Luc 1, 34

Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »

Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »
Catéchisme de l'Église catholique
L’Annonciation à Marie inