Luc 6, 31
Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux.
Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux.
– La " règle d’or " : " Tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux " (Mt 7, 12 ; cf. Lc 6, 31 ; Tb 4, 15).
La Loi évangélique comporte le choix décisif entre " les deux voies " (cf. Mt 7, 13-14) et la mise en pratique des paroles du Seigneur (cf. Mt 7, 21-27) ; elle se résume dans la règle d’or : " Ainsi, tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes " (Mt 7, 12 ; cf. Lc 6, 31).
S. Luc a placé dès cet endroit la belle « règle d'or » de la charité, qui n'apparaît dans le
premier Évangile que beaucoup plus loin, 7, 12, et d'après un autre enchaînement. Mais ce grand principe de
l'amour fraternel vient très bien ici au milieu d'injonctions pratiques (vv. 27-35) qu'il relie à la façon d'un
nœud gracieux et fort.
Mais on se demande alors, pourquoi nous trouvons dans les prophètes tant d'imprécations contre les ennemis? Nous répondons que, par ces imprécations, les prophètes ont simplement prédit ce qui devait arriver; ainsi ce n'étaient point des voeux qui exprimaient leurs désirs, mais des prédictions qui leur étaient révélées par l'Esprit saint.
Il fallait pénétrer de ces divins enseignements les saints docteurs qui devaient prêcher la parole du salut par tout l'univers; car s'ils s'étaient laissé aller à tirer vengeance de leurs persécuteurs, jamais ils ne les auraient appelés à la connaissance de la vérité.
Le Seigneur veut encore que nous professions un grand mépris pour les biens que nous possédons: «Celui qui vous prend votre manteau, laissez-le prendre aussi votre tunique». Voilà la vertu d'une âme entièrement exempte de la passion et du désir des richesses; en effet, celui qui est miséricordieux, doit oublier le mal qu'on lui fait, et abandonner à ses ennemis ce qu'il donnerait à ses meilleurs amis.
Il ne dit pas: Donnez-leur tout ce qu'ils demandent, mais: «Tout ce que vous pouvez leur donner d'après les règles de la justice et de la bienséance», c'est-à-dire ce qui n'est nuisible ni pour lui ni pour vous, autant qu'il est possible à l'homme de le prévoir; et lorsque vous lui refusez justement ce qu'il demande, il faut lui faire apprécier la justice de ce refus, et souvent vous lui ferez un présent bien supérieur à ce qu'il désire, en lui faisant comprendre l'injustice de sa demande.
Il veut parler ici des vêtements, des habitations, des terres, des animaux, et en général de tous les biens. Un chrétien qui possède un esclave, ne doit pas l'assimiler à la possession d'un cheval ou de l'argent; cependant si vous traitez votre esclave avec plus d'égards que celui qui veut vous l'enlever, je ne sais si quelqu'un oserait dire qu'il ne vous est point permis de le revendiquer.
Le Sauveur ne dit pas: Supportez humblement la violence de celui qui vous outrage; mais procédez avec sagesse, et préparez-vous à souffrir tout le mal qu'il veut vous faire; dominez son insolence par une prudence à toute épreuve, et faites qu'il se retire couvert de honte à la vue de votre patience inaltérable. Vous me direz, comment pouvoir mettre en pratique ce précepte? Quoi ! en voyant celui qui s'est fait homme et qui a tant souffert pour vous, vous hésitez encore, et vous demandez comment on peut pardonner à ses frères les outrages dont ils se sont rendus coupables? Mais qui donc d'entre vous a jamais souffert d'aussi grands outrages que votre Seigneur, chargé de chaînes, flagellé de coups, couvert de crachats, et enfin mis à mort? Il ajoute: «Donnez à quiconque vous demande».
Nous nous rendons souvent grandement coupables, non seulement en ne donnant pas à ceux qui nous demandent, mais en les accablant de reproches. Pourquoi, dites-vous, ne travaille-t-il point? pourquoi vit-il dans l'oisiveté? Dites- moi, et vous-même, est-ce par votre travail que vous avez acquis les biens que vous possédez? et si vous travaillez, est-ce pour acquérir le droit de blâmer les autres? Quoi ! parce qu'un homme vous demande du pain et de quoi se vêtir, vous l'accusez de cupidité? Ne lui donnez rien, soit, mais au moins ne l'outragez pas; vous êtes sans pitié pour lui, pourquoi vouloir éteindre la compassion dans le coeur de ceux qui voudraient le secourir. Si nous donnons à tous indifféremment, nous pratiquons toujours la miséricorde. C'est parce qu'Abraham exerçait l'hospitalité à l'égard de tous, qu'il mérita de recevoir des anges. Celui qui vous demande est un homicide, un brigand, n'est-il pas au moins digne que vous lui donniez du pain? Ne nous érigeons donc jamais en censeurs sévères des autres, si nous ne voulons être jugés aussi avec la même sévérité.
C'est de Dieu que nous recevons tout ce que nous avons; nous disons le mien, le tien, mais ce sont de vains mots. Vous dites que votre maison vous appartient, c'est une parole dépourvue de sens; car l'air, la terre, les pierres appartiennent au Créateur, aussi bien que vous qui avez construit la maison. J'admets que vous en ayez la jouissance, avec quelle incertitude, tant à cause de la mort, que par suite de la vicissitude des choses humaines? Votre vie même ne vous appartient pas, à quel titre vos biens seraient-ils à vous? Cependant Dieu veut que les biens qu'il vous a confiés, deviennent votre propriété, mais à la condition que vous les partagerez avec vos frères; si au contraire, vous ne les prodiguez que pour votre utilité personnelle, ils cessent d'être à vous. Or, comme le désir déréglé des richesses est une source de discussions et de procès, Notre-Seigneur fait cette recommandation: «Ne redemandez pas votre bien à celui qui vous le ravit».
Nous avons tous en nous une loi naturelle qui nous fait discerner le vice et la vertu, le bien d'avec le mal; aussi Notre-Seigneur ajoute: «Ce que vous voulez que les hommes fa ssent pour vous, faites-le pareillement pour eux». Il ne dit pas: Ne faites point vous-mêmes ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse. Il y a bien, en effet, deux voies qui conduisent à la vertu, s'abstenir du mal et faire le bien; le Sauveur se contente de parler de la seconde voie qui, dans son esprit, renferme la première. Or, s'il s'était exprimé de la sorte: Voulez-vous être des hommes? aimez les animaux, ce commandement serait assez difficile, mais il nous commande d'aimer nos semblables, pour lesquels il nous a donné une inclination naturelle, où est donc la difficulté de cette loi que nous voyons observée par les lions et les loups eux-mêmes, qu'un instinct naturel porte à s'aimer entre eux. Notre-Seigneur Jésus-Christ ne nous commande donc rien qui soit au-dessus de notre nature, il ne fait que renouveler ce qu'il a gravé lui-même dans notre conscience, et il veut que votre propre volonté devienne votre loi; vous voulez qu'on vous fasse du bien, faites-en aux autres; vous voulez qu'on ait co mpassion de vous, commencez par avoir compassion du prochain.
C'est le propre des ennemis de nuire et de tendre des embûches; tous ceux donc qui, de quelque manière que ce soit, cherchent à nuire quelqu'un, sont ses ennemis.
Or, l'homme étant composé d'une âme et d'un corps, nous faisons du bien à l'âme de nos ennemis en les reprenant, en les avertissant, en les amenant, comme par la main, à se convertir à une vie meilleure, et nous faisons du bien à leur corps, en leur procurant les choses nécessaires à la vie.
Presque tous les hommes transgressent ce commandement, surtout les puissants et les princes, non seulement quand on les outrage, mais encore quand on leur manque de respect; ils regardent comme des ennemis tous ceux qui ne leur rendent pas les honneurs dont ils se croient dignes. Or, c'est une grande honte pour un prince que de céder si facilement à la vengeance; comment, en effet, pourra-t-il enseigner aux autres à ne point rendre le mal pour le mal ( Rm 12), lui qui est si prompt à se venger de ceux qui l'offensent ?