Luc 9, 42
À peine l’enfant s’était-il approché que le démon le terrassa et le fit entrer en convulsions. Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le rendit à son père.
À peine l’enfant s’était-il approché que le démon le terrassa et le fit entrer en convulsions. Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le rendit à son père.
Ce n'est point que le Sauveur, si plein de mansuétude et de douceur, se soit laissé dominer par un sentiment d'aigreur et d'ennui, mais il parle ici comme un médecin qui, voyant un malade agir contre ses prescriptions, lui dirait: «A quoi bon venir plus longtemps vous visiter, puisque vous faites tout le contraire de ce que j'ordonne». Il est si vrai que ce n'est pas contre cet homme, mais contre la mauvaise disposition de son âme qu'il est irrité, qu'il ajoute aussitôt: «Amenez ici votre fils». - Tit. de Bostr. Le Sauveur pouvait le délivrer d'un seul mot, mais il veut faire constater sa maladie, en l'exposant aux regards de tous ceux qui l'entouraient. Aussitôt que le démon sentit la présence du Seigneur, il agita convulsivement l'enfant: «Et comme l'enfant s'approchait, le démon le jeta contre terre et l'agita violemment». Le Sauveur voulait que sa maladie fût bien établie avant d'y apporter remède.
Dans le sens mystique, nous voyons ici que le Seigneur agit tous les jours avec les hommes, selon le degré de leurs mérites, il monte avec les uns, en élevant sur les hauteurs les plus sublimes les âmes parfaites, dont la vie est tout entière dans le ciel ( Ph 3, 20), les instruisant des secrets de l'éternité, et en leur enseignant des vérités qui ne peuvent être entendues de la foule; il descend avec les autres, c'est-à-dire, avec les âmes qui ont encore les goûts de la terre et sont privés de la véritable sagesse, en les fortifiant, en les enseignant et en les châtiant. Saint Matthieu fait remarquer que ce possédé était lunatique (Mt 18); saint Marc, qu'il était sourd et muet (Mc 9). Il est ainsi la figure de ceux qui sont inconstants comme la lune ( Qo 27, 12), et que l'on voit successivement croître et décroître dans les vices auxquels ils sont livrés; de ceux encore qui sont muets, parce qu'ils ne confessent pas la foi, et de ceux qui sont sourds, parce qu'ils n'entendent pas la parole de la foi. A peine l'enfant s'est-il approché du Seigneur, qu'il est violemment agité; c'est qu'en effet, le démon soumet à de plus rudes tentations ceux qui se convertissent à Dieu, pour leur inspirer l'éloignement de la vertu, ou pour venger l'affront qu'on lui fait en le chassant. C'est ainsi que dans les commencements de l'Église, il lui livra autant de combats acharnés qu'il eut à souffrir de coups portés à son empire. Ce n'est point l'enfant qui souffrait cette violence que le Sauveur reprend avec menace, mais le démon qui en était l'auteur, parce qu'en effet, celui qui désire ramener au bien un pécheur doit poursuivre le vice de ses reproches et de sa haine, mais donner à l'homme pécheur les témoignages d'un amour sincère, jusqu'à ce qu'il l'ait remis guéri de ses infirmités entre les mains des pères spirituels de l'Église.
Jusque-là, en effet, il n'appartenait pas à son père, mais au démon qui le possédait. L'Évangéliste ajoute, que tous étaient stupéfaits à la vue de ces grandes choses que Dieu opérait: «Et tous étaient stupéfaits de la puissance de Dieu». L'auteur sacré veut ici relever l'excellence du don que Jésus-Christ avait fait aux saints Apôtres, en leur accordant le pouvoir divin de faire des miracles et de commander aux démons.
Gardons-nous de croire cependant que Je Seigneur obéisse ici à un motif d'ostentation, il agit ainsi dans l'intérêt du père, qu'il veut amener à croire le miracle qu'il va opérer, en lui faisant voir le démon rempli de trouble à sa seule parole: «Et Jésus commanda avec menace à l'esprit impur, et il guérit l'enfant, et il le rendit à son père».