Luc 6, 23
Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.
Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.
Ces versets contiennent la
quatrième Béatitude de S. Luc, qui est parallèle à la huitième de S. Matthieu, 5, 10-12. - Soyez dans
l'allégresse. Le verbe grec est au présent, et l'emploi de ce temps est remarquable, puisqu'il est question d'un
bonheur à venir : mais l'acquisition de ce bonheur est si sûr pour ceux auxquels s'adresse le divin Maître ! -
Si S. Luc omet l'énoncé général de la Béatitude, tel qu'on le trouve dans le premier Évangile, 5, 10, en
revanche il accentue avec plus de force la gradation des outrages. S. Matthieu ne distinguait que trois sortes
de persécutions, représentées par les locutions « maudiront », « persécuteront », « diront toute sorte de mal ».
S. Luc en mentionne quatre qu'il exprime, à part la troisième, au moyen de mots nouveaux. Haïront indique
les sentiments du cœur. Repousseront nous montre la haine, d'abord latente, passant à l'action. Les disciples
du Christ seront « excommuniés » de la société religieuse et civile. Viendront ensuite les injures grossières
(outrageront), puis, comme conclusion, on finira par maudire, par exécrer avec un mépris souverain, le nom
pourtant si noble de Chrétien. Mais cela aura lieu à cause du Fils de l'homme, c'est-à-dire qu'on n'aura
commis d'autre crime que celui d'être le disciple de Jésus : et c'est précisément pour cela qu'on devra se
croire bienheureux et se réjouir, comme l'explique le v. 23. « Car il n’y a rien d’avantageux, pour eux, à les
supporter. Mais ils ont profit à les tolérer pour le nom du Christ ». St Augustin Serm. Dom. in monte. -
Réjouissez-vous… Cfr. Matth. 5, 12. En ce jour-là est emphatique et spécial à S. Luc : au jour où l'on vous traitera d'une manière si ignominieuse. - Soyez dans l'allégresse : le verbe grec signifie littéralement « bondir
de joie ». Quelle énergie d'expressions ! Excommuniés, bafoués, persécutés, les disciples de Jésus non
seulement ne devront pas s'attrister et se décourager, mais ils pourront s'abandonner à la joie. Bien plus, la
simple joie serait insuffisante : il faudra qu'ils tressaillent d'allégresse. - Votre récompense est grande…
Motif de cette recommandation en apparence si extraordinaire. « Après avoir promis des récompenses,
l’organisateur d'une compétition exhorte les siens à un combat acharné ». Luc de Bruges. L'homme naturel se
désole quand on lui enlève son bien, son honneur ; le chrétien dépouillé de tout pour Jésus se réjouit, parce
qu'il se souvient de la récompense qui l'attend au ciel. Les prophètes, ces augustes personnages de la
théocratie, n'ont pas été mieux traités de leur temps. Or, qui ne serait heureux et fier de ressembler aux
prophètes ? - Leurs pères : les ancêtres des hommes mentionnés au v. 22, par conséquent, les Juifs des siècles
antérieurs. Jésus s'exprime plus clairement dans le premier Évangile : « C’est ainsi qu’ils ont persécuté les
prophètes qui étaient avant vous ».
Suite «Lorsqu'ils vous sépareront». Qu'ils vous séparent, qu'ils vous chassent de la synagogue, Jésus-Christ saura bien vous trouver et vous fortifier: «Ils vous traiteront injurieusement». Ils vous feront un outrage du nom du crucifié, mais lui-même ressuscite ceux qui meurent avec lui, et il les fait asseoir avec lui dans les cieux ( Ep 2,6 2Tm 2,2 ).
Suite. «Et ils rejetteront votre nom comme mauvais». Il veut parler du nom des chrétiens que les Gentils et les Juifs se sont efforcés de détruire complètement, et que les hommes ont rejeté, sans aucun autre motif de haine que le Fils de l'homme, et parce que les fidèles ont choisi pour leur nom le nom même du Christ ( Ac 11, 26). Il leur prédit donc qu'ils seront persécutés par les hommes, mais que le bonheur qui les attend est au-dessus de toute pensée humaine: «Réjouissez-vous en ce jour-là, et soyez transportés de joie, car voici que votre récompense est grande dans les cieux», etc.
Ceux qui disent la vérité sont ordinairement persécutés, mais jamais les anciens prophètes ne cessèrent d'annoncer la vérité par crainte de la persécution.
