Luc 16, 16

La Loi et les Prophètes vont jusqu’à Jean le Baptiste ; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun met toute sa force pour y entrer.

La Loi et les Prophètes vont jusqu’à Jean le Baptiste ; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun met toute sa force pour y entrer.
Louis-Claude Fillion
A partir de ce verset jusqu'au 18ème, l'enchaînement des pensées est obscur et présente des difficultés réelles. Beaucoup d'interprètes renoncent à l'établir, entre autres M. Reuss, d'après lequel ces versets contiendraient des maximes « qui paraissent être tout à fait étrangères au texte et qui ne se trouvent là que par l'effet d'un hasard inexplicable », Histoire évangéliq., p. 495. Le théologien hollandais van der Palm dit même, et d'un ton très grave, pour expliquer leur présence en cet endroit, que S. Luc, voulant commencer sur une nouvelle page la parabole du mauvais riche, et désireux pourtant d'utiliser le court espace qui lui restait au bas de la précédente, l'aurait rempli par ces lignes, séparées violemment de leur connexion logique et chronologique !! L'exégèse croyante n'en est pas encore réduite à de tels expédients. Nous n'avons aucun motif de supposer que l'évangéliste a détaché de leur place primitive ces paroles du Sauveur ; mais il est possible qu'il les ait notablement abrégées, ce qui aurait fait disparaître en partie la liaison. Pourquoi du reste, dans l'intention de frapper davantage ses auditeurs, Jésus n'aurait-il pas tenu à dessein ce langage en apparence incohérent, énigmatique ? Sans compter que l'assistance pouvait entendre à mots couverts ce qui est aujourd'hui moins intelligible pour nous. Après tout, la liaison n'est pas impossible, bien que les commentateurs ne soient pas d'accord sur le meilleur moyen de la déterminer. Parmi les nombreuses tentatives faites pour l'établir, nous donnons nos préférences à la suivante : Quoique si saints devant les hommes, vous êtes pour Dieu un objet d'horreur (v. 15), car, malgré l'évidence avec laquelle elle se manifestait, vous avez refusé de croire à la vérité, c'est-à-dire à l'établissement de mon royaume (v. 16). Ne pensez pas d'ailleurs que je sois venu pour anéantir la Loi ancienne : ma mission est au contraire de la perfectionner (v. 17). C'est vous qui la détruisez par votre laxisme, en particulier pour ce qui regarde la divine institution du mariage ; mais je la rétablis dans toute sa vigueur primordiale (v. 18). Voyez le Vén. Bède, Bisping, Stier, etc., h. l. - La Loi et les prophètes… Jésus avait déjà proposé cette belle idée en une autre occasion (Matth. 11, 12 et 13) ; il la présente actuellement sous une forme plus concise, plus serrée. Jusqu'à S. Jean-Baptiste on était encore dans l'ère de la Loi et des prophètes ; mais, depuis l'apparition du Précurseur, le Nouveau Testament a commencé, on est entré dans la période évangélique, messianique : le royaume de Dieu est annoncé. S. Jean avait été en effet le premier à répandre bien haut cette bonne nouvelle ; Jésus l'avait fait retentir plus fortement encore, et déjà se montraient les heureux résultats de leur prédication : c'était à qui entrerait le premier dans le divin royaume. Cfr. 15, 1 ; Joan. 12, 19. Pour les développements, voyez l'Évangile selon S. Matth., p. 223. Jésus n'a certainement pas voulu parler ici d'une agression hostile contre son Église, mais au contraire d'une manifestation qui provenait de l'estime et de l'amour.