Marc 13, 37
Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »
Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »
Je le dis à tous. « Il n'a pas
seulement parlé ainsi pour ceux qui avaient le bonheur de l'entendre, mais aussi pour ceux qui furent de ce
monde après ses disciples et avant nous, et pour nous-mêmes et pour ceux qui viendront après nous jusqu'au
dernier avènement » [503]. — Veillez. Dans la rédaction de S. Marc, le discours eschatologique se termine
par cette parole vigoureusement accentuée. Les premiers chrétiens, afin de s’exciter plus vivement à mettre
en pratique la recommandation de Jésus, aimaient à prendre des noms qui la leur rappellent sans cesse. De là
ces Vigilius, ces Gregorius (d’un verbe grec signifiant « veiller ») si souvent mentionnés dans les inscriptions
des Catacombes.
Il nous recommande à la fois ces deux choses: la vigilance et la prière, car il en est beaucoup qui veillent, mais qui passent les nuits dans les excès de la débauche. C'est pour nous enseigner cette vérité qu'il amène la comparaison suivante: «Il en sera comme d'un homme qui, s'en allant faire un voyage».
Il ne s'adressait pas seulement à ceux qui l'écoutaient, mais encore à ceux qui devaient les suivre et nous précéder, à nous-mêmes et à ceux qui viendront après nous jusqu'à son dernier avènement. Est-ce qu'en effet ce jour trouvera tous les hommes encore en vie? Ou bien dira-t-on que c'est aux morts aussi que s'adressent ces paroles: «Veillez, afin que ce jour qui viendra à l'improviste ne vous trouve endormi ?» Pourquoi donc adresse-t-il à tous une recommandation qui ne parait concerner que ceux qui vivront alors, si ce n'est parce qu'elle s'adresse à tous en réalité, comme je l'ai dit. Ce jour vient pour chacun de nous, avec le jour de sa mort, parce qu'il sort de cette vie dans l'état où il sera jugé au dernier jour. Tout chrétien doit donc veiller, afin que ce jour ne le surprenne pas sans être préparé. Or, il surprendra sans préparation celui qui ne se sera point préparé au dernier jour de sa vie.
Notre Dieu viendra manifestement, et il ne se taira pas (Ps 49,3)! En effet, le Seigneur Christ, notre Dieu, le Fils de Dieu, viendra de façon cachée dans son premier avènement, et de façon manifest e dans le second. Quand il est venu caché, il n'a été connu que de ses serviteurs; quand il viendra manifestement, il sera connu des bons et des mauvais. Quand il est venu caché, c'était pour être jugé; quand il viendra manifestement, ce sera pour être le juge.
Enfin, quand autrefois il était jugé, il s'est tu, et le prophète avait prédit ce silence: Comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche (Is 53,7). Mais Il viendra manifestement, notre Dieu, et il ne se taira pas. S'il s'est tu quand il allait être jugé, il ne se taira pas lorsqu'il viendra comme juge. Et déjà maintenant il ne se tait pas, s'il y a quelqu'un qui veuille l'entendre. Mais le psaume dit: Il ne se taira pas, lorsque ceux qui le méprisent maintenant reconnaîtront sa voix. Car lorsqu'on énonce maintenant les commandements de Dieu, certains les tournent en dérision. Parce que ce qu'il a promis ne se montre pas maintenant, et parce que ce dont il nous menace ne se voit pas maintenant, on se moque de ce qu'il prescrit.
Maintenant ce qu'on appelle le bonheur de ce monde, les méchants le possèdent aussi; et ce qu'on appelle le malheur de ce monde, les bons le possèdent aussi. Si des hommes ne croient qu'aux réalités présentes et ne croient pas aux réalités futures, c'est parce qu'ils observent que les biens et les maux du siècle présent appartiennent indistinctement aux bons et aux mauvais. S'ils ambitionnent les richesses, ils voient qu'elles appartiennent aux pires des hommes aussi bien qu'aux bons. S'ils ont horreur de la pauvreté et des misères de cette vie, ils voient qu'elles font souffrir non seulement les bons, mais aussi les mauvais, et ils disent dans leur coeur: Dieu ne voit pas (Ps 93,7), il ne dirige pas les affaires humaines. Il nous laisse totalement rouler au hasard dans l'abîme profond de ce monde, et il ne nous montre en rien sa providence. Et s'ils méprisent les préceptes de Dieu, c'est parce qu'ils ne voient pas son jugement se manifester.
