Luc 12, 21

Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
Louis-Claude Fillion
Conclusion et morale de la parabole. Jésus met en regard deux sortes de trésors, les trésors matériels, périssables, et les trésors spirituels, éternels. Il nomme ingénieusement les premiers amasser des trésors pour soi-même, et les seconds être riche par rapport à Dieu. Malheur à quiconque ne thésaurise que pour lui-même, dans des vues égoïstes ! Il périra, et ses richesses périront avec lui. « Tu es captif et esclave de ton argent. Tu sers ton argent qui ne te sert pas pour ta servitude. Tu accumules un patrimoine qui t’écrase de la lourdeur de son poids. Tu ne te souviens plus de ce que Dieu a répondu au riche qui empilait avec une sotte exultation la débordante récolte de ses fruits. Pourquoi engranges-tu pour toi seul tes richesses, toi qui augmentes la valeur de ton patrimoine avec tes souffrances, pour qu’en devenant plus riche en ce monde, tu deviennes plus pauvre devant Dieu ? », S. Cypr., de Op. et Eleemos.
Saint Bède le Vénérable
C'est un insensé qui doit être enlevé dans la nuit. Que celui donc qui veut être riche selon Dieu, n'amasse pas de trésors pour lui; mais qu'il distribue aux pauvres ceux qu'il possède.
Saint Grégoire le Grand
O inquiétudes, qui êtes le fruit de l'abondance et de la satiété ! En disant: «Que ferai-je ?»ne montre-t-il pas clairement qu'il est comme a ccablé par l'accomplissement de ses désirs, et qu'il gémit, pour ainsi dire, sous le fardeau de ses liens?

«Si j'ai regardé l'or», etc). Il fut enlevé cette nuit-là même, lui qui s'était promis de longues années, et tandis qu'il avait amassé des biens considérables pour un grand nombre d'années, il ne voit même pas le jour du lendemain.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Ce ne sont point des greniers permanents, mais de passagère durée, que ce riche construit, et ce qui est une folie plus insigne, il se promet une longue vie: «Et je dirai à mon âme: Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années». O riche, tes greniers, il est vrai, regorgent de fruits, mais qui peut te garantir plusieurs années de vie?
Saint Jean Chrysostome
Mais il se trompe encore en regardant comme des biens véritables, des choses tout à fait indifférentes. Il y a, en effet, des choses qui sont essentiellement bonnes, d'autres essentiellement mauvaises, d'autres enfin qui tiennent le milieu. La chasteté et l'humilité, et les autres vertus sont de véritables biens, et rendent bon celui qui les pratique. Les vices opposés à ces vertus sont essentiellement mauvais, et rendent également mauvais celui qui s'y livre. D'autres choses tiennent le milieu, comme les richesses, tantôt elles servent à faire le bien, l'aumône, par exemple, tantôt elles sont un instrument pour le mal, c'est-à-dire pour l'avarice. Il en est de même de la pauvreté, elle conduit tantôt au blasphème, tantôt à la véritable sagesse, selon les dispositions intérieures des personnes.

Car vous laisserez tous ces biens, et non seulement vous n'en retirerez aucun avantage, mais vous serez accablé sous le poids de vos péchés. Toutes ces richesses que vous avez amassées, passeront le plus souvent aux mains de vos ennemis, mais c'est vous qui aurez à en rendre compte.

Il ne convient nullement de se plonger dans les délices, d'engraisser le corps et d'affaiblir l'âme, de lui imposer un lourd fardeau, de l'envelopper dans les ténèbres et de la couvrir d'un voile épais. Lorsque l'homme vit dans les délices, l'âme qui devait être reine, devie nt esclave, et le corps qui devait obéir, domine et commande. Les aliments sont nécessaires au corps, mais non pas les délices, il faut le nourrir, mais non pas le débiliter et l'amollir. Or, les délices sont nuisibles au corps autant qu'à l'âme; de fort qu'il était, elles le rendent faible; à la santé, elles font succéder la maladie; à l'agilité, la pesanteur; à la beauté, la laideur; à la jeunesse, une vieillesse prématurée.

«On te redemandera ton âme»,etc. Peut-être quelques puissances terribles étaient envoyées pour lui redemander son âme; car si nous ne pouvons sans guide passer d'une ville à une autre, combien plus l'âme, séparée du corps, a-t-elle besoin d'être conduite vers les régions inconnues de l'autre vie. C'est pour cela que l'âme, sur le point de quitter le corps, résiste fortement, et rentre dans les profondeurs du corps; car toujours la conscience de nos péchés nous fait sentir son aiguillon; mais c'est surtout lorsque nous devons être traduits devant le tribunal redoutable du juste Juge, que toute la multitude de nos crimes vient se placer sous nos yeux et glacer notre âme d'effroi. Comme des prisonniers sont toujours dans les angoisses, surtout lorsqu'arrive pour eux le moment de paraître devant leur juge; ainsi l'âme est alors attristée et torturée par le souvenir de ses péchés, mais bien plus encore lorsqu'elle est sortie du corps.
Saint Ambroise
Pourquoi, en effet, amasser des richesses dont on ne sait faire aucun emploi? Pouvons-nous regarder comme nous appartenant des choses que nous ne pouvons emporter avec nous? La vertu seule nous accompagne au sortir de cette vie, la miséricorde seule nous suit, et nous conduit après la mort dans les tabernacles éternels
Saint Basile le Grand
Notre-Seigneur ne dit pas que cet ho mme voulut faire aucun bien avec ses grandes richesses, et il rend plus éclatante la longanimité de Dieu, qui étend sa bonté même aux méchants, et fait tomber sa pluie sur les justes et sur les coupables. Or, comment cet homme témoigne-t-il sa reconnaissance à son bienfaiteur? Il oublie la nature qui lui est commune avec tous les hommes, il ne pense pas qu'il y a obligation pour lui à distribuer aux indigents son superflu; ses greniers étaient surchargés par l'abondance de ses récoltes, mais son coeur insatiable n'était pas rempli. Il ne voulait rien donner des fruits anciens, tant était grande son avarice; il ne savait ni recueillir les nouveaux, tant ils étaient abondants, aussi sa prudence est aux abois et ses soucis frappés de stérilité: «Et il s'entretenait lui-même de ces pensées: Que ferai-je? car je n'ai point où serrer ma récolte».Il s'inquiète à l'égard des pauvres; n'est-ce pas là, en effet, ce que dit l'indigent: Que ferai-je? Comment me procurer la nourriture et le vêtement? Tel est aussi le langage de ce riche, il est comme accablé sous le poids de ses richesses, dont ses greniers regorgent et dont il ne veut point les laisser sortir pour le soulagement des misérables, semblables à ces gens avides et affamés, qui aimeraient mieux être victimes de leur voracité, que de laisser les restes de leur table aux indigents.

O riche, tu es si oublieux des biens de l'âme, que tu lui donnes en nourriture les aliments du corps ! Si cette âme est vertueuse, si elle est féconde en bonnes oeuvres, si elle s'attache à Dieu, elle possède alors de grands biens, et jouit d'une véritable joie; mais comme tu es tout charnel et esclave de tes passions, tes désirs et tes cris viennent tout entiers du corps et non de l'âme.