Luc 14, 24

Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner.” »

Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner.” »
Louis-Claude Fillion
Terrible conclusion. Les mots je vous le dis ont fait croire à certains commentateurs que Jésus la formula en son propre nom, s'adressant à toute l'assemblée, puisque le dialogue n'avait eu lieu jusque là qu'entre le père de famille et un seul serviteur. Mais il est plus probable qu'il faut regarder cette phrase finale comme faisant encore partie de la parabole. Cela ressort de l'expression de mon souper, d'après laquelle l'hôte figuratif semble être toujours en scène. Au reste, le pluriel « vous » s'explique par la présence soit des autres serviteurs, soit des nouveaux convives. Mais la sentence retombait quand même en plein sur les Pharisiens qui entouraient alors Notre-Seigneur.
Saint Grégoire le Grand
Bien que le mariage soit bon et établi par la divine Providence pour la propagation du genre humain, il en est plusieurs néanmoins qui s'y proposent, non d'avoir une nombreuse famille, mais la satisfaction de leurs désirs voluptueux; et voilà pourquoi une chose juste et licite, peut très bien être la figure d'une chose injuste et criminelle.

Comme les sens du corps ne peuvent comprendre les choses intérieures et ne connaissent que ce qui paraît au dehors, ils représentent à juste titre la curiosité qui, en cherchant à discuter la vie d'autrui, ignore toujours son état intérieur, et se répand tout entière dans les choses extérieures. Remarquez encore que ceux qui s'excusent de venir au festin où ils sont invités, l'un, parce qu'il va voir sa maison de campagne; l'autre, parce qu'il veut essayer les boeufs qu'il a achetés, s'excusent avec une espèce de respect et d'humilité: «Je vous prie», disent-ils, et ils refusent de venir, c'est-à-dire que l'humilité est dans leurs paroles, et l'orgueil dans leur manière d'agir.

Au défaut des orgueilleux qui refusent de venir, les pauvres sont choisis; le texte sacré dit les infirmes et les pauvres qui sont infirmes à leurs yeux, car il y a des pauvres que l'on peut regarder comme forts, ce sont ceux qui sont orgueilleux jusqu'au sein de la pauvreté; les aveugles sont ceux qui n'ont aucune lumière dans l'esprit; les boiteux, ceux qui manquent de droiture dans leurs actions. Or, comme les infirmités corporelles de ces derniers sont la figure de leurs vices intérieurs, il s'ensuit que ceux qui ont été invités et ont refusé de venir, et ceux qui ont répondu à l'invitation étaient pécheurs les uns comme les autres; mais les premiers ont été rejetés comme des pécheurs orgueilleux, tandis que les seconds ont été choisis, parce qu'ils étaient humbles: Dieu choisit donc ceux que le monde méprise, car la plupart du temps, le mépris des hommes fait rentrer en soi-même, et on écoute avec d'autant plus de docilité la voix de Dieu, que le monde offre moins d'attraits. Dieu appelle donc à son festin ceux qui sont dans les rues et les places publiques, ils sont la figure de ce peuple qui tenait à honneur d'être fidèle à l'observation de la loi, mais la multitude du peuple d'Israël, qui a embrassé la foi, n'a pu remplir la salle du festin des cieux. Aussi écoutez la suite: «Et le serviteur dit à son maître: Il a été fait comme vous avez commandé; et il y a encore de la place», etc. Les Juifs sont en effet entrés en grand nombre, mais il y a encore de la place dans le royaume pour recevoir la multitude innombrable des Gentils. C'est pourquoi «le maître dit au serviteur: Allez dans les chemins et le long des haies, et contraignez-les d'entrer». Ces convives qu'il envoie chercher dans les chemins et le long des haies, c'est un peuple encore barbare et grossier, c'est-à-dire, le peuple des Gentils.

Ceux qui reviennent à l'amour de Dieu, après avoir été brisés par les tribulations du monde, entrent comme par violence. Mais la sentence est de nature à nous faire trembler: «Or, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités, ne goûtera de mon festin». Gardons-nous donc de mépriser l'invitation qui nous est faite, de peur qu'après nous être excusés d'y répondre, nous ne puissions plus entrer dans la salle du festin, lorsque nous en aurons la volonté.

