Marc 15, 15
Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Pilate a fait preuve assurément de quelque justice dans la
scène qui précède ; mais il n’a résisté que trop mollement à la foule, et maintenant il n’est plus maître de la
situation. À Césarée déjà, comme le raconte Josèphe [547], il avait appris dans une circonstance analogue
jusqu’où pouvait aller l’obstination d’un attroupement israélite. Il cède donc lâchement aux deux volontés
qui avaient été exprimées devant lui : il met Barabbas en liberté et condamne Jésus au supplice de la croix.
« Tu iras à la croix », telle était, dans sa concision toute romaine, la sentence du juge en pareil cas. — Les
mots voulant satisfaire le peuple montrent le but que se proposait le Procureur en décrétant ce supplice pour
Jésus. Il voulait se débarrasser d’une foule devenue menaçante, relever par cette concession sa popularité
depuis longtemps ébranlée. Il est vrai qu’il sacrifiait pour cela un innocent. Mais un gouverneur romain, et
surtout un Pilate, n’y regardait pas de si près ! — Après avoir fait flageller Jésus : voyez l’Évangile selon S.
Matthieu, Matth. 27, 26. Nous avons dit (ibid.) que, dans l’intention de Pilate, la flagellation devait être une
sorte de compromis destiné à calmer les désirs sauvages du peuple et à épargner la vie de Jésus. Mais, cet
expédient ayant échoué comme les autres, ce ne fut en réalité qu’une cruauté inutile. Il servit du moins à
réaliser la prophétie de Jésus, « ils le flagelleront », Marc 10, 33, et à nous mériter un surcroît de grâces. —
On a, sur la flagellation du Christ, de beaux tableaux de Carrache, du Bassan, de Palmer (musée de Lyon), de
Murillo, de Rubens, etc.
Il voulait complaire au peuple, c'est-à-dire faire sa volonté, plutôt que ce que demandaient de lui Dieu et la justice.
Considérez tout à la fois la méchanceté des Juifs et le bon naturel de Pilate, bien qu'il soit coupable de n'avoir point résisté aux injustes exigences du peuple. Ils lui crient: «Crucifiez-le», et Pilate pousse la modération jusqu'à essayer de nouveau d'arracher Jésus à ce jugement inique, «Pilate leur dit: Mais quel mal a-t-il fait ?» Il voulait chercher dans l'innocence du Sauveur un motif pour le délivrer.
La GloseCette coutume avait pour but de gagner les bonnes grâces du peuple, surtout à l'occasion de cette grande fête où les Juifs affluaient à Jérusalem de toutes les parties de la Judée. Or, pour mettre dans un plus grand jour ce qu'avait de monstrueux le choix que firent les Juifs, l'Évangéliste nous fait connaître l'énormité du crime commis par ce voleur que les Juifs préférèrent à Jésus-Christ, «Et il y en avait un alors nommé Barrabas, qui avait commis un meurtre dans une sédition». La gravité de ce crime ressort de la nature même du forfait, il avait commis un homicide; de la manière de le commettre, c'était au moyen d'une sédition qui avait agité toute la ville; enfin c'était un crime de notoriété publique, puisqu'on l'avait mis en prison avec les séditieux.
Pilate offrit aux Juifs plusieurs moyens de délivrer le Sauveur, d'abord, en mettant un scélérat en regard du juste: «Or, chaque année il avait coutume de leur accorder la délivrance d'un des prisonniers», etc.
C'est par les ordres de Pilate seul que Jésus fut flagellé; saint Jean le dit en termes exprès: «Alors Pilate prit Jésus, et le fit battre de verges» ( Jn 19, 1). Son dessein en cela était que les Juifs, rassassiés des souffrances et des opprobres de Jésus, cessassent d'avoir soif de son sang et de sa mort.
Que saint Matthieu passe sous silence ce que saint Marc rapporte ici que ce furent les Juifs qui vinrent faire cette demande à Pilate, cela ne peut faire aucune difficulté; peu importe, en effet, qu'une circonstance racontée par un Évangéliste soit omise par un autre. «Pilate leur répondit: Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ?» Quelles sont les paroles dont s'est servi Pilate, ou celles que lui prête saint Matthieu ou celles que rapporte ici saint Marc? Il y a, en effet, une différence entre ce que dit saint Matthieu: «Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre, Barrabas, ou Jésus qu'on appelle Christ ?» et ce que nous lisons ici dans saint Marc: «Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ?» Je réponds que les Juifs appelaient leurs rois christs ( 1R 2,10 ), et que celui qui s'est servi de l'un de ces deux termes a voulu évidemment leur demander s'ils voulaient qu'on leur délivrât le roi des Juifs, c'est-à-dire le Christ. Peu importe donc que saint Marc ne dise rien ici de Barrabas, et s'attache exclusivement à ce qui concerne le Sauveur, la réponse des Juifs que cet Évangéliste rapporte, montre clairement celui dont ils demandaient la délivrance: «Les prêtres excitèrent le peuple à demander qu'il leur délivrât plutôt Barrabas».
On voit ici clairement qu'en appelant Jésus roi des Juifs, saint Marc veut dire la même chose que saint Matthieu, d'après lequel Pilate lui donne le nom de Christ; car les seuls rois des Juifs portaient le nom de christs. En effet, saint Matthieu, dans l'endroit correspondant, fait dire à Pilate: «Que voulez-vous que je fasse de Jésus qu'on appelle Christ ?»
Nous voyons ici les deux boucs, l'un mis en liberté et appelé le bouc émissaire est renvoyé dans le désert, couvert des péchés du peuple; l'autre est immolé comme un agneau pour les péchés de ceux qui recouvrent la liberté. La portion qui appartient au Seigneur est toujours immolée; celle du démon, qui est leur maître (c'est le sens du mot Barrabas), se précipite dans l'enfer avec une fureur aveugle.