Luc 8, 8

Il en tomba enfin dans la bonne terre, elle poussa et elle donna du fruit au centuple. » Disant cela, il éleva la voix : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »

Il en tomba enfin dans la bonne terre, elle poussa et elle donna du fruit au centuple. » Disant cela, il éleva la voix : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »
Louis-Claude Fillion
Assis sur une barque, et ayant en face de lui son nombreux auditoire rassemblé sur le rivage (Matth. 13, 2 ; Marc. 4, 1), Jésus donne à son Église une grave leçon. Il indique quels sont les principaux obstacles que rencontre dans chaque âme la prédication de la divine parole, cette précieuse semence dont le grain jeté en terre par l'agriculteur est un parfait emblème. Le grain matériel tombe sur quatre sortes de terrains et a, par suite, quatre destinées très distinctes. 1° Il y a le terrain durci par les pieds des passants, v. 5 ; la semence n'y pénètre même pas, mais elle est perdue toute entière lorsqu'elle y tombe, soit qu'elle soit bientôt écrasée (trait propre à S. Luc), soit qu'elle serve de pâture aux oiseaux du ciel. Pour elle il ne saurait donc être question de germination ; aussi le verbe lever, répété dans les vv. 6, 7 et 8, ne paraît-il pas au v. 5. 2° Il y a le terrain sans profondeur, à base de rocher, car tel est le sens de « sur la pierre » : la graine y germe d'abord promptement, mais elle périt ensuite faute d'humidité (nouveau trait spécial ; toutefois S. Matthieu et S. Marc distinguent mieux les deux causes de ruine, l'aridité d'en bas et la chaleur d'en haut). 3° Il y a le terrain déjà occupé par d'autres semences envahissantes (au milieu des épines est une particularité de S. Luc : les autres synoptiques disent simplement « sur les épines » : les grains bons et mauvais croissent ensemble ; mais les bonnes herbes ne tardent pas à être étouffées par les mauvaises. Ovide, Métam., 5, 483 et ss., énumérant les divers obstacles qui désappointent les espérances du semeur, a plus d'un trait commun avec notre parabole : « Les semences périssent en naissant, brûlées par les feux du soleil, ou inondées par des torrents de pluie. Les astres et les vents exercent de funestes influences. D'avides oiseaux dévorent les grains que l'on confie à la terre; et l'ivraie, le chardon, et l'herbe parasite, détruisent les moissons. » 4° Il y a enfin le terrain bien préparé, dans lequel la graine ne trouve aucun obstacle : elle croît donc à merveille et produit cent pour un. S. Luc est ici moins complet que S. Matthieu et que S. Marc, car il signale seulement un degré de production : il est vrai qu'il a choisi le plus favorable. - La formule que celui là entende … qui termine la parabole dans les trois rédactions, est introduite de façon emphatique : Le divin prédicateur attirait ainsi l'attention de la foule sur les paroles importantes qu'il venait de prononcer.
Saint Bède le Vénérable
Le fruit au centuple, c'est le fruit dans sa perfection, car le nombre dix exprime toujours la perfection, parce que l'accomplissement de la loi consiste d ans l'observation des dix commandements; mais le nombre dix multiplié par lui-même, produit le nombre cent, qui est ainsi le symbole de la plus grande perfection possible.

Ceux-là donc entendent en parab oles, qui ferment les sens et leur coeur pour ne point connaître la vérité et qui oublient cette recommandation du Seigneur: «Que celui-là entende, qui a des oreilles pour entendre».
Saint Cyrille d'Alexandrie
Écoutons l'explication de cette parabole de la bouche même de celui qui en est l'auteur: «En disant cela, il criait: Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende».
Eusèbe de Césarée
Ceux qui reçoivent la divine semence se partagent donc en deux classes, la première se compose de ceux qui sont jugés dignes de la vocation céleste, mais qui perdent cette grâce par suite de leur négligence et de leur tiédeur; la seconde comprend ceux qui multiplient la semence en produisant de bons fruits. D'après saint Matthieu, le Sauveur établit trois degrés différents dans chaque classe; ceux; en effet, qui reçoivent inutilement la semence, ne la perdent pas de la même manière, et ceux qui la rendent féconde, ne produisent pas du fruit au même degré. Le Sauveur expose donc les différentes circonstances où on laisse perdre la semence. Les uns, sans même qu'ils aient péché, ont perdu la semence salutaire qui avait été jetée dans leurs âmes; les esprits mauvais, les démons qui volent dans l'air, ou les hommes fourbes et astucieux qu'il désigne sous le nom d'oiseaux, viennent enlever la semence de leur esprit et leur en font perdre le souvenir: «Et pendant qu'il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin».