Luc 2, 14
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
De l’Incarnation à l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des anges. Lorsque Dieu " introduit le Premier-né dans le monde, il dit : ‘Que tous les anges de Dieu l’adorent’ " (He 1, 6). Leur chant de louange à la naissance du Christ n’a cessé de résonner dans la louange de l’Église : " Gloire à Dieu ... " (Lc 2, 14). Ils protègent l’enfance de Jésus (cf. Mt 1, 20 ; 2, 13. 19), servent Jésus au désert (cf. Mc 1, 12 ; Mt 4, 11), le réconfortent dans l’agonie (cf. Lc 22, 43), alors qu’il aurait pu être sauvé par eux de la main des ennemis (cf. Mt 26, 53) comme jadis Israël (cf. 2 M 10, 29-30 ; 11, 8). Ce sont encore les anges qui " évangélisent " (Lc 2, 10) en annonçant la Bonne Nouvelle de l’Incarnation (cf. Lc 2, 8-14), et de la Résurrection (cf. Mc 16, 5-7) du Christ. Ils seront là au retour du Christ qu’ils annoncent (cf. Ac 1, 10-11), au service de son jugement (cf. Mt 13, 41 ; 24, 31 ; Lc 12, 8-9).
Enfin, par Marie, l’Esprit Saint commence à mettre en communion avec le Christ les hommes " objets de l’amour bienveillant de Dieu " (cf. Lc 2, 14), et les humbles sont toujours les premiers à le recevoir : les bergers, les mages, Siméon et Anne, les époux de Cana et les premiers disciples.
Le cantique de l'armée céleste est tout-à-fait expressif sans sa brièveté. C'est une doxologie
sublime, qui résume admirablement les avantages de l'Incarnation du Verbe. Comme le chant des Séraphins
devant le trône de Jéhovah, Is. 6, 3, il se compose de deux notes, dont l'une s'adresse au Seigneur, tandis que
l'autre concerne la terre. - Première note : Gloire à Dieu au plus haut des cieux. A celui qui réside dans les
régions supérieures du ciel, la naissance du Christ procurera la gloire, une gloire qui est en corrélation
parfaite avec sa grandeur infinie. Seconde note : Et sur la terre paix aux hommes…. Aux hommes qui vivent
sur la terre, la nativité de Jésus apporte la paix, c'est-à-dire le bonheur pour ce monde et pour l'autre. Comp.
1, 79. Depuis longtemps il avait été prédit que le Messie donnerait la paix à notre pauvre terre si troublée
(cfr. Is. 2, 4 ; 9, 6, 7 ; 11, 6-9, etc.) ; les écrits du Nouveau Testament disent en termes formels que ces divins
oracles ont été accomplis (cfr. Joan. 14, 27 ; Eph. 2, 14, 17 ; Col. 1, 20 ; Rom. 5, 1, etc.). Cependant, ce ne
sont pas tous les hommes qui jouiront de la paix messianique ; elle ne sera vraiment accordée qu'aux
hommes de bonne volonté, et il faut voir sous ces deux mots la bonne volonté divine, la bienveillance,
l'amour du Seigneur envers nous, et non la bonne volonté humaine, les saintes dispositions des hommes
envers Dieu. Comp. Ps. 5, 13 ; 50, 20 ; Phil. 2, 13. L'expression « hommes de bonne volonté » est donc
opposée à « enfants de colère » (Eph. 2, 3) ; elle désigne, comme le dit Bossuet, les hommes chéris du ciel. -
Il règne entre les deux parties de la symphonie angélique un parallélisme parfait : « paix » correspond à
« gloire », « sur terre » à « haut des cieux », « hommes de bonne volonté » à « Dieu ». Maldonat a dans son
commentaire une excellent explication du cantique des anges ; voyez aussi Muntendam, Dissert. de hymno
angelico, Amstelod. 1849.
Mais à quels hommes les anges souhaitent-ils la paix? Ils l'expliquent eux-mêmes en ajoutant: « De bonne volonté »,c'est-à-dire, à ceux qui recevron t le Christ qui vient de naître, car il n'y a point de paix pour les impies ( Is 57), elle est le partage de ceux qui aiment le nom de Dieu ( Ps 118).
