Matthieu 10, 11

Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez là jusqu’à votre départ.

Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez là jusqu’à votre départ.
Louis-Claude Fillion
Nous trouvons ici une série de nouveaux détails qui avaient pour but de diriger la conduite pratique des Apôtres pendant cette première mission. C’étaient des novices auxquels il fallait tout apprendre : Jésus leur donne avec bonté toutes les instructions dont ils pourront avoir besoin. Il leur parle d’abord du choix de leur séjour dans les villes et les bourgades où ils auront à s’arrêter. Ils ne devront pas aller demander l’hospitalité au premier venu : ce n’est qu’après de sérieuses informations qu’ils prendront une décision sur ce point important : Demandez. « En entrant dans une ville, dit fort bien saint Jérôme, les apôtres ne pouvaient pas savoir qui était qui. Il leur fallait donc choisir un hôte d’après la rumeur publique et le jugement des voisins, pour que la dignité de la prédication ne soit pas compromise par l’infamie de celui qui accueille ». - Qui y est digne. Jésus ne dit point : Le plus riche, le plus puissant, mais : Le plus digne. Les suggestions de la nature ne sauraient être écoutées quand il s’agit de l’établissement du royaume messianique. Le plus digne, en quel sens ? D’après le contexte, celui qui, par l’ensemble de ses qualités et de ses vertus, mérite par-dessus tous les autres que vous fixiez chez lui votre résidence ; le plus digne de vous et de l’Évangile. Sans ce choix prudent, comme l’indiquait tout à l’heure S. Jérôme, les Apôtres eussent couru le risque de compromettre leur réputation et la dignité de la parole divine. Le même saint Docteur fait observer que ceux qui avaient l’honneur de loger les disciples de Jésus sous leur toit, recevaient de fait beaucoup plus qu’ils n’accordaient. - Demeurez chez lui..., évitant d’aller habiter un jour dans une maison, un jour dans une autre, à la manière des zélateurs juifs, ce qui serait le signe d’une légèreté ou d’une délicatesse peu en rapport avec le caractère apostolique : aussi ne manquerait-on pas de s’en scandaliser au détriment de leur ministère. Donc, pas de précipitation pour s’introduire dans une habitation et pas de précipitation pour en sortir. Même durant leurs grandes missions, les Apôtres, et S. Paul en particulier, obéiront fidèlement à cette prescription de leur Maître.
Saint Thomas d'Aquin
1208. EN QUELQUE VILLE OU VILLAGE QUE VOUS ENTRIEZ, etc. Plus haut, le Seigneur a ordonné que les apôtres n’apportent pas de vivres avec eux, et il l’a justifié par le motif que L’OUVRIER MÉRITE SON SALAIRE. Maintenant, il précise la manière dont ils doivent recevoir. En premier lieu, il indique la manière, car ils doivent recevoir de ceux qui veulent donner ; en second lieu, [il indique] ce qui doit être fait pour ceux qui [le] veulent.

1209. À propos du premier point, [le Seigneur] fait trois choses. Premièrement, il enseigne à choisir ses hôtes ; deuxièmement, il interdit de changer de lieu d’accueil ; troisièmement, il ordonne que l’hôte soit salué.

1210. [Le Seigneur] dit donc : «Il a été dit plus haut : L’OUVRIER MÉRITE SON SALAIRE, afin que vous sachiez de qui vous devez recevoir, de sorte que vous ne croyiez pas que n’importe quelle demeure vous est permise. C’est pourquoi, EN QUELQUE VILLE OU BOURG OÙ VOUS ENTRIEZ, FAITES-VOUS INDIQUER QUI EN EST DIGNE.» Et cela, afin que la prédication ne soit pas méprisée en raison de la mauvaise réputation de l’hôte, comme on le trouve en 1 Tm 3, 7 : Car il faut que vous receviez un témoignage favorable de la part de ceux du dehors.

