Luc 23, 37

en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Louis-Claude Fillion
Ce détail n'a été conservé que par S. Luc. A l'exemple des Juifs, les soldats romains qui montaient la garde autour des trois croix se mettent à insulter Jésus. - L'insultaient (se jouaient de lui) est une expression plus douce que se moquaient du v. 35. - S'approchant de lui fait tableau. - Lui présentant du vinaigre. « Ceci est fort différent de la potion du vin avec de la myrrhe qu'on offrit à Jésus avant qu'il fût mis à la croix (Matth. 27, 34 ; Marc. 15, 23), et du vinaigre qu'on lui présenta après qu'il eût crié : J'ai soif (Joan. 19, 28 et s., Matth. 27, 48 ; Marc. 15, 36) » D. Calmet, h. l. Par « vinaigre », il faut entendre la « posca », mélange d'eau et de vinaigre, qui était alors la boisson ordinaire des soldats romains. Voyez Keim, Gesch. Jesu, t. 3, th. 2, p. 430. - Si tu es le roi des Juifs. L'insulte des rudes prétoriens n'est que l'écho de celle des prêtres ; elle présente toutefois une nuance caractéristique : « Roi des Juifs » au lieu de « Christ ». - A toutes ces injures l'auguste et patiente victime n'oppose toujours que son royal silence. « Elle aurait pu parler ! Les tortures du crucifiement ne troublaient pas l'intelligence, ne paralysaient pas les organes du langage. L'histoire signale des crucifiés qui, durant des heures entières, donnaient un libre cours à leur douleur, à leur rage ou à leur désespoir, tantôt en maudissant leurs ennemis sur lesquels ils crachaient (Senec. de Vit. beat. 19), tantôt en protestant jusqu'au bout contre l'iniquité de leur sentence, tantôt en implorant avec une humilité abjecte la pitié des spectateurs (Jos. Bell. Jud. 4, 6, 1), tantôt en haranguant la multitude du haut de la croix, comme d'un tribunal, et lui reprochant ses vices et ses faiblesses (Justin. 22, 7). » Farrar, Life of Christ, t. 2, p. 409. Cfr. Keim, l.c. p. 431. Mais Jésus ne parla que pour encourager, pour bénir, ou pour se consoler en confiant ses angoisses et son âme à son Père. Sa noblesse ne se démentit pas un instant.
Saint Théophylacte d'Ohrid
C'est donc par dérision qu'ils tirent au sort les vêtements du Sauveur. Or que devait faire le peuple en voyant les chefs de la nation donner l'exemple de ces railleries outrageantes? «Et le peuple était là (ceux qui avaient demandé qu'il fût crucifié), attendant (quelle serait la fin), et les membres du grand conseil le raillaient aussi bien que le peuple».

Les soldats présentèrent ce vinaigre à Jésus-Christ comme à un roi: «Et ils lui disaient: Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi».
Saint Bède le Vénérable
Le sort paraît être ici le symbole de la grâce de Dieu; car quand on consulte le sort, on ne tient aucun compte des personnes ou du mérite, on abandonne tout au secret jugement de Dieu.

Remarquez que les Juifs font du nom du Christ, que les Écritures leur avaient appris, l'objet de leurs blasphèmes et de leurs dérisions, tandis que les soldats, qui ne connaissaient pas les Écritures, n'insultent pas le Christ, l'élu de Dieu, mais le roi des Juifs.
Saint Augustin
Les trois premiers évangélistes ( Mt 25, 35; Mc 5, 24) rapportent sommairement cette circonstance qui se trouve plus détaillée dans l'évangile selon saint Jean ( Jn 19, 23).

Sous le nom de princes, en général, sans ajouter: des prêtres, l'Évangéliste comprend tous les premiers de la nation, soit les scribes, soit les anciens.
Saint Jean Chrysostome
Notre-Seigneur pratique sur la croix le commandement qu'il nous a donné: «Priez pour ceux qui vous persécutent» ( Mt 5). «Et Jésus disait: Mon Père, pardonnez-leur». S'il fait cette prière, ce n'est pas qu'il ne pût leur pardonner lui-même, mai s il voulait par son exemple autant que par ses paroles, nous enseigner à prier pour nos persécuteurs. Or, il dit pardonnez-leur, mais à la condition qu'ils se repentiront, car Dieu est plein de miséricorde pour les vrais pénitents qui prennent la généreuse résolution d'effacer par la foi les longues iniquités de leur vie.
Saint Athanase
Celui qui, par amour pour nous, s'était soumis à toutes les conditions de notre nature, se couvrit aussi de nos vêtements (signes de la mortalité d'Adam), pour s'en dépouiller ensuite, et nous revêtir en échange de la vie et de l'incorruptibilité.

«Partageant ensuite ses vêtements, ils les jetèrent au sort». Peut-être plusieurs d'entre eux en avaient besoin, ou plutôt c'est par dérision et pour lui faire outrage qu'ils agirent de la sorte, car de quel prix pouvaient être les vêtements du Sauveur.

Le Seigneur Jésus, qui est le Sauveur véritable, voulait être reconnu en cette qualité, non en se sauvant lui-même, mais en délivrant ses créatures. Un médecin ne fait point connaître son talent médical en se guérissant lui-même, mais en appliquant sa science aux maladies des autres; ainsi Notre-Seigneur qui était aussi notre Sauveur, n'avait pas besoin d'être sauvé, il voulait être reconnu pour Sauveur, non pas en descendant de la croix, mais en mourant sur la croix; car en mourant sur la croix, il a sauvé bien plus efficacement les hommes, qu'il n'aurait pu le faire en descendant de la croix.