Luc 4, 10

car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ;

car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ;
Saint Jean Chrysostome
Alors Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le démon (Mt 4,1). Que signifie cet "alors"? Après la descente de L'Esprit Saint, après la voix venue d'en-haut et qui disait: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour (Mt 3,17). Le plus surprenant est cette affirmation de l'évangéliste: c'est le Saint-Esprit qui le conduisit en ce lieu! En effet, tout ce que Jésus a fait et enduré était destiné à nous instruire. Il a donc voulu être conduit en ce lieu pour lutter avec le démon, afin que nul parmi les baptisés ne soit troublé s'il subit après son baptême de plus grandes tentations, comme si c'était extraordinaire; mais il doit supporter tout cela comme étant dans l'ordre des choses. C'est pour cela que vous avez reçu des armes: non pour rester oisifs, mais pour combattre.

Voici pour quels motifs Dieu n'empêche pas les tentations qui vous surviennent. D'abord pour vous apprendre que vous êtes devenus beaucoup plus forts; puis, afin que vous gardiez la mesure, au lieu de vous enorgueillir des grands dons que vous avez reçus, car les tentations ont le pouvoir de vous humilier. En outre, vous serez tentés afin que ce génie du mal, se demandant encore si vous avez vraiment renoncé à lui, soit convaincu, par l'expérience des tentations, que vous l'avez totalement abandonné. Quatrièmement, vous êtes tentés pour être entraînés à être plus forts et plus solides que l'acier. Cinquièmement, afin que vous ayez la certitude absolue que des trésors vous ont été confiés. Car le démon ne vous aurait pas assaillis, s'il n'avait pas vu que vous receviez un plus grand honneur.

Et remarquez en quel lieu l'Esprit Saint a conduit Jésus: non pas en ville, ni sur la place publique, mais au désert. Car, puisqu'il voulait attirer le démon, il a donné prise à celui-ci non seulement en ayant faim, mais aussi en venant en ce lieu. Le démon s'attaque surtout à ceux qu'il voit seuls et à l'écart. <> Lorsqu'il voit des gens rassemblés, il n'a plus la même audace, il perd confiance. Aussi faut-il surtout que nous soyons toujours ensemble, pour ne pas offrir une proie facile au démon. Celui-ci trouve donc Jésus dans le désert, et un désert inaccessible.

Voyez avec quelle ruse et quelle perversité le démon s'approche, et comme il saisit le bon moment! Il n'aborde pas celui qui jeûne, mais celui qui a faim. Apprenez ainsi comme le jeûne est un grand bien, et l'arme la plus puissante contre le démon; sachez qu'après le baptême il ne faut pas se livrer au luxe, à l'ivrognerie, aux repas plantureux, mais s'adonner au jeûne. C'est pour cela que Jésus lui-même a jeûné, non pas qu'il en eût besoin, mais afin de nous instruire.
Origène
La vie des mortels est pleine de pièges dangereux, pleine de lacets trompeurs, tendus contre le genre humain par celui qui est appelé le chasseur géant: Nemrod, dressé contre le Seigneur. Qui est ce géant, sinon le démon, qui se révolte contre Dieu même?

Et parce que l'ennemi avait tendu partout ses lacets, et qu'il y avait capturé presque toute l'humanité, il fallait que se dressât quelqu'un de plus fort et de plus digne, qui les déchirerait afin de frayer le chemin à ceux qui marcheraient à sa suite. C'est pourquoi le Sauveur lui-même, avant qu'il se fût uni en mariage avec l'Église, est tenté par le démon, si bien que, triomphant des pièges de la tentation, il découvre son épouse à travers eux, et il l'appelle à lui pour lui enseigner et lui montrer à l'évidence que ce n'est pas à travers l'oisiveté et les plaisirs, mais à t ravers beaucoup de détresses et de tentations qu'il lui faudra rejoindre le Christ.

Car personne d'autre ne s'est montré capable de vaincre tous ces pièges. En effet, il est écrit: Tous les hommes sont pécheurs (Rm 3,23). Et aussi: Car aucun homme n'est assez juste sur terre pour faire le bien sans pécher (Qo 7,20). Et encore: Nul n'est exempt de souillure, n'aurait-il vécu qu'un seul jour (cf. ps 50,7; Jb 15,14). Donc, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ est le seul qui n'a pas fait de péché; mais le Père l'a pour nous identifié au péché (2Co 5,21) afin que, dans cette ressemblance de la chair du péché, il condamnât le péché au moyen du péché. Le Sauveur est donc entré dans ces filets, mais il est le seul qui n'ait pu y être capturé. Au contraire, en les ayant rompus et déchirés, il donne à l'Église l'assurance d'oser rompre les filets, de traverser les pièges et de dire avec allégresse: Comme un oiseau, nous avons échappé au filet du chasseur; le filet s'est rompu: nous avons échappé (Ps 123,7).

Mais qui a rompu les filets, sinon celui-là seul qu'ils n'ont pu retenir? Pourtant il s'est livré à la mort volontairement, et non pas, comme nous, sous la contrainte du péché. Et parce qu'il fut libre entre les morts (cf. ps 77,6), après avoir vaincu celui qui détenait l'empire de la mort, il a supprimé la captivité qui contraignait à la mort. Et non seulement il s'est ressuscité lui-même d'entre les morts, mais en même temps il a éveillé ceux qui étaient captifs de la mort et il les a fait asseoir aussitôt dans les cieux. En effet, montant dans les hauteurs, il a emmené captive la captivité (cf. Ep 4,8), non seulement en entraînant les âmes, mais aussi en ressuscitant leurs corps. L'Évangile atteste en effet que les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent et entrèrent dans la ville sainte (Mt 27,52-53) du Dieu vivant, Jérusalem.