1211. La seconde raison est que, s’il existe quelqu’un de bon, il vous distribuera plus facilement le nécessaire. Et par cela, [le Seigneur] prend soin d’eux.

1212. La troisième raison est d’écarter le soupçon de la recherche d’un profit, car lorsque les gens voyaient que ces hommes pauvres ne recevaient que d’hommes bons, c’était pour eux un signe qu’ils ne prêchaient pas pour un profit.

1213. Chrysostome présente ces deux dernières interprétations ; Jérôme [présente] la première. Et c’est cela que dit l’Apôtre, 1 Th 2, 5 : Jamais nous n’avons eu un mot de flatterie et une arrière-pensée de cupidité. Il dit de même : QUI EN EST DIGNE. Et cela, parce que c’est une grande chose pour quelqu’un d’accueillir de tels hôtes. C’est ainsi qu’Abraham fut loué d’avoir accueilli ses hôtes, comme on le lit en He 13, 2 : N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est par elle que certains ont [à leur insu] accueilli des anges.

1214. Ici, il enseigne la stabilité de l’hospitalité. DEMEUREZ-Y, c’est-à-dire, n’allez pas d’une maison à l’autre. Et pourquoi ? Afin qu’il n’y ait pas de tristesse pour celui qui accueille. S’il est digne, il vous accueillera volontiers et il vous laissera partir avec tristesse. Jr 18, 20 : Rend-on le mal pour le bien ? La seconde raison est qu’ils ne doivent pas encourir une réputation de légèreté, qui ne convient pas au prédicateur. Je te louerai au milieu d’un peuple sérieux, Ps 34[35], 15. De même, afin qu’ils évitent une réputation de gloutonnerie, car, s’ils abandonnaient une maison peu accueillante pour une [maison] accueillante, cela serait attribué à la gloutonnerie.
Saint Jean Chrysostome
Le Seigneur venait de dire : " L'ouvrier est digne de son salaire ; mais son intention n'est point d'ouvrir indifféremment par ces paroles toutes les portes à ses disciples : aussi leur recommande-t-il d'user de la plus grande prudence dans le choix de ceux dont ils recevront l'hospitalité : " Dans quelque ville, leur dit-il, ou dans quelque bourg que vous entriez, demandez qui est digne de vous recevoir. "

Remarquez que Notre-Seigneur ne leur accorde pas encore toute faveur, ainsi il ne leur donne pas de savoir qui est digne, et il leur commande de s'en informer. A cet ordre, il ajoute celui de ne pas aller de maison en maison : " Demeurez-y, dit-il, jusqu'à ce que vous vous en alliez ; " et cela pour ne pas contrister celui qui les a reçus, et ne pas encourir le reproche de légèreté ou de sensualité.
Saint Hilaire de Poitiers
Dans le sens mystique, le Seigneur nous enseigne à ne pas fréquenter les maisons, et à ne pas cultiver l'amitié des personnes qui se déclarent ennemis de Jésus-Christ ou qui ne le connaissent pas. Dans chaque ville, il nous faut donc demander qui est digne de nous recevoir, c'est-à-dire demander si l'Église est quelque part, et si Jésus-Christ a lui-même une habitation ; et une fois entrés, n'allons pas ailleurs, car cette maison et celui qui l'habite sont dignes que nous nous y arrêtions. Il devait s'en rencontrer beaucoup parmi les Juifs, dont l'attachement pour la loi serait si grand que tout en croyant en Jésus-Christ dont ils avaient vu et admiré les prodiges, ils ne pourraient cependant sortir des oeuvres de la loi. D'autres, curieux d'examiner la liberté dont Jésus-Christ est l'auteur, devaient user de feinte, en quittant la loi pour l'Évangile. Plusieurs autres enfin devaient être entraînés dans l'hérésie par la dépravation de leur intelligence, et comme tous prétendent, mais bien à tort, qu'ils sont en possession de la vérité catholique, il ne faut entrer qu'avec précaution dans cette maison qui se dit l'Église catholique.