Luc 9, 28
Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier.
Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier.
Sur cette manière spéciale de compter les
jours qui séparèrent la confession de S. Pierre de la Transfiguration, voyez l'Évangile selon S. Matthieu, p.
334. - Il monta sur une montagne. Cette montagne était le Thabor suivant les uns, l'Hermon suivant les
autres. « Il est tout à fait vraisemblable, à moins que quelqu’un n’ait de meilleures raisons pour penser
autrement, que ce qui est raconté aux versets 18 et suivants ait eu lieu quelque part dans la Césarée de
Philippe », Luc de Bruges. Par conséquent sur l'Hermon ou l'un de ses contreforts. Voyez Schanz,
Commentar über das Evang. des heil. Matth., 1879, pp. 385 et s. - Pour prier : tel fut le but direct que Jésus
se proposait en gravissant la montagne avec ses disciples privilégiés.
La croix, dans la pensée du Sauveur, c'est une mort ignominieuse, et il nous fait entendre ici que celui qui veut suivre le Christ, ne doit point reculer devant la perspective d'une mort semblable.
On rougit de Jésus-Christ, quand on dit: Est-ce que je croirai à un crucifié? On rougit de ses discours, en méprisant la simplicité de l'Évangile. Or, le Seigneur rougira de celui qui rougit de lui, comme un père de famille rougirait de nommer un de ses mauvais serviteurs.
C'est-à-dire la gloire dont jouissaient les justes; le Sauveur veut parler de la transfiguration qui était le symbole de la gloire future, comme s'il disait: Quelques-uns de ceux qui sont ici (c'est-à-dire Pierre, Jacques et Jean) ne mourront point avant d'avoir vu dans ma transfiguration la gloire réservée à ceux qui auront confessé mon nom.
Saint Matthieu et saint Marc placent la transfiguration six jours après la promesse faite aux disciples, tandis que saint Luc rapporte que ce fut huit jours après. Il n'y a toutefois aucune contradiction dans leur récit; les deux Évangélistes qui ne parlent que de six jours, n'ont pris que les jours intermédiaires, sans compter les extrêmes, le premier et le dernier; c'est-à-dire celui où la promesse fut faite, et celui de son accomplissement, tandis que saint Luc, qui compte huit jours, comprend les deux dont nous venons de parler. Or, pourquoi le Sauveur n'admet-il pas tous ses disciples, mais quelques-uns seulement à j ouir de cette vision? Il n'y en avait qu'un parmi eux (c'était Judas), qui fût indigne de voir cette révélation de la divinité, selon ces paroles: «Faites disparaître l'impie, pour qu'il ne voie point la gloire de Dieu ( Is 26) ». Or, si Notre-Seigneur l'avait seul excepté, sa jalousie eût donné un nouvel aliment à sa méchanceté; le Sauveur enlève donc à ce traître un prétexte à sa trahison, en laissant avec lui tous les autres disciples au bas de la montagne. il en prend trois avec lui, pour que toute parole soit confirmée par deux ou trois témoins. Il choisit Pierre, pour qu'il entendît le Père confirmer par son témoignage celui qu'il avait rendu lui-même à la divinité du Christ, et aussi parce qu'il devait être le chef de toute l'Église. Il prend Jacques, parce que le premier de tous les Apôtres, il devait donner sa vie pour Jésus-Christ; enfin il choisit Jean comme l'interprète le plus pur des secrets divins qui, après avoir été témoin de la gloire éternelle du Fils, devait faire entendre ces paroles sublimes: «Au commencement était le Verbe».
Il faut nécessairement se détacher de soi-même, si l'on veut s'approcher de celui qui est au-dessus de nous, suivant ces paroles du Sauveur: «Qu'il se renonce lui-même».
On peut encore porter sa croix de deux manières, ou lorsqu'on mortifie son corps par la pénitence, ou lorsque l'âme s'attriste et s'afflige en compatissant aux souffrances des autres.
Notre-Seigneur réunit à dessein ces deux choses: «Qu'il se renonce lui-même, et qu'il porte sa croix»; car de même que celui qui est prêt à monter sur la croix, est tout disposé intérieurement à souffrir ce genre de mort, et n'a plus que de l'indifférence pour la vie présente; ainsi celui qui veut suivre le Seigneur, doit d'abord se renoncer lui-même, et ensuite porter sa croix, de sorte que dans son âme, il soit prêt à supporter toute espèce de souffrance.