Cependant, chacun doit remarquer, même maintenant, que Dieu, quand il le veut, regarde et juge, sans attendre une heure. Mais quand il veut, il attend. D'où vient cette différence? Parce que s'il ne jugeait jamais dès maintenant, on ne croirait pas en son existence. Mais s'il jugeait tout dès maintenant, il ne garderait rien pour le jugement. Il réserve donc beaucoup de causes pour ce jugement, mais quelques-unes sont jugées présentement, afin que ceux dont il fait attendre le jugement soient saisis de crainte et se convertissent. Car Dieu n'aime pas condamner mais sauver, et c'est pourquoi il est patient envers les mauvais, pour qu'ils deviennent bons. Cependant l'Apôtre nous dit que la colère de Dieu se révélera contre tout refus de Dieu (Rm 1,18), et qu'il rendra à chacun selon ses oeuvres (Rm 2,6). Il avertit et il reprend l'homme qui le méprise en lui disant: Méprises-tu ses trésors de bonté et de patience (Rm 2,4)? Parce qu'il est bon, parce qu'il est patient avec toi, parce qu'il te fait attendre et ne te détruit pas, tu le méprises et tu juges absolument nul le jugement de Dieu: Refuses-tu de reconnaître que ce don de Dieu te pousse à la conversion? Avec ton coeur endurci, tu accumules la colère contre toi pour le jour de la colère, où sera révélé le juste jugement de Dieu, lui qui rendra à chacun selon ses oeuvres (Rm 2,4-6).
Enfin, quand autrefois il était jugé, il s'est tu, et le prophète avait prédit ce silence: Comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche (Is 53,7). Mais Il viendra manifestement, notre Dieu, et il ne se taira pas. S'il s'est tu quand il allait être jugé, il ne se taira pas lorsqu'il viendra comme juge. Et déjà maintenant il ne se tait pas, s'il y a quelqu'un qui veuille l'entendre. Mais le psaume dit: Il ne se taira pas, lorsque ceux qui le méprisent maintenant reconnaîtront sa voix. Car lorsqu'on énonce maintenant les commandements de Dieu, certains les tournent en dérision. Parce que ce qu'il a promis ne se montre pas maintenant, et parce que ce dont il nous menace ne se voit pas maintenant, on se moque de ce qu'il prescrit.
Maintenant ce qu'on appelle le bonheur de ce monde, les méchants le possèdent aussi; et ce qu'on appelle le malheur de ce monde, les bons le possèdent aussi. Si des hommes ne croient qu'aux réalités présentes et ne croient pas aux réalités futures, c'est parce qu'ils observent que les biens et les maux du siècle présent appartiennent indistinctement aux bons et aux mauvais. S'ils ambitionnent les richesses, ils voient qu'elles appartiennent aux pires des hommes aussi bien qu'aux bons. S'ils ont horreur de la pauvreté et des misères de cette vie, ils voient qu'elles font souffrir non seulement les bons, mais aussi les mauvais, et ils disent dans leur coeur: Dieu ne voit pas (Ps 93,7), il ne dirige pas les affaires humaines. Il nous laisse totalement rouler au hasard dans l'abîme profond de ce monde, et il ne nous montre en rien sa providence. Et s'ils méprisent les préceptes de Dieu, c'est parce qu'ils ne voient pas son jugement se manifester.
Cependant, chacun doit remarquer, même maintenant, que Dieu, quand il le veut, regarde et juge, sans attendre une heure. Mais quand il veut, il attend. D'où vient cette différence? Parce que s'il ne jugeait jamais dès maintenant, on ne croirait pas en son existence. Mais s'il jugeait tout dès maintenant, il ne garderait rien pour le jugement. Il réserve donc beaucoup de causes pour ce jugement, mais quelques-unes sont jugées présentement, afin que ceux dont il fait attendre le jugement soient saisis de crainte et se convertissent. Car Dieu n'aime pas condamner mais sauver, et c'est pourquoi il est patient envers les mauvais, pour qu'ils deviennent bons. Cependant l'Apôtre nous dit que la colère de Dieu se révélera contre tout refus de Dieu (Rm 1,18), et qu'il rendra à chacun selon ses oeuvres (Rm 2,6). Il avertit et il reprend l'homme qui le méprise en lui disant: Méprises-tu ses trésors de bonté et de patience (Rm 2,4)? Parce qu'il est bon, parce qu'il est patient avec toi, parce qu'il te fait attendre et ne te détruit pas, tu le méprises et tu juges absolument nul le jugement de Dieu: Refuses-tu de reconnaître que ce don de Dieu te pousse à la conversion? Avec ton coeur endurci, tu accumules la colère contre toi pour le jour de la colère, où sera révélé le juste jugement de Dieu, lui qui rendra à chacun selon ses oeuvres (Rm 2,4-6).
La vigilance est un devoir pour l'âme avant la mort du corps.
Notre-Seigneur conclut tout son discours par ces paroles: «Ce que je vous dis, je le dis à tous», afin que les derniers reçoivent des premiers cette recommandation qui est commune à tous.
Car celui qui dort ne voit que des fantômes et non des corps véritables, et lorsqu'il est réveillé, il ne lui reste de ce qu'il a vu dans son sommeil qu'un souvenir sans réalité. Tels sont ceux qui, pendant cette vie, se laissent entraîner à l'amour du monde, et qui, au moment de la mort, se voient abandonnés de ce que, dans leurs rêves, ils avaient regardé comme des réalités.
On objecte au Fils unique de Dieu d'ignorer ce jour et cette heure, et on en conclut qu'il n'est point né Dieu de Dieu avec cette nature parfaite que possède Dieu le Père; mais j'en appelle ici au simple jugement du sens commun; peut-on supposer une ignorance quelconque, dans celui qui est pour tous les êtres l'auteur de ce qu'ils sont et de ce qu'ils seront? Comment une seule chose peut-elle être en dehors de la science de sa nature, par laquelle et dans laquelle sont contenues toutes les choses qui doivent exister. Quoi ! il aurait ignoré le jour de son avènement. L'homme, autant que sa nature le lui permet, prévoit d'avance ce qu'il a dessein de faire, et la connaissance de ce qu'il doit faire suit chez lui la volonté d'agir. Comment donc admettre que le Seigneur de gloire, par cette ignorance au jour de son avènement, ait eu une nature si imparfaite que d'être soumise à un avènement nécessaire, sans en avoir aucune connaissance. Mais encore, il y a ici double impiété, si l'on suppose une intention malveillante dans Dieu le Père, qui aurait refusé la connaissance de la béatitude à celui à qui il avait révélé la connaissance de sa mort. Si tous les trésors de la science sont en lui; il ne peut ignorer ce jour, mais nous devons nous rappeler que ces trésors de science sont cachés en lui. L'ignorance dont il parle tient donc uniquement à ce que les trésors de la science restent cachés en lui. Toutes les fois donc que Dieu déclare ignorer quelque chose, il ne s'agit point d'une véritable ignorance, mais il veut nous apprendre, ou qu'il n'est pas temps de parler, ou qu'il n'est pas temps d'agir. L'Ecriture dit de Dieu, qu'il connut qu'Abraham l'aimait, parce qu'il le fit connaître à Abraham lui-même ( Gn 22). Il faut donc dire, par la même raison, que le Père a connu ce jour, parce qu'il l'a révélé à son Fils. Si donc nous lisons que le Fils ne connaît point ce jour, c'est dire d'une manière figurée qu'il ne doit point en parler; au contraire, le Père seul connaît ce jour, parce que c'est à lui de le faire connaître. Gardons-nous donc d'admettre dans le Père ou dans le Fils aucun changement, aucune modification extérieure. Enfin, pour éloigner de lui tout soupçon d'ignorance, il ajoute aussitôt: «Prenez garde, veillez et priez, parce que vous ne savez quand ce temps viendra».