Luc 20, 18

Tout homme qui tombera sur cette pierre s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière ! »

Tout homme qui tombera sur cette pierre s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière ! »
Louis-Claude Fillion
Mais lui, les regardant… Trait pittoresque, propre à S. Luc. Le grec (regarder dedans) marque un regard fixe, pénétrant. - Qu'est-ce donc que ceci qui est écrit… Donc, c'est-à-dire, dans le cas où votre « qu'il n'en soit pas ainsi » serait exaucé, comment s'accompliraient les Écritures, qui prédisent aux ennemis du Christ les châtiments les plus rigoureux ? Jésus donne ainsi plus de force à sa menace à l'insérant dans une révélation divine. Le passage cité, la pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient…, est tiré du même Psaume 117 (v. 22) auquel la foule empruntait naguère ses vivats enthousiastes (19, 38). Il exprime sous une forme nouvelle et plus énergique la pensée développée dans la parabole ; car Jésus est la pierre d'abord méprisée, puis placée au point fondamental de l'édifice, tandis que les constructeurs, comme plus haut les vignerons, figurent les autorités juives. Voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 418. - Quiconque tombera sur cette pierre… Ces paroles composent un vers antithétique, avec gradation ascendante de la pensée dans le second hémistiche. Les corrélatifs grecs des verbes briser et écraser sont très expressifs. Le second, qui est encore plus énergique que le premier, a le sens de passer au crible. Voyez dans 1 Cor. 1, 13, la réalisation de cette menace.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Ou bien encore: tout homme est à la fois la vigne et je vigneron, car chacun de nous se cultive lui-même. Or, après avoir ainsi confié sa vigne aux vignerons, il s'en alla, c'est-à-dire qu'il les laissa faire à leur gré: «Puis il s'en alla pour longtemps en voyage».

S'il parle de la sorte, ce n'est pas qu'il ignorât qu'ils le traiteraient plus cruellement encore qu'ils n'avaient traité les prophètes, mais parce que le fils avait plus de droits à leurs respects que les serviteurs, et qu'ils mettraient le comble à leurs crimes en refusant de lui obéir et en le mettant à mort. S'il emploie encore ici la forme dubitative, c'est donc pour qu'on ne pût dire que la prescience divine avait été la cause de leur désobéissance.

Les princes du peuple l'ont rejeté, lorsqu'ils ont dit «Cet homme ne vient pas de Dieu» ( Jn 7, 16). Et cependant cette pierre était si utile et d'un si grand choix, qu'elle est devenue le sommet de l'angle.

Notre-Seigneur distingue ici deux condamnations ou deux ruines des Juifs: la ruine de leurs âmes, lorsque Jésus-Christ leur a été un objet de scandale, et il y fait allusion par ces paroles: «Quiconque tombera sur cette pierre sera brisé»; la ruine de leur nation et sa dispersion dans tout l'univers, qui eurent pour cause cette pierre qu'ils avaient rejetée, comme l'indique le Sauveur: «Et celui sur qui elle tombera elle l'écrasera» (ou le réduira en poussière). En effet, les Juifs ont été dispersés loin de la Judée, dans tout l'univers, comme la paille qui est emportée par le ve nt. Et remarquez l'ordre des événements, d'abord le crime énorme qu'ils ont commis contre Jésus-Christ, et puis à la suite la juste vengeance de Dieu.
Saint Bède le Vénérable
Cet homme qui a planté cette vigne est le même qui, dans une autre parabole, loue des ouvriers pour travailler à sa vigne.

Si le Seigneur s'exprime ici en termes dubitatifs, ce n'est point par ignorance de ce qu'il doit faire, (car qu'est-ce que Dieu peut ignorer ?) mais il emploie cette forme dubitative pour laisser à l'homme le libre usage de sa volonté.

C'est-à-dire, comment s'accomplira cette prophétie, si ce n'est lorsque le Christ que vous avez rejeté et mis à mort, sera prêché aux Gentils, qui croiront en lui, et que, comme une pierre angulaire, il se bâtira un seul temple avec les deux peuples.

Ou encore, celui qui pèche, mais qui néanmoins continue de croire en Jésus-Christ, tombe sur la pierre et s'y brise, mais la pénitence lui ouvre encore une voie de salut; celui au contraire sur qui tombera cette pierre (parce qu'il l'a rejetée), elle l'écrasera comme un vase dont il ne restera pas même un fragment pour aller puiser un peu d'eau. Ou bien encore, ceux qui tombent sur lui sont ceux qui le méprisent et qui ne périssent pas encore entièrement, mais qui sont brisés, en sorte qu'ils ne peuvent plus marcher droit. Mais pour ceux sur lesquels il tombe, il descendra du ciel pour leur infliger le juste châtiment de leurs crimes, et ils seront écrasés comme la poussière que, le vent disperse de dessus la face de la terre ( Ps 1).

Ou encore, dans le sens moral, Dieu donne à chaque fidèle la vigne à cultiver, lorsqu'il lui confie le soin de faire fructifier le baptême qu'il a reçu. Il lui envoie cm premier, un second, un troisième serviteur, lorsqu'il lui fait lire la loi, les psaumes et les prophètes. Le serviteur qu'il envoie est couvert d'outrages et déchiré de coups, lorsqu'on méprise ou qu'on blasphème la parole qu'on entend; et on met à mort l'héritier (autant qu'on peut le faire), lorsqu'on foule aux pieds le Fils de Dieu par ses péchés. ( He 6). Le mauvais vigneron ayant reçu le châtiment qu'il mérite, la vigne est confiée à un autre, lorsque l'humble fidèle s'enrichit du don de la grâce que le superbe a méprisé.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Les principaux d'entre les Juifs ont donc été rejetés comme rebelles à la volonté du Seigneur, et pour avoir laissé stérile la vigne qui leur avait été confiée. La culture de cette vigne a été donnée aux prêtres du Nouveau-Testament. Or, dès qu'ils comprirent l'application de cette parabole, ils voulurent s'y soustraire: «Ce qu'ayant entendu, ils lui dirent: A Dieu ne plaise».Et cependant ils n'en devinrent pas meilleurs, par suite de leur opiniâtreté et de leur résistance à la foi en Jésus-Christ.

L'angle, dans le langage de la sainte Écriture, représente l'union des deux peuples Juif et Gentil dans une même foi ( Ep 2; 1 P 2), car de ces deux peuples le Sauveur n'a formé lui-même qu'un seul homme nouveau, et les réunissant tous deux en un seul corps, les a réconciliés à Dieu. Il est donc une pierre de salut pour l'angle qu'il a construit, mais il devient une cause de ruine pour les Juifs qui s'opposent à cette union spirituelle des deux peuples.
Saint Augustin
Saint Matthieu, pour abréger, passe sous silence cette circonstance rapportée par saint Luc: que le Sauveur raconta cette parabole, non seulement aux principaux d'entre les Juifs qui l'avaient interrogé sur sa puissance, mais encore à tout le peuple.

Ou bien encore, dans la multitude qui entourait le Sauveur, il en était qui lui avaient demandé astucieusement par quelle puissance il faisait ces choses; il en était aussi qui, sans aucun artifice et de bonne foi, l'avaient acclamé en disant: «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur». Et ce sont ces derniers qui ont pu dire: «Il fera périr misérablement ces misérables, et donnera sa vigne à d'autres». On peut aussi attribuer cette parole au Seigneur, soit qu'il l'ait dite véritablement, soit à cause de l'union de ses membres avec leur chef. D'autres aussi ont pu répondre à ceux qui prononçaient cette sentence: «A Dieu ne plaise», parce qu'ils comprenaient que cette parabole était dirigée contre eux.
Saint Jean Chrysostome
C'est par un dessein de miséricorde et non par oubli ou indifférence que Dieu a envoyé Jésus-Christ après les prophètes. En effet, Dieu ne précipite pas l'exécution de ses oeuvres, mais son amour use à notre égard d'une grande condescendance; n'est-il pas vrai que si les Juifs ont maltraité le fils qui venait après les serviteurs, à plus forte raison ne l'auraient-ils pas écouté tout d'abord? Comment auraient-ils pu entendre des enseignements plus élevés, eux qui ne voulaient même pas entendre les plus simples ?
Saint Ambroise
Ce n'est pas que le Seigneur se transporte d'un lieu dans un autre, lui qui est toujours présent partout, mais parce qu'il fait sentir plus particulièrement sa présence à ceux qui l'aiment, et son absence à ceux qui l'oublient. Il fut longtemps absent, pour que la demande de ce qui lui était dû ne parût point prématurée; car plus la générosité à fait preuve d'indulgence, plus la résistance est inexcusable.
Eusèbe de Césarée
Le Christ est comparé ici à une pierre à cause de son corps d'une nature terrestre; cette pierre a été détachée de la montagne sans la main d'aucun homme, selon la vision de Daniel ( Dn 2, 34), parce qu'il est né d'une vierge: cette pierre n'est ni d'argent ni d'or, parce qu'il n'a point paru comme un roi resplendissant de gloire, mais comme un homme humble et méprisé; aussi ceux qui bâtissaient l'ont rejeté.