Ou bien, ce royaume de Dieu; c'est l'Église actuelle, et quelques-uns des disciples devaient vivre assez longtemps sur la terre pour voir l'Église de Dieu établie, et dominant la gloire du monde. - S.Ambr. Si donc nous voulons n'avoir pas à craindre la mort, tenons-nous toujours auprès de Jésus-Christ; car ceux-là seuls ne goûteront point la mort, qui peuvent se tenir étroitement unis à Jésus-Christ. Or, on peut conclure du sens propre de ces paroles, que ceux qui ont mérité d'être admis dans la société de Jésus-Christ, ne ressentiront pas les atteintes mêmes les plus légères de la mort. Sans doute, ils goûteront, comme en passant, la mort du corps, mais ils posséderont pour toujours la vie de l'âme; car ce n'est point au corps, mais à l'âme, qu'est accordé le privilège de l'immortalité.
Les valeureux capitaines, qui veulent inspirer plus de courage et de hardiesse à ceux qui parcourent avec eux la carrière des armes, ne se contentent pas de leur promettre les honneurs de la victoire, mais cherchent à leur persuader qu'il y a de la gloire même à supporter les souffrances. Notre-Seigneur Jésus-Christ agit de même à l'égard de ses Apôtres. Il leur avait prédit qu'il aurait à souffrir les accusations calomnieuses des Juifs, qu'il serait mis à mort, et qu'il ressusciterait le troisième jour. Mais ils pouvaient croire que ces souffrances devaient être le partage exclusif de Jésus-Christ, sauveur du monde, tandis qu'il leur serait permis de mener une vie molle et sensuelle; il leur apprend donc qu'ils ont à livrer les mêmes combats, s'ils désirent partager sa gloire: «Il disait donc à tout le monde».
Notre-Seigneur, plein de douceur et de bonté, ne veut point qu'on le serve forcément et à regret, mais volontairement, et en lui rendant grâces d'être à son service; aussi il ne force, il ne violente personne, mais c'est par la persuasion et par les bienfaits, qu'il attire à lui tous ceux qui désirent le suivre: «Si quelqu'un veut».
En disant: «Si quelqu'un veut venir après moi (cf. Jn 12,21 ) », il se propose lui-même comme modèle de la vie parfaite à ceux qui veulent suivre ses divins enseignements, et il les invite, non pas à le suivre corporellement (ce qui serait impossible, puisque Notre-Seigneur est maintenant dans les cieux), mais à suivre fidèlement les exemples de sa vie, selon la mesure de leurs forces.
L'abnégation de soi-même, c'est l'oubli de toutes les choses de notre vie passée, et l'abandon de nos propres volontés.
Or, désirer mourir pour Jésus-Christ, mortifier les membres de l'homme terrestre ( Col 3), être disposé à supporter courageusement toutes les épreuves pour Jésus-Christ, n'avoir aucune affection pour la vie présente, c'est véritablement porter sa croix: «Et qu'il porte sa croix tous les jours de sa vie».
La perfe ction consiste donc à tenir son âme dans une complète indifférence pour la vie présente et à être toujours prêt à mourir, en évitant toutefois la confiance en soi-même. Or, cette perfection doit commencer par le renoncement aux choses extérieures, par exemple, aux richesses, à la vaine gloire, et par le détachement intérieur de toutes les choses inutiles.
Notre-Seigneur ne se contente pas de prédire le grand mystère de sa seconde appariti on, il ne veut pas que la foi de ses disciples repose uniquement sur des paroles, et il lui donne encore pour fondement le témoignage des faits, en découvrant aux yeux de leur foi une image de son royaume: «Environ huit jours après qu'il leur eut dit ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et s'en alla sur une montagne pour prier».
On se renonce encore soi-même quand on change les habitudes vicieuses d'une vie mauvaise par la réforme entière de ses moeurs, et par une conversion sincère et véritable; par exemple, celui qui a longtemps vécu dans les plaisirs, se renonce soi-même, quand il devient chaste, et ainsi toutes les fois qu'on s'abstient d'un vice quelconque, on se renonce soi-même.