Ils souhaitent la paix aux hommes, en ajoutant: « Et sur la terre paix aux hommes »,etc., parce qu'ils vénèrent des compagnons et des frères dans ceux qu'ils avaient vus en proie à toute sorte d'infirmités et d'humiliations.
Le témoignage d'un seul ange pouvait paraître insuffisant; aussitôt donc que cet ange est venu annoncer le mystère de la nouvelle naissance, on voit paraître la multitude des légions célestes: « Au même instant se joignit à l'ange une grande troupe de l'armée céleste ». Le nom de milice céleste que donne l'Évangéliste au choeur des anges est parfaitement choisi, car elle exécute humblement les ordres et seconde dans les combats les efforts du chef puissant qui est venu triompher des puissances de l'air, jeter le trouble et l'épouvante parmi les légions ennemies, et rendre ainsi inutiles leurs pernicieux desseins contre les hommes. Celui qui vient de naître est tout à la fois Dieu et homme, c'est donc à juste titre que les anges annoncent la paix aux hommes, et chantent gloire à Dieu: « Ils louaient Dieu et disaient: Gloire à Dieu au plus haut des cieux ». Un seul ange, un seul envoyé du ciel, vient d'ann oncer qu'un Dieu vient de naître dans une chair mortelle, et aussitôt la multitude des légions célestes proclame la gloire du Créateur. Elle témoigne ainsi de son amour pour Jésus-Christ, et nous instruit par son exemple. Toutes les fois, en effet, que l'un de nos frères nous fait entendre la parole de la science sacrée, ou lorsque nous-mêmes nous repassons dans notre âme une pensée pieuse, notre coeur, notre bouche, nos oeuvres doivent aussitôt rendre gloire à Dieu.
Ils chantent les louanges de Dieu, pour mettre leurs concerts en harmonie avec le bienfait de la rédemption; heureux ainsi de voir les hommes réconciliés appelés à compléter leur nombre dans les cieux.
Cette paix est l'oeuvre de Jésus-Christ, il nous a réconciliés par lui-même à Dieu son Père ( 2Co 5,18-19 Ep 2,16 Col 1,20-22 ), en effaçant les fautes qui nous rendaient ses ennemis. Il a pacifié les deux peuples pour n'en faire qu'un seul homme, et a formé un seul troupeau des habitants du ciel et de ceux qui sont sur la terre.
La justice fait partie de la bonne volonté.
Voyez la marche admirable que Dieu a suivie, il a fait descendre les anges jusqu'à nous, pour faire remonter ensuite l'homme jusqu'au ciel; le ciel s'est fait terre pour relever les choses de la terre.
Autrefois les anges étaient envoyés comme exécuteurs de la justice de Dieu, aux Israélites, à David, aux habitants de Sodome, à la vallée des gémissements; maintenant au contraire, ils chantent à Dieu un cantique d'actions de grâces, parce qu'il leur a fait connaître sa venue parmi les hommes.
Le lecteur attentif demandera comment le Sauveur a pu dire ( Lc 12): « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre », tandis que les anges chantent à sa naissance: « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté»; mais la question se trouve résolue par ces paroles mêmes: « Paix aux hommes de bonne volonté »,car la paix dont Dieu n'est pas l'auteur, n'est pas la paix de bonne volonté.
Dans le sens mystique, les anges reconnaissaient qu'ils ne pouvaient accomplir la mission qui leur avait été confiée sans le secours d e celui qui seul avait la puissance de sauver, et que tous leurs remèdes étaient inefficaces pour guérir les hommes. Ainsi, lorsqu'un médecin d'une science supérieure arrive près d'un malade que d'autres n'ont pu guérir, dès que ceux-ci voient la gangrène des plaies les plus profondes disparaître au simple toucher du savant docteur; loin de lui porter envie, ils célèbrent les louanges du médecin et de Dieu, qui leur a envoyé ainsi qu'aux malades, un homme d'une science si éminente; c'est ainsi que la multitude des anges loue et remercie Dieu d'avoir envoyé Jésus-Christ sur la terre.