Luc 23, 43

Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Pape Saint Jean-Paul II
Par sa mort, Jésus éclaire le sens de la vie et de la mort de tout être humain. Avant de mourir, Jésus prie son Père, implorant le pardon pour ses persécuteurs (cf. Lc 23, 34), et, au malfaiteur qui lui demande de se souvenir de lui dans son royaume, il répond: « En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43). Après sa mort, « les tombeaux s'ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent » (Mt 27, 52). Le salut opéré par Jésus est un don de vie et de résurrection. Au cours de son existence, Jésus avait aussi apporté le salut en guérissant, et en faisant du bien à tous (cf. Ac 10, 38). Mais les miracles, les guérisons et les résurrections elles-mêmes étaient des signes d'un autre salut, qui consiste à pardonner les péchés, c'est-à-dire à libérer l'homme de sa maladie la plus profonde et à l'élever à la vie même de Dieu.
Louis-Claude Fillion
Jésus s'est tu en face des blasphèmes vomis de tous côtés contre sa personne divine ; mais il fait la plus douce réponse à la prière du larron pénitent. Nous le voyons apparaître comme roi céleste, promettant une place du paradis, de même qu'il s'était manifesté plus haut comme prêtre, quand il intercédait pour ses bourreaux (v. 34), et antérieurement encore comme prophète, lorsqu'il exhortait les femmes de Jérusalem (vv. 28-31). - Les mots En vérité, je te le dis accentuent à la façon ordinaire la certitude de la promesse. L'adverbe aujourd'hui ne dépend pas de « je te le dis », mais commence une proposition nouvelle. Quoique les « exégètes catholiques romains » aient à peu près unanimement protesté, depuis l’époque de Théophylacte jusqu'à nous, contre cette liaison qui rendrait la pensée « insipide et faible » (Maldonat), M. van Oosterzee leur reproche injustement de la soutenir. Sa partialité devient révoltante quand il ajoute qu'ils agissent ainsi « pour affaiblir autant que possible la preuve constamment tirée de ce texte contre le dogme du purgatoire » (Evangel. Lucae, 3è éd., p. 387). - A la date plus ou moins lointaine que le bon larron avait fixée (lorsque vous serez arrivé…), Jésus oppose cet « aujourd'hui » qu'il met en avant d'une manière emphatique. Non, pas seulement au jour de mon avènement, mais aujourd'hui même, avant peu d'heures. Il y a une nouvelle emphase dans le pronom avec moi, duquel les théologiens concluent d'ailleurs à bon droit que l'âme de Notre-Seigneur descendit aux limbes aussitôt après sa mort. Cfr. 1 Petr. 3, 18 et s. - Tu seras avec moi dans le paradis. Pour avoir une juste idée de la promesse faite par Notre-Seigneur au bon larron, nous avons à rechercher quel était alors le sens du mot Paradis. Ce substantif, introduit dans la langue hébraïque sous la forme de Pardès (Cant. 4, 13 ; Eccl. 2, 5 ; Neh. 2, 8), et, environ 400 ans avant Jésus-Christ, dans la langue grecque, d'où découlent les équivalents latin, français et autre du mot paradis, n'est certainement pas d'origine sémitique. Les anciens et les modernes sont à peu près unanimes pour le rattacher directement à la langue persane. Voyez Xénophon, Anabas. 1, 2, 7 ; 4, 9, etc. ; E. Renan, Langues sémitiques, p. 153. Il signifie jardin parc, comme les mots congénères pardès en arménien et paradèça en sanscrit. Cfr. Gesenius, Thesaurus, p. 1124. Aussi les Septante l'ont-ils employé Gen. 2, 8, 15 ; 3, 23, pour traduite la première partie de la locution gân Edên, jardin d'Eden, dont ils ont fait « jardin de délices ». Partant de là, les Juifs en vinrent peu à peu, par un rapprochement très naturel, à donner le même nom de paradis au lieu où les âmes des justes résident en attendant la résurrection. En ce sens, dans la théologie judaïque, le paradis ne diffère pas du « sein d'Abraham » que nous avons décrit plus haut (16, 22), et il est pareillement opposé à la Géhenne. Telle est ici, de l'avis de la plupart des Pères et des meilleurs interprètes (Maldonat, Cornel. a Lapide, etc.), l'application qu'en fait Notre-Seigneur : c'est donc l'entrée prochaine dans le « limbe des patriarches » qui est promise au bon larron. Ce nom évoqua devant lui, pour le consoler parmi ses horribles souffrances, les douces images de la paix et du repos en Dieu. Dans la littérature chrétienne des premiers temps, 2 Cor. 12, 4 ; Apoc. 2, 7, le mot paradis apparaît pour désigner le ciel proprement dit, et c'est dans cette acception relevée que nos idiomes européens se le sont incorporés. Voyez Smith, Diction. of the Bible, s.v. Paradise. La strophe suivante, gravée sur la tombe de Copernic, contient une belle allusion au passage que nous venons d'expliquer : « Je ne demande pas un pardon semblable à celui de Paul, ni une grâce semblable à celle de Pierre, mais je prie avec ferveur pour que tu m’accordes la grâce que tu as donnée au larron sur le bois de la croix ». L'enseignement qui ressort de cette scène est infiniment précieux : il n'y a pas de repentir trop tardif. Mais, ajoutent les maîtres de la vie spirituelle, qu'on y prenne garde ; la Bible ne nous présente que ce seul exemple d'un homme qui se soit converti sur le point de mourir. - Le bon larron est honoré comme un Saint dans l'Église latine. Nous lisons au Martyrologe romain, 25 mars : « Du saint larron de Jérusalem qui mérita, après avoir confessé le Christ, de l’entendre dire : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ». Les Évangiles apocryphes n'imitent pas cette sage sobriété. Remontant trente années en arrière, ils nous racontent qu'au moment où la Sainte Famille fuyait en Égypte, elle fut assaillie par deux voleurs nommés Dismas et Gestats (ou bien Titus et Dumachus) : celui-ci voulait la traiter brutalement, celui-là au contraire la protégea. L'Enfant-Dieu leur aurait alors prédit le drame du Calvaire tel qu'il vient de se réaliser sous nos yeux. Cfr. Hofmann, Leben Jesu nach den Apokryphen ; Brunet, les Evang. Apocryphes, 2è édit. pp. 77, 78, 102, 243 ; Tischendorf, Evang. Apocrypha, p. 339 et 341. L'Évangile de Nicodème, ch. 27, relate en termes exprès l'entrée du bon larron dans les limbes. Voyez aussi les Acta Sanctorum, au 25 mars.
Saint Théophylacte d'Ohrid
De même qu'un roi victorieux rentre en triomphateur dans ses États, portant avec lui les plus riches dépouilles, ainsi Notre-Seigneur ayant enlevé au démon une partie de son butin (c'est-à-dire ce larron), la porte avec lui dans le paradis.