Après avoir choisi ses Apôtres, le Sauveur forme ses disciples à la nouveauté de la vie évangélique.
Dans l'Évangile selon saint Matthieu, nous lisons: «Bienheureux les pauvres d'esprit», pour nous faire comprendre qu'il y a des pauvres d'esprit qui ont la modestie et l'humilité de l'intelligence, c'est dans ce sens que le Sauveur dit: «Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur». Ici, Notre-Seigneur dit simplement: «Bienheureux les pauvres», sans ajouter «d'esprit», c'est-à-dire, bienheureux les pauvres qui méprisent les richesses. Il convenait, en effet, que ceux qui devaient annoncer les vérités de l'Évangile du salut, n'eussent point un esprit cupide, et que leurs affections fussent placées en lieu plus élevé.
La tristesse qui est selon Dieu, est d'un grand prix à ses yeux, et elle obtient la pénitence qui conduit au salut. Aussi saint Paul, qui n'avait point de fautes personnelles à pleurer, versait des larmes pour les péchés d'autrui; heureuses larmes qui deviennent une source de joie: «Parce que vous rirez». Si, en effet, nos larmes sont inutiles à ceux pour qui nous les répandons, elles sont loin d'être perdues pour nous, car celui qui pleure ainsi les péchés des autres, à plus forte raison pleurera ses propres fautes, et se garantira plus facilement contre de nouvelles chutes. Gardons-nous donc de la dissolution pendant cette vie si courte, pour ne point nous exposer à des gémissements sans fin; ne recherchons pas les plaisirs qui sont une source de larmes amères et de douleur profonde, mais affligeons-nous de cette tristesse qui engendre le pardon. Souvenons-nous, d'ailleurs, qu'on vit bien souvent le Seigneur pleurer, mais qu'on ne le vit point rire une seule fois.
Saint Luc ne rapporte que quatre béatitudes, tandis que saint Matthieu en compte huit, mais on peut dire que les huit renferment les quatre, comme aussi les quatre comprennent les huit. Saint Luc a voulu tout ramener aux quatre vertus cardinales, saint Matthieu, dans les huit béatitudes, nous donne la signification mystérieuse du nombre huit, car ce nombre huit est la perfection de notre espérance, et comprend aussi toutes les vertus. Les deux Évangélistes mettent la pauvreté en tête des autres béatitudes; en effet, elle est la première et comme la mère des vertus, parce que celui qui méprisera les choses du temps, méritera celles de l'éternité, et s'il veut obtenir la gloire du royaume des cieux, il faut nécessairement qu'il se dégage de l'amour du monde qui le presse de toutes parts: «Et il dit: Bienheureux les pauvres».
En effet, les Juifs persécutèrent les prophètes, jusqu'à leur ôter la vie.
Il promet à ceux qui sont avides de la justice, l'abondance de tous les biens désirables, car aucune des voluptés qu'on recherche dans la vie ne peut rassasier ceux qui les poursuivent; seul, le désir de la vertu est suivi d'une récompense qui répand dans l'âme une gloire sans limite comme sans durée.
Dans un sens plus élevé, de même que, pour la nourriture matérielle, les goûts divers des hommes leur font préférer diverses espèces d'aliments; de même pour ce qui est de la nourriture de l'âme, les uns recherchent un bien purement imaginaire, et les autres ce qui est naturellement bon. Aussi saint Matthieu proclame-t-il bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice comme d'une nourriture et comme d'un breuvage, justi ce qui n'est point la justice considérée comme vertu particulière, mais la justice universelle, et il proclame bienheureux celui qui a faim de cette justice.
Il promet la joie, le rire à ceux qui pleurent, non point sans doute ce rire extérieur qui sort des lèvres, mais une joie pure et sans mélange d'aucune tristesse.
Quelquefois encore le mot grand a une signification absolue comme dans ces propositions: Le ciel est grand, la terre est grande; quelquefois une signification purement relative, comme lorsque nous disons qu'un cheval est grand, qu'un boeuf est grand, par comparaison avec d'autres animaux. Or, la récompense réservée à ceux qui sont en butte aux outrages pour Jésus-Christ sera grande, non par comparaison avec les choses de la terre, mais grande en elle-même et digne de la magnificence du Dieu qui la donne.
Notre-Seigneur arme ensuite les Apôtres pour le combat qu'ils devaient soutenir en prêchant l'Évangile par tout l'univers, et il ajoute: «C'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes».