Marc 11, 11

Jésus entra à Jérusalem, dans le Temple. Il parcourut du regard toutes choses et, comme c’était déjà le soir, il sortit pour aller à Béthanie avec les Douze.

Jésus entra à Jérusalem, dans le Temple. Il parcourut du regard toutes choses et, comme c’était déjà le soir, il sortit pour aller à Béthanie avec les Douze.
Louis-Claude Fillion
Jésus entra à Jérusalem dans le temple. S. Marc ne dit rien d’une scène touchante que nous trouverons dans Luc 19, 41-44 ; il ne dit rien non plus de l’émoi que l’entrée solennelle de Jésus suscita dans Jérusalem, Matth. 21, 10, 11. Il préfère, et ce trait a une signification profonde, conduire immédiatement la procession triomphale à son terme, dans le temple. C’est donc droit au temple que Jésus se fit escorter par le peuple. On ne le mène pas sur une place publique comme un tribun vulgaire, ni à un palais comme un roi ordinaire ; on le mène au temple de Jéhova. C’est là en effet sa résidence en tant que Messie. Comme ce détail nous fait bien voir la nature toute religieuse de l’ovation qu’on venait de lui décerner ! S. Marc nous l’a seul conservé. — Après avoir tout regardé. Autre trait caractéristique et spécial. On en a parfois méconnu la portée, par exemple le Vén. Bède, qui suppose que le Sauveur, en jetant ainsi les yeux de tous côtés, voulait voir « si quelqu’un lui offrirait l’hospitalité ! ». Non, le véritable sens est à la fois et plus simple et plus noble. Ce regard provient de l’œil du Maître ! Arrivé à son palais messianique, Jésus inspecte toutes choses à la façon d’un roi : il contemple les désordres qu’il reviendra châtier le lendemain. — Comme il était déjà tard… La marche triomphale et l’inspection du Sauveur avaient rempli une grande partie de la journée. — Il s’en alla à Béthanie. Pourquoi Jésus ne passa-t-il point la nuit à Jérusalem, au milieu de ce bon peuple ? On le conçoit sans peine. Il n’avait pas que des amis dans la capitale juive ; il y avait aussi des ennemis nombreux, puissants, acharnés à sa perle. Le séjour de la ville sainte n’eut donc pas été sûr pour lui. C’est pourquoi nous le verrons chaque soir chercher un refuge à Béthanie, jusqu’à la nuit du Jeudi saint.
Théophylacte d'Ohrid
Ses ennemis, s'ils le veulent, pourront reconnaître sa gloire, et par l'accomplissement des prophéties dont il est l'objet, apprendre qu'il est le vrai Dieu; s'ils s'y refusent, leur incrédulité malgré tant de prodiges éclatants, leur attirera un jugement bien plus redoutable. C'est cette entrée triomphale que l'Évangéliste décrit en ces termes: «Lorsqu'ils approchaient de Jérusalem et de Béthanie», etc.

Ces hommes, habitants de la campagne et occupés aux travaux des champs, n'auraient certainement pas donné cette permission, si une influence divine ne les eût dirigés, et comme forcés de laisser aller cet ânon.

Le royaume de David, dans leur pensée, était le royaume du Christ, parce que le Christ descendait de la race de David, et aussi parce que David signifie c elui qui est puissant de la main. Qui a mieux mérité cette qualification que le Sauveur, dont la main a opéré tant et de si éclatants prodiges?

Cet ânon n'était pas nécessaire au Sauveur, il l'envoie chercher pour donner à entendre qu'il devait bientôt appeler à lui les gentils.

Ou enfin «dans un carrefour», c'est-à-dire, dans cette vie; or, ce sont les disciples qui le délient par le baptême et par la foi.

Ou bien ceux qui veulent s'opposer aux disciples sont les démons dont les Apôtres, plus forts qu'eux, ont triomphé.

Il n'y a que les actes dont la fin répond au commencement qui soient vraiment à la louange de Dieu. Il en est dont la vie passée offre des commencements de bien, mais les années suivantes ont donné un démenti à celles qui précédaient, et n'on t point eu pour fin la gloire de Dieu.
Saint Bède le Vénérable
Hosanna est un mot hébreu, composé de deux autres mots, l'un entier, l'autre altéré. Sauvez-moi, se dit en hébreu, hosi le mot anna est comme l'interje ction de la prière; interjection qui répond à l'interjection latine, hélas !

Cet ânon libre et indompté est la figure du peuple des nations; personne ne l'avait encore monté, c'est-à-dire, qu'aucun sage docteur n'avait encore, par des enseignements utiles, imposé à ce peuple le frein de la discipline, pour préserver sa langue des paroles coupables, ou le forcer d'entrer dans l'étroit sentier de la vie.

Nous voyons dans l'Évangile de saint Jean, Jésus s'enfuir sur la montagne, lorsque les Juifs voulurent le faire roi. Aujourd'hui qu'il vient à Jérusalem pour y souffrir, il accepte ce titre de roi, sous lequel il est acclamé, pour établir clairement que le royaume qu'il veut fonder n'est point un royaume temporel et terrestre, mais un royaume éternel dans les cieux, et qu'il devait entrer en possession de ce royaume par le mépris de la mort. Il faut remarquer ici la conformité des acclamations de la foule avec ces paroles de Gabriel: «Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père», c'est-à-dire, qu'il devait appeler à ce royaume céleste, par ses paroles et par ses actions, cette nation autrefois soumise à l'autorité tempor elle de David.

