Marc 14, 42
Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
Il revint pour la troisième
fois. S. Marc ne mentionne pas en termes exprès la troisième prière de Jésus ; mais il la suppose
implicitement en disant que Notre-Seigneur rejoignait ses disciples pour la « troisième fois ». La tentation de
Gethsémani, de même que celle du désert, Matth. 4, 1 et ss., se composa donc de trois assauts consécutifs,
victorieusement repoussés par le Sauveur. — Dormez maintenant et reposez-vous. Jésus, n’ayant plus besoin
de consolations humaines, accorda aux siens, par ces paroles, quelque temps de repos. Puis, quand approcha
l’heure de la trahison, il les éveilla en disant : C’en est fait... La Vulgate a très bien traduit le verbe grec, qui
signifie : C’est assez de sommeil ! vous avez suffisamment dormi ! et non, comme le veulent quelques
interprètes « [mon angoisse] s’éloigne », ou bien : « Assez veillé ! je n’ai plus besoin de vous ». Entre ce
mot, qui est une particularité de S. Marc, et reposez-vous, il faut admettre une pause plus ou moins longue.
— Celui qui me livrera est proche. Dans le texte grec, nous avons deux fois le présent au lieu du futur. En
effet, l’affreux mystère de la trahison de Judas était déjà en plein cours d’exécution. Bellini, fra Angelico,
Carlo Dolci, Schidone, Murillo, le Pérugin ont admirablement reproduit cette scène douloureuse. Le Corrège
y « a déployé toute la suavité de son pinceau » (Rio).
C'est-à-dire votre esprit rejette avec ardeur la pensée de me renier, et voilà pourquoi vous faites cette promesse; mais votre chair est si faible, que si Dieu, que vous priez, ne la fortifie, vous succomberez à la tentation.
Il en est qui entendent ces paroles dans ce sens: «Je m'attriste, no n de la mort que je dois endurer, mais de ce que les Israélites, mes compatriotes, vont me crucifier, et seront par là même exclus du royaume de Dieu»,
La GloseAprès nous avoir raconté la prédiction du Seigneur sur le scandale dont il devait être l'occasion pour ses disciples, l'Évangéliste rapporte la prière qu'il fit, on le croit, pour ses disciples. Et tout d'abord il nous décrit le lieu qu'il choisît pour prier: «Ils allèrent ensuite en un lieu appelé Gethsémani».
On voit encore aujourd'hui ce lieu de Gethsémani, où le Seigneur fit sa prière. Il est situé au pied du mont des Oliviers, et le mot Gethsémani signifie vallée féconde ou vallée de l'abondance. Notre-Seigneur, en choisissant une montagne pour prier, nous enseigne à quelle sublimité de pensées et d'intentions nous devons nous élever dans la prière; et en priant dans la vallée de la fécondité, il nous apprend à pratiquer toujours l'humilité dans nos prières et la fécondité de l'amour intérieur; car c'est en descendant lui-même dans la vallée de l'humilité et en suivant les inspirations de son extrême charité qu'il a souffert la mort pour nous.
Tout Dieu qu'il est, il s'est revêtu de notre corps, il fait donc voir en lui la fragilité de la chair, pour détruire par ce seul fait l'impiété de ceux qui refusent de croire au sacrement de l'Incarnation. Dès lors, en effet, qu'il s'est uni à un corps semblable au nôtre, il a dû en prendre toutes les propriétés, toutes les faiblesses naturelles, comme la faim, la soif, les angoisses, la tristesse; car pour la divinité elle ne peut éprouver la moindre altération de ces diverses impressions.
Le Sauveur réprime ici la présomption téméraire de ceux qui s'imaginent pouvoir tout ce qui leur vient à l'esprit; plus, au contraire, l'ardeur de notre âme nous donne de confiance, plus la fragilité de la chair doit nous inspirer de crainte. Tout ce passage est directement opposé à l'erreur de ceux qui ne veulent reconnaître dans le Sauveur qu'une opération et qu'une volonté; car il établit clairement l'existence des deux volontés, de la volonté humaine qui refuse de souffrir à cause de la faiblesse de la chair, et de la volonté divine, qui marche avec ardeur au delà des souffrances.
Il ne dit pas à Dieu: Si vous pouvez le faire, mais: «Si cela peut se faire». Car la volonté de Dieu est la mesure de son pouvoir. Ces paroles: «Si cela est possible», reviennent donc à celles-ci: «Si vous le voulez». Et afin qu'on ne puisse soupçonner qu'il porte ici atteinte à la puissance de son Père, il nous explique aussitôt quel sens il faut donner aux paroles qui précèdent: «Et il dit: Mon Père, tout vous est possible», preuve évidente qu'il est question, non de l'impuissance du Père, mais de sa volonté dans ces paroles: «Si cela est possible». Suivant saint Marc, Notre-Seigneur joint au nom de père le mot abba, qui signifie en hébreu Père. Peut-être a-t-il fait usage de ces deux mots dans une intention mystérieuse, et pour nous apprendre qu'il se livrait à cette tristesse, comme représentant de son corps mystique, qui est l'Eglise, dont il est devenu comme la pierre angulaire qui réunit les deux peuples; les hébreux, au nom desquels il prononce le mot abba, et les gentils qui disent à Dieu: «Père».
Ou bien encore, comme il avait dit: «Dormez maintenant et reposez-vous», il ajoute: «C'en est assez», et puis il continue: «L'heure est venue, voici que le Fils de l'homme va être livré. Il faut donc admettre qu'après ces paroles: «Dormez et reposez-vous», le Seigneur garda quelque temps le silence pour donner aux Apôtres le temps de dormir, et qu'il leur dit ensuite: «L'heure est venue», après ces autres paroles: «C'est assez», sous-entendez, dormir.
Or celui qui entre en tentation est celui qui néglige de prier.
Le sommeil auquel les disciples se laissent aller par trois fois, nous représente les trois morts ressuscites par Notre-Seigneur, le premier dans sa maison; le second, lorsqu'on le conduisait au tombeau; le troisième dans le tombeau même.
Il nous enseigne aussi la crainte et la tristesse dont nous devons être pénétrés en présence du jugement de la mort, car nous ne pouvons dire par nous-mêmes, mais par Jésus-Christ seul: «Le prince de ce monde vient, et il n'a aucun droit sur moi».