Luc 6, 32

Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.

Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.
Louis-Claude Fillion
Ce verset et les deux suivants contiennent trois raisonnements parallèles, destinés à prouver qu'une charité simplement humaine, c'est-à-dire égoïste, est tout à fait nulle devant Dieu. Il y a, dans cette argumentation pressante, une fine critique de la bonté purement naturelle, et, par suite, une forte excitation à la charité surnaturelle. - 1° Quand nous nous bornons à aimer ceux qui nous aiment, quel est notre mérite ? La réponse n'est pas directement donnée, mais la phrase finale, les pécheurs aussi…, qui retentit trois fois comme un triste refrain, l'indique suffisamment. - Nous lisons dans S. Matthieu : « Les publicains aussi n'agissent-ils pas de même? ». Le premier évangéliste conserve aux paroles de Jésus la couleur juive qu'elles avaient eue d'abord ; S. Luc remplace les idées particularistes de publicains et de païens (cette dernière avec une touchante sollicitude pour les sentiments de ses lecteurs) par la notion générale de pécheurs.
Saint Jean Chrysostome
Le Seigneur venait de commander l'amour des ennemis, mais n'allez pas croire qu'il parle ici hyperboliquement et pour inspirer un sentiment de crainte; car écoutez la raison de ce commandement: «Et si vous aimez ceux qui vous aiment, quel est votre mérite ?»Plusieurs causes concourent à former les affections, mais l'affection spirituelle est supérieure à toutes les autres, elle ne reconnaît pour principe et pour cause, rien de terrestre, ni les bienfaits, ni la nature, ni le temps, mais elle descend directement du ciel. Quoi d'étonnant qu'elle se forme indépendamment de tout bienfait, puisqu'elle ne peut être ébranlée par les mauvais traitements? Un père outragé, rompt les liens d'amour qui l'attachaient à son épouse; une femme se sépare de son mari à la suite de querelles domestiques; un enfant regarde comme un fardeau un père dont les jours se prolongent dans un âge avancé; mais, au contraire, saint Paul allait vers ceux qui voulaient le lapider pour leur faire du bien ( Ac 14); Moïse tourmenté, et comme lapidé par les Juifs, se venge en priant pour eux ( Ex 17). Ayons donc une profonde vénération pour les amitiés spirituelles, parce qu'elles sont indissolubles. Notre-Seigneur ajoute, pour stimuler les indifférents: «Les pécheurs aiment aussi ceux qui les aiment», comme s'il disait: Je veux que vous vous éleviez à une vertu plus éminente, voilà pourquoi je vous commande d'aimer non seulement vos amis; mais même vos ennemis; car il est naturel à tous les hommes de faire du bien à ceux qui leur en font. Il leur apprend donc qu'il exige d'eux plus qu'il n'est ordinaire aux pécheurs de faire, quand ils se montrent bienfaisants pour leurs amis: «Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel est votre mérite ?