Ou encore, cette maison de campagne représente les biens de la terre, cet homme va donc la voir, parce qu'il ne pense qu'aux biens extérieurs destinés à l'entretien de cette vie.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Ce refus des premiers d'entre les Juifs de se rendre à l'appel de Dieu, refus qu'ils constatent par leurs propres paroles: «Y a-t-il quelqu'un des sénateurs ou des pharisiens qui ait cru en lui ?» ( Jn 7,48 ) remplit d'une juste indignation le père de famille: «Alors le père de famille, irrité», etc.

Or, quels sont ceux qui, pour ces différents motifs, ont refusé de se rendre à l'invitation qui leur était faite, si ce n'est les principaux d'entre les Juifs dont la sainte Écriture condamne à chaque page la coupable indifférence?

Le Créateur de toutes choses, et le Père de gloire, le Seigneur en un mot a préparé un grand festin, qui a eu lieu dans la personne du Christ. Dans les derniers temps, et comme vers le déclin du monde, le Fils de Die u a fait briller sa lumière à nos yeux, et en mourant pour nous, il nous a donné son corps à manger; c'est pour cela qu'on immolait chaque jour, au soir, un agneau selon les prescriptions de la loi de Moïse, et c'est pour cela que le festin qui nous est préparé dans la personne de Jésus-Christ, porte le nom de cène.

Cet homme, c'est Dieu le père, d'après la signification de ces paraboles, qui sont les images de la vérité. Toutes les fois que Dieu veut exprimer sa puissance vindicative, il se sert des comparaisons de l'ours, du léopard, du lion, et d'autres du même genre, mais quand il veut nous parler de sa miséricorde, il se présente à nous sous la figure d'un homme.

Cet homme avait des idées toute charnelles, et ne comprenait pas le sens exact des paroles du Sauveur; car il s'imaginait que les récompenses des saints seraient matérielles.
Saint Augustin
Ce sont les plaisirs de la chair qui sont un obstacle pour le plus grand nombre, et plût à Dieu que cet obstacle ne fût qu'extérieur ! Car celui qui prend une femme, qui se livre aux joies de la chair, et s'excuse de venir au festin, doit prendre bien garde de ne pas s'exposer à mourir de faim intérieure.

bien encore cet homme, c'est le médiateur de Dieu et des hommes, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il envoie presser de venir les invités, c'est-à-dire ceux qui avaient été invités par les prophètes qu'il avait envoyés. Ils étaient chargés, en effet, d'inviter à la Cène du Christ; ils ont été souvent envoyés aux enfants d'Israël, souvent ils leur ont renouvelé l'invitation de venir à l'heure de la Cène; ceux-ci ont accepté l'invitation, et ont refusé de venir au festin; et c'est ainsi que sans le savoir, ils nous ont préparé ce grand festin. Lorsque tout fut prêt pour ce festin, c'est-à-dire lorsque Jésus-Christ fut immolé, les Apôtres furent envoyés à leur tour vers ceux à qui Dieu avait autrefois envoyé les prophètes.

Nous voyons ici trois excuses différentes: «Le premier dit: J'ai acheté une maison de campagne, et il faut que j'aille la voir». Cette maison de campagne, cette propriété figure l'esprit de domination, aussi l'orgueil est le premier des vices qui aient été châtiés; car le premier homme a voulu dominer, en cherchant à se soustraire à l'autorité de Dieu qu'il avait pour Maître.

Ces cinq paires de boeufs figurent les cinq sens de notre corps, la vue dans les yeux; l'ouïe dans les oreilles; l'odorat dans les narines, le goût dans la bouche; le toucher répandu dans tous les membres. Mais l'analogie paraît plus frappante dans les trois premiers sens, parce qu'ils sont doubles; nous avons deux yeux, deux oreilles, deux narines, voilà trois paires. Nous trouvons aussi dans le goût comme un double sens parce que nous ne pouvons rien sentir par le goût que par le contact de la langue et du palais. Quant à la volupté de la chair qui se rapporte au sens du toucher, elle cache aussi une double sensation extérieure et intérieure. Ces cinq sens sont comparés à des paires de boeufs, parce que les boeufs labourent la terre, et que c'est par les sens du corps que nous sommes en rapport avec les choses de la terre. Ainsi les hommes éloignés de la foi, et livrés tout entiers aux intérêts de la terre, ne veulent rien croire que ce qu'ils peuvent percevoir par un des cinq sens du corps: «Je ne crois que ce que je vois», telle est leur maxime. Si telles étaient nos pensées, les cinq paires de boeufs nous empêcheraient de nous rendre au festin. Et pour vous faire comprendre que l'obstacle qui vient de ces cinq sens n'est pas le plaisir qui charme, la volupté qui entraîne, mais un simple mouvement de curiosité, cet homme ne dit pas: J'ai acheté cinq paires de boeufs, et je vais les faire paître, mais: «Je vais les essayer».