On peut dire encore qu'il était dans un carrefour, parce qu'il ne se tenait pas dans le chemin certain de la foi et de la vérité, mais qu'il suivait au gré de l'erreur les sentiers innombrables et douteux des sectes diverses. Ou bien encore ces deux chemins sont la figure du libre arbitre qui hésite entre la vie et la mort ( Si 15, 18).

Ou bien ce sont ces maîtres de l'erreur qui s'opposèrent aux docteurs qui venaient apporter le salut aux gentils; mais lorsque le Sauveur eut fait éclater la puissance de la foi en son nom, le peuple des croyants, libre des attaques de ses ennemis, fut amené au Seigneur qu'il portait déjà dans son coeur. Les vêtements dont les Apôtres couvrent cet animal, représentent ou la doctrine des vertus, ou le don d'interpréter les Écritures, ou la variété des dogmes de l'Eglise; les coeurs des hommes autrefois nus et glacés, sont couverts de ces vêtements pour devenir des sièges dignes de Jésus-Christ.

Or, comme tous les élus, ceux qui pouvaient être alors dans la Judée aussi bien que ceux qui sont maintenant dans l'Eglise, ont cru et croient encore au médiateur de Dieu et des hommes, ceux qui précèdent, comme ceux qui suivent, crient tous ensemble: Hosanna !
Saint Augustin
Saint Matthieu parle d'une ânesse et de son ânon, les autres Évangélistes ne disent rien de l'ânesse. Il n'y a ici aucune contradiction, dès lors qu'on peut admettre les deux circonstances de ce fait; quand même chacun des Évangélistes n'en rapporterait qu'une des deux. A plus forte raison n'y a-t-il aucune difficulté, lorsqu'un Évangéliste rapporte une circonstance, et que l'autre les raconte toutes deux.

«Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent: Que faites vous? pourquoi déliez-vous cet ânon? Ils leur répondirent comme Jésus le leur avait ordonné, et ces gens le leur laissèrent emmener», c'est-à-dire, l'ânon.
Saint Jérôme
Ou bien, hosanna , dans les hauteurs des cieux comme dans les profondeurs de la terre, que les justes s'élèvent dans les cieux sur les ruines des anges, et que ceux qui habitent la surface ou les profondeurs de la terre soient également sauvés. Dans le sens mystique, le Seigneur approche de Jérusalem, qui est la vision de la paix, le siège d'une félicité éternelle et immuable, et selon l'Apôtre, la mère de tous les croyants. ( Ga 4)

Les disciples de Jésus-Christ sont appelés, ils sont envoyés deux à deux, parce que la charité ne peut s'exercer, si on est seul. «Malheur à celui qui est seul, dit la sainte Ecriture» ( Qo 4). Ce sont deux hommes qui dirigent les Hébreux dans leur sortie de l'Egypte; deux hommes qui rapportent de la terre sainte la grappe de raisin, pour enseigner à ceux qui sont placés à la tête des autres, à joindre toujours l'action à la science, à tirer des deux tables les deux commandements ( Ex 32, 5; 30, 18; 25; 39; 3 R 8, 7), à se purifier dans les deux fontaines, à porter l'arche du Seigneur sur deux bâtons, et afin qu'ils apprennent à connaître le Dieu assis entre deux chérubins, lui offrant le double hommage de l'esprit et du coeur ( 1Co 14 ).

Ils trouvèrent cet ânon attaché devant la porte en dehors, emblème du peuple des gentils retenu dans les liens du péché devant la porte de la foi, en dehors de l'Eglise. - S. ambr. ( sur S. Luc, 9, 19). Ou bien, ils le trouvèrent attaché devant la porte, c'est-à-dire, que tout homme qui n'est pas avec Jésus-Christ et qui demeure dehors, est sur la voie, mais celui qui est en Jésus-Christ ne reste pas dehors. L'Évangéliste ajoute qu'on le trouva entre deux chemins, où tout le monde passe, dans un lieu dont personne ne pouvait revendiquer la propriété; il était là, sans étable, sans nourriture, sans crèche. Quelle misérable servitude que celle qui n'a aucun droit certain ! On est l'esclave de plusieurs maîtres quand ou ne dépend pas d'un seul, les étrangers lient pour assurer leur possession, le maître légitime met en liberté pour conserver, car les bienfaits sont des liens beaucoup plus puissants que les chaînes.

«Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent: Que faites-vous? Comme s'ils disaient: Qui peut remettre les péchés ?»
Saint Jean Chrysostome
Après avoir donné des preuves suffisantes de sa puissance divine, et alors que sa croix se dressait devant ses yeux, le Sauveur donne à toutes ses actions un caractère de publicité plus grande qui devait redoubler la fureur de ses ennemis. Bien des fois il s'était rendu à Jérusalem, mais jamais avec l'éclat dont il environne aujourd'hui son entrée dans cette ville.

Aussi les prophètes donnent-ils souvent à David le nom de Christ, parce que le Christ devait descendre de David.