Enfin, il est plus vrai de dire encore que le bon larron et les autres saints n'ont pas encore reçu tout l'effet des promesses, parce que selon la doctrine de saint Paul dans l'épître aux Hébreux ( He 11, 40), Dieu n'a pas voulu qu'ils reçussent sans nous l'accomplissement de leur félicité, mais ils sont néanmoins dans le royaume des cieux et dans le paradis.
Saint Jean Damascene
Ou encore pour être plus précis: il était dans le tombeau quant à son corps; quant à son âme, à la fois dans les enfers et dans le paradis avec le bon larron, et comme Dieu sur son trône avec le Père et l'Esprit saint.
Saint Bède le Vénérable
«Car nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort», ( Rm 5). Et lorsque nous étions pécheurs, nous avons été purifiés dans les eaux du baptême; cependant les uns sont couronnés, parce qu'ils glorifient le Dieu qui a daigné souffrir dans une chair mortelle, tandis que les autres perdent la grâce qu'ils ont reçue, parce qu'ils ont renoncé à la foi et aux oeuvres de leur baptême.
Saint Grégoire le Grand
Les pieds et les mains de ce voleur étaient attachés à la croix avec des clous, et il n'avait de libre des souffrances que le coeur et la langue. Dieu lui inspire donc de lui offrir tout ce qu'il avait encore de libre, afin que selon la doctrine de l'Apôtre: «Il crût de coeur pour être justifié, et confessât de bouche pour obtenir le salut». ( Rm 10, 10). C'est ainsi que cet heureux larron, rempli tout à coup de la grâce divine, reçut et conserva sur la croix les trois vertus dont parle encore l'Apôtre saint Paul ( 1Co 3

Il eut en effet la foi, puisqu'il crut que celui qu'il voyait mourir avec lui, régnerait un jour en Dieu, il eut l'espérance, puisqu'il lui demanda l'entrée de son royaume, il fit aussi profession en mourant d'une vive charité, en reprenant de sa conduite coupable, son compagnon et son complice, qui mourait en punition des mêmes crimes.

Ou encore, il est dit que ce glaive de feu s'agitait toujours, parce qu'il savait qu'il devait disparaître un jour, lorsque viendrait celui qui devait nous ouvrir le chemin du paradis par le mystère de l'incarnation.
Saint Jean Chrysostome
Quel spectacle admirable de voir le Sauveur au milieu de ces deux larrons, pesant avec la balance de la justice la foi et l'incrédulité. Le démon avait chassé Adam du paradis, Jésus-Christ int roduit un voleur dans le ciel avant tous les hommes, avant les Apôtres eux-mêmes, une simple parole et la foi seule lui ont ouvert les portes du paradis, afin que personne ne désespère d'obtenir la même grâce après ses égarements. Et voyez avec quelle promptitude s'opère ce changement, il passe de la croix dans les cieux, d'un supplice infâme dans le paradis, pour vous apprendre que c'est ici l'oeuvre de la miséricorde de Dieu plutôt que l'effet des bons sentiments de ce grand coupable. Or, si Dieu accorde dès maintenant la récompense des cieux, la résurrection ne devient-elle pas inutile? Le Seigneur introduit ce larron dans le paradis, et abandonne sur la terre son corps à la corruption, il est donc évident qu'il n'y a point de résurrection des corps. Tel est le langage que tiennent quelques-uns. Mais quoi ! est-ce que le corps qui a partagé les travaux de l'âme, n'aurait aucune part dans les récompenses? Écoutez ces paroles de saint Paul: «Il faut que ce corps corruptible soit revêtu de l'incorruptibilité». ( 1 Co 15). Mais puisque le Seigneur a promis au bon larron le royaume des cieux, et qu'il le fait entrer dans le paradis, il ne lui a pas encore donné la récompense promise. On dit à cela que sous le nom de paradis, le Sauveur a voulu désigner le royaume des cieux, et il s'est servi de cette expression usitée chez les Juifs, en s'adressant au larron qui n'avait jamais entendu ses sublimes enseignements. Il en est d'autres qui au lieu de lire: «Aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis», coupent ainsi la phrase: «Je vous le dis aujourd'hui; vous serez avec moi dans le paradis». Voici toutefois une explication plus claire: lorsque les médecins voient un malade dans un état désespéré, ils disent: «Il est mort»; ainsi dit-on de ce larro n qu'il est entre dans le paradis, parce qu'on n'avait plus à craindre qu'il retombât dans l'abîme de la perdition.
Saint Ambroise
Quel exemple plus puissant pour nous exciter à revenir à Dieu, que l'exemple de ce voleur qui obtient si facilement son pardon? Le Seigneur pardonne promptement, mais la conversion a été prompte aussi; la grâce est plus abondante et s'étend bien plus loin que la prière, car Dieu accorde toujours plus qu'on ne demande, le larron le prie de se souvenir de lui, et Jésus lui répond: «En vérité, je vous le dis, vous serez avec moi dans le paradis», car la vie, c'est d'être avec Jésus-Christ, et là où est Jésus-Christ, là aussi est le royaume.

Une autre difficulté se présente: les autres évangélistes, saint Matthieu et saint Marc, rapportent que les deux voleurs insultaient le Sauveur; d'après saint Luc, au contraire, l'un deux insultait Jésus, et l'autre s'opposait à ces outrages. Nous répondons qu'ils ont pu tous deux commencer par l'insulter, et que l'un d'eux ne tarda pas à changer de sentiments et de langage. On peut encore dire que les deux premiers évangélistes ont employé ici le pluriel pour le singulier comme dans ce passage: «Ils ont mené une vie errante, couverts de peaux de chèvres», et dans cet autre: «Ils ont été sciés», bien qu'Élie seul fût vêtu de cette manière, et que le seul prophète Isaïe ait souffert le supplice de la scie. Dans le sens figuré, ces deux larrons sont le symbole des deux peuples pécheurs qui devaient être crucifiés par le baptême avec Jésus-Christ, et leur conduite si opposée représente la conduite si différente de ceux qui ont embrassé la foi.
Saint Grégoire de Nysse
Il nous faut encore examiner comment le bon larron est jugé digne d'entrer dans le paradis, alors qu'un glaive de feu en interdit l'entrée aux saints. Mais remarquez que le texte sacré dit que ce glaive de feu s'agitait toujours pour éloigner les indignes et laisser librement entrer dans la vie ceux qui en sont dignes.