Or, saint Jean, en disant: «Tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et ambition du monde ( 1Jn 2,16 ) », commence par où l'Évangile termine: «J'ai pris une femme», voilà la concupiscence de la chair: «J'ai acheté cinq paires de boeufs», c'est la concupiscence des yeux; «J'ai acheté une maison de campagne», voilà l'ambition du siècle. C'est en prenant la partie pour le tout, que les cinq sens sont représentés par les yeux seuls qui tiennent le premier rang parmi les sens; aussi, bien que les yeux soient l'organe spécial de la vue, cependant dans le langage habituel, nous étendons aux cinq sens la faculté de voir.

Dieu n'a pas besoin d'envoyés pour connaître ce qui se passe dans le monde qui lui est inférieur, et ils ne peuvent ajouter rien à sa science, car elle embrasse toutes choses dans sa durée comme dans son immutabilité; si donc il se sert d'envoyés, c'est tout à la fois dans leur intérêt et dans le nôtre, car c'est un avantage en rapport avec leur nature, que de se tenir ainsi sous les yeux et en présence de Dieu, pour le servir vis-à-vis des créatures inférieures et exécuter ses ordres suprêmes.

Les Gentils sont venus des chemins et des places publiques, les hérétiques viennent comme du milieu des haies. Ceux, en effet, qui plantent des haies, cherchent à établir des divisions; qu'ils soient donc retirés d'entre ces haies, qu'ils soient arrachés du milieu de ces épines. Mais ils ne veulent pas qu'on les contraigne: «Nous entrerons, dit-il, de notre propre volonté». Ce n'est pas ce que le Seigneur a commandé: «Contraignez-les d'entrer», nous dit-il, usez de contrainte au dehors, de là naîtra la bonne volonté.

Peut-être encore était-ce qu'il soupirait après un bonheur qui lui paraissait éloigné, tandis qu'il avait sous les yeux le pain qui faisait l'objet de ses désirs. Car quel est le pain du royaume de Dieu, si ce n'est celui qui a dit: «Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel ?» ( Jn 6). Ce n'est donc pas la bouche qu'il faut ouvrir, c'est le coeur.
Saint Ambroise
On peut dire encore que le Sauveur ne blâme pas ici le mariage, mais qu'il lui préfère la chasteté qu'il appelle à de plus grands honneurs; car une femme qui n'est point mariée, pense aux choses qui sont du Seigneur, afin d'être sainte de corps et d'esprit; mais celle qui est mariée, pense aux choses du monde. ( 1Co 7,34 ).

Ou bien il envoie dans les chemins et le long des haies, pour figurer que ceux-là sont propres au royaume des cieux qui, dégagés de toutes les passions de la vie présente, se hâtent d'arriver à la possession des biens futurs, en suivant le sentier que leur bonne volonté leur a ouvert; et aussi ceux qui, semblables aux haies qui séparent la terre cultivée de celle qui ne l'est pas, et la défend coutre le ravage des animaux, savent discerner le bien du mal et opposer le rempart de la foi aux attaques de l'esprit du mal ( Ep 6,12 ).
Saint Basile le Grand
La divinité ne peut être accessible à la passion de la colère, mais nous appelons en Dieu colère et indignation, ce qui ressemble aux sentiments que nous éprouvons sous l'impression de ces passions.

Il dit: «Je ne puis venir», parce que l'esprit de l'homme qui se laisse entraîner par les charmes du monde, n'a plus de force pour pratiquer les commandements divins.