sauveur était toujours avec eux et prévoyait tout ce qui devait leur arriver.
Ce sont eux qui s'efforcent d'arracher un aveu à votre silence ou votre consentement à leurs projets.
Ces loups figurent aussi ceux qui dans leur fureur insensée devaient se déchaîner contre les Apôtres.
La prudence leur fera éviter les embûches, la simplicité les garantira du mal. Notre-Seigneur leur donne pour exemple la finesse du serpent, parce qu'il cache sa tête dans les replis de son corps afin de mettre à couvert le siége de sa vie. Ainsi devons-nous sauver au péril de tout notre corps notre tête, qui est Jésus-Christ, c'est-à-dire nous appliquer à conserver notre foi dans toute sa pureté (Ep 3, 17 ; 4, 15), dans toute son intégrité.
Le démon s'est d'abord attaqué à l'âme du sexe le plus faible, et l'a séduite par l'espérance, en lui promettant la participation à l'immortalité ; ainsi devons-nous choisir nous-mêmes l'occasion favorable (eu égard à la nature et aux dispositions d'un chacun) pour parler avec prudence, révéler l'espérance des biens éternels et prédire en toute vérité, en nous fondant sur la promesse de Dieu lui-même, ce que le démon n'a promis que par un mensonge, c'est-à-dire que ceux qui croient deviendront semblables aux anges. (Mt 22.)