Luc 14, 14

heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »
Louis-Claude Fillion
Mais introduit un frappant contraste. - Aux quatre catégories de riches et d'amis qu'on invite dans l'espoir d'obtenir d'eux en retour quelque faveur, Jésus oppose quatre catégories de malheureux dont on n'a rien à attendre ici-bas, sauf peut-être quelque sentiment ou parole de reconnaissance (les estropiés : de même au v. 21. Cfr. Bretschneider, Lexic. Man., s. v., et Kuinoel, h. l.). Mais, en revanche, quelle belle récompense on recevra de celui qui ne perd pas de vue un simple verre d'au donné en son nom ! Aussi Notre-Seigneur, avec une emphase visible, proclame-t-il bienheureux quiconque se rendra digne de l'obtenir. - L'expression à la résurrection des justes correspond à la résurrection de vie de S. Jean, 5, 29 (Cfr. Ps. 1, 5), et désigne les joies éternelles du ciel. - Il est à peine besoin de noter que ce conseil de Jésus est présenté, comme plusieurs autres, sous une forme paradoxale, à la manière de l'Orient, et qu'on tomberait dans d'étranges exagérations si on voulait le pratiquer à la lettre, d'une façon absolue, ainsi que l'ont fait plusieurs sortes d'illuminés. « Jésus laisse à leur place les invitations qui naissent des devoirs naturels et civils. Il en prescrit de meilleures, mais n’enlève pas totalement les obligations humanitaires » , dit un ancien commentateur. Le but du Sauveur n'est pas de brouiller les relations sociales, mais de mettre la charité à la place de l'égoïsme, de rappeler aux siens la pensée des pauvres. « N'appelle pas... » du v. 12 signifie donc : « n'appelle pas seulement … mais aussi... ». D'ailleurs la Loi mosaïque exhortait déjà fortement les riches à inviter les pauvres dans certaines circonstances particulières. Cfr. Deut. 12, 5-12 ; 14, 28, 29 ; 15, 11 ; 26, 11-13 ; Nem. 8, 10. Le Talmud parle dans le même sens : « R. Siméon a avancé ceci : celui qui se réjouit pendant les jours de fête sans donner à Dieu la part qui lui revient, cet homme -là est un envieux. Satan le hait, l’accuse, le livre à la mort, et lui inflige de grands supplices. Donner à Dieu sa part c’est rendre heureux les pauvres, autant que chacun le peut », Sohar Genes. f. 8, col. 29. Cfr. Schoettgen, h. l. Les païens eux-mêmes avaient compris cette vérité : « Pour que quelqu’un soit libéral, je veux qu’il donne à ses amis, mais, par amis, j’entends les pauvres. Je ne parle pas de ceux qui donnent abondamment à ceux qui peuvent donner abondamment en retour », Pline, Ep. 9, 30. « A nos fêtes, nous devons inviter, non pas nos amis, mais les pauvres et les misérables : s'ils ne peuvent nous récompenser, ils appelleront par leurs vœux des bénédictions sur nous ». Platon, Phèdr. 233. Cfr. Cicéron, de Offic. 1, 15 ; Dio Chrys. 1, 252.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Un festin se compose de deux sortes de personnes (ceux qui invitent et ceux qui sont invités), Notre-Seigneur ayant donc exhorté ceux qui sont invités à la pratique de l'humilité, s'acquitte envers celui qui l'avait invité, en lui recommandant de ne point inviter par un motif d'intérêt et dans l'intention de recevoir de ses convives une invitation semblable: «Il dit aussi à celui qui l'avait invité: Lorsque vous donnerez à dîner ou à souper, n'appelez ni vos amis, ni vos frères», etc.
Saint Bruno de Segni
Le Seigneur avait été invité à un banquet de noces. En observant les convives, il remarqua que tous choisissaient les premières places et les plus honorables, chacun désirant se placer avant tous les autres et s'élever au-dessus de tous. Il leur raconta cette parabole qui, même prise en son sens littéral, est bien utile et nécessaire à tous ceux qui aiment jouir de la considération des gens et qui ont peur d'être rabaissés. Elle accorde, en effet, des marques de courtoisie aux plus humbles et des signes de respect aux personnes d'un rang élevé.

