Luc 12, 46

alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles.

alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles.
Louis-Claude Fillion
Voyez S. Matthieu, 24, 48-51 et l'explication. Quel triste contraste ! Nous entendons ici l'odieux soliloque d'un majordome infidèle qui, spéculant sur l'absence prolongée de son maître, abuse indignement de l'autorité qu'on lui a confiée. Mais aussi, comme il sera châtié quand le père de famille, rentrant au moment où on l'attendra le moins, surprendra le coupable en flagrant délit ! Il sera condamné au plus affreux de tous les supplices (car les maîtres avaient sur leurs esclaves le droit de vie et de mort), celui de l'écartèlement : tel est le sens probable du verbe retranchera. Mais les mots et lui donnera sa part avec les infidèles représentent une peine plus terrible encore d'après ce passage parallèle de l'Apocalypse, 21, 8 : « la part qui leur revient, c’est l’étang embrasé de feu et de soufre, qui est la seconde mort. ».
Saint Théophylacte d'Ohrid
La parabole précédente s'adressait à tous les fidèles, mais écoutez ce qui vous regarde particulièrement, vous qui êtes apôtres ou docteurs. Je demande donc où l'on pourra trouver un dispensateur qui réunisse tout à la fois la fidélité et la prudence. Dans l'administration des biens de la terre, l'imprudence même avec la fidélité, ou la prudence avec l'infidélité, amènent également la ruine de la fortune du maître; il en est de même dans les choses divines qui demandent tout à la fois de la fidélité et de la prudence. J'ai connu un grand nombre de bons et fidèles serviteurs de Dieu, mais qui, incapables de traiter avec prudence les affaires ecclésiastiques, non seulement perdaient les biens de l'Église, mais encore les âmes elles-mêmes, en exerçant à l'égard des pécheurs un zèle indiscret, soit en leur imposant des pénitences exagérées, soit en ayant pour eux une douceur inopportune.

Tout dispensateur fidèle et prudent doit donc se mettre à la tête des serviteurs de son maître, pour leur donner dans le temps convenable la mesure de froment, c'est-à-dire l'enseignement de la doctrine qui est la nourriture des âmes, ou l'exemple des bonnes oeuvres pour être la règle de la vie.

Le dispensateur infidèle mérite en effet le sort des infidèles, puisqu'il n'a pas eu la véritable foi.
Saint Bède le Vénérable
Dans la condamnation de ce mauvais serviteur, il faut voir celle de tous les mauvais supérieurs qui, sans crainte aucune de Dieu, non seulement mènent une vie criminelle, mais accablent de mauvais traitements ceux qui leur sont soumis. Dans le sens figuré, «frapper les serviteurs et les servantes», peut signifier corrompre les âmes faibles par de mauvais exemples; comme «manger, boire et s'enivrer»,signifie être esclave des séductions et des plaisirs coupables du monde, qui font perdre la raison à l'homme. Or, voici que lle sera la peine de ce mauvais serviteur: «Le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne l'attend pas, et à l'heure qu'il ne sait point (c'est-à-dire à l'heure de la mort et du jugement), et il le divisera».
Saint Cyrille d'Alexandrie
Les âmes fortes sont faites pour ce qu'il y a de plus difficile et de plus élevé dans les commandements de Dieu, mais pour ceux qui n'ont point encore atteint ce haut degré de vertu, ils ne peuvent accomplir que des préceptes plus faciles. Aussi le Seigneur se sert d'une comparaison des plus claires, pour bien établir que les commandements qui précèdent s'adressent à ceux qu'il a élevés à la dignité de ses disciples: «Le Seigneur lui répondit Quel est à votre avis le dispensateur fidèle et prudent ?»etc.
Saint Augustin
Il dit: «La mesure de froment», parce que la capacité varie suivant les auditeurs.
Saint Jean Chrysostome
Le Sauveur fait cette question, non pas qu'il ignore quel est le dispensateur fidèle et prudent, mais il veut nous faire entendre la rareté de la chose, et l'importance de cet emploi.
Saint Basile le Grand
Il ne dit pas qu'il trouvera agissant par hasard, mais «agissant ainsi»; car il ne suffit pas de vaincre, il faut encore combattre suivant les règles: c'est-à-dire faire chacune de ses actions, comme Dieu nous l'ordonne.

Le corps n'est pas divisé, en ce sens qu'une partie soit soumise au châtiment, tandis que l'autre partie en serait exempte; car c'est une opinion fausse et contraire à toute justice, qu'une partie seulement du corps soit punie, quand le corps a péché tout entier. L'âme non plus ne sera pas divisée; car elle est unie tout entière à la conscience coupable, et partage avec le corps la complicité du mal; cette division n'est donc autre chose que l'éternelle séparation de l'âme avec l'Esprit saint. En effet, dans la vie présente, bien que la grâce de ce divin Esprit ne réside pas dans les âmes, qui en sont indignes, elle paraît cependant être près d'elles en quelque sorte, attendant la conversion qui doit les conduire au salut, mais alors cette grâce sera complètement retranchée de l'âme coupable. Le Saint-Esprit est donc tout à la fois la récompense des justes et la première condamnation des pécheurs, parce que les indignes en seront dépouillés à jamais.