Mais comme cette histoire est une parabole, elle renferme une signification qui dépasse le sens littéral. Voyons donc quelles sont ces noces et qui sont les invités aux noces. Celles-ci s'accomplissent quotidiennement dans l'Eglise. Chaque jour le Seigneur célèbre des noces, car chaque jour il s'unit les âmes fidèles lors de leur baptême ou de leur passage de ce monde-ci au Royaume céleste.

Eh bien! nous qui avons reçu la foi en Jésus Christ et le sceau du baptême, nous sommes tous invités à ces noces. Une table y est dressée pour nous, dont l'Ecriture dit: Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis (Ps 23,5). Nous y trouvons les pains de l'offrande, le veau gras, l'Agneau qui enlève les péchés du monde. Ici nous sont offerts et le pain vivant descendu du ciel et le calice de l'Alliance nouvelle. Ici nous sont présentés les évangiles et les épîtres des Apôtres, les livres de Moïse et des prophètes, qui sont comme des mets remplis de toutes les délices.

Que pourrions-nous donc désirer de plus? Pourquoi choisirions-nous les premières places? Quelle que soit la place que nous occupions, nous avons tout en abondance et ne manquons de rien. Mais toi qui cherches à avoir la première place, qui que tu sois, va t'asseoir à la dernière place. Ne permets pas que ta science te gonfle d'orgueil, et ne te laisse pas exalter par la renommée. Mais plus tu es grand, plus il faut t'humilier en toute chose et tu trouveras grâce auprès de Dieu (Lc 1,30), si bien qu'au moment favorable il te dira: Mon ami, avance plus haut, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi (Lc 14,10).

Assurément, pour autant que cela dépendait de lui, Moïse occupait la dernière place. Lorsque le Seigneur voulut l'envoyer vers les fils d'Israël et l'invita à accéder à un rang plus élevé, il lui répondit: Je t'en prie, Seigneur, envoie qui tu voudras envoyer car je n'ai pas la parole facile (Ex 4,13). C'est comme s'il avait dit: "Je ne suis pas digne d'une fonction aussi haute." Saûl aussi se considérait comme un homme d'humble condition, quand le Seigneur fit de lui un roi. Et de même Jérémie, craignant de monter à la première place, disait: Oh! Seigneur mon Dieu! Vois donc: je ne sais pas parler, je ne suis qu'un enfant (Jr 1,6)!

C'est donc par l'humilité, non par l'orgueil, par les vertus, non par l'argent, que nous devons chercher à occuper la première place, le premier rang dans l'Église.
Saint Bède le Vénérable
Bien que la résurrection doive être générale, il est fait cependant une mention spéciale de la résurrection des justes, parce que dans cette résurrection, ils ne pourront douter de leur bonheur. Ceux donc qui invitent les pauvres à leurs repas, en recevront la récompense dans l'autre vie; ceux au contraire qui invitent leurs amis, leurs frères et les riches, reçoivent ici-bas leur récompense. Si cependant ils le font pour Dieu, à l'exemple des enfants de Job ( Jb 1,4 ), de même qu'ils remplissent les autres devoirs de la charité fraternelle, ils en seront récompensés par celui qui est l'auteur de ces devoirs.

Notre-Seigneur ne défend pas comme un crime aux frères, aux amis et aux riches, de se donner mutuellement des repas, mais il veut montrer que ces rapports comme toutes les autres relations sociales, sont de nul prix pour obtenir les récompenses de la vie céleste. C'est pour cela qu'il ajoute: «De peur qu'ils ne vous invitent à leur tour, et ne vous rendent ce qu'ils auront reçu de vous». Il ne dit pas: De peur que vous ne deveniez coupable. Ces paroles ont la même signification que ces autres: «Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel est votre mérite ?» ( Lc 6,33 ). Il est cependant de ces festins mutuels entre frères et voisins, qui non seulement reçoivent leur récompense ici-bas, mais aussi leur condamnation dans l'autre vie. Ce sont ces festins qu'on se donne à frais communs, ou bien tour à tour, et où on ne se réunit que dans un but criminel et pour exciter, par l'excès du vin, toutes les passions de la chair.
Saint Jean Chrysostome
Plus votre frère est obscur et pauvre, plus vous êtes certain que Jésus-Christ se présente à vous et vous visite dans sa personne. Celui qui reçoit un homme de condition, le fait souvent pour un motif de vaine gloire ou pour un motif semblable, souvent encore dans un but d'intérêt personnel pour arriver plus aisément aux honneurs. Je pourrais en citer un grand nombre qui courtisent les plus illustres sénateurs, afin d'avoir par leur crédit une plus grande part aux faveurs des princes. Ne recherchons donc point ceux qui peuvent nous rendre le bien que nous leur faisons. «Et vous serez heureux de ce qu'ils n'ont rien à vous rendre». Soyons donc sans inquiétude, lorsque nous ne recevons pas la récompense de nos bienfaits; soyons bien plutôt inquiets, quand nous la recevons, car alors nous n'avons plus rien à attendre; mais si les hommes ne nous rendent rien, alors c'est Dieu lui-même qui nous le rendra: «Car vous en recevrez la récompense à la résurrection des justes».

Vous devriez les recevoir sur la terrasse de votre maison exposée aux rayons du soleil ( Jos 2,6 Jg 16,27 1S 9,15 2S 11,2 2S 16,11 ). Si cela vous répugne, recevez au moins Jésus-Christ dans les places inférieures où sont vos animaux et vos serviteurs, que le pauvre soit au moins le portier de vos demeures; car le démon n'ose entrer là où on fait l'aumône; et si vous ne consentez à les faire asseoir près de vous, envoyez-leur au moins les miettes de votre table.

Il est plusieurs causes qui peuvent donner lieu aux relations d'amitié; nous passons sous silence les causes qui sont criminelles pour ne parler que des causes naturelles et morales; les causes naturelles produisent les rapports d'amitié entre le père et le fils, entre les frères et les autres parents, et c'est d'eux que Notre-Seigneur dit: «Ni vos frères, ni vos parents». Les causes morales sont les invitations réciproques ou le voisinage, et le Sauveur y fait allusion en ajoutant: «Ni vos voisins».

Ne faisons donc jamais du bien aux autres dans l'espérance qu'ils nous le rendent, c'est là une intention misérable; aussi une amitié de ce genre perd-elle bientôt toute sa force; si au contraire vous invitez les pauvres, vous aurez pour débiteur Dieu, qui ne vous oubliera jamais: «Mais lorsque vous faites un festin, appelez-y les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles».

Vous me direz: Ce pauvre est d'une malpropreté repoussante: Lavez-le, et faites-le ensuite asseoir à votre table. Ses vêtements sont misérables? donnez-lui en de plus convenables. Comment, Jésus-Christ vous visite dans la personne de ce pauvre, et vous apportez d'aussi frivoles prétextes?
Saint Grégoire de Nysse
Gardez-vous donc de mépriser les pauvres, comme s'ils n'avaient droit à rien. Réfléchissez à ce qu'ils sont, et vous reconnaîtrez bientôt leur dignité et leur valeur. Ils sont revêtus de l'image de Jésus-Christ, ils sont les héritiers des biens futurs, les portiers du ciel, de puissants accusateurs et d'éloquents défenseurs, sans avoir besoin de prendre la parole, mais par leur seule présence devant le Juge suprême.
Origène
Dans le sens figuré, celui qui veut éviter la vaine gloire invite à son banquet spirituel les pauvres, c'est-à-dire les ignorants, pour les enrichir; les infirmes, c'est-à-dire ceux dont la conscience est malade, pour les guérir; les boiteux, c'est-à-dire ceux qui s'écartent des sentiers de la raison, pour les guérir; les aveugles, c'est-à-dire ceux qui ne peuvent contempler la vérité, pour faire briller à leurs yeux la vraie lumière. Quant aux paroles qui suivent: «Ils ne peuvent vous le rendre», c'est-à-dire ils sont incapables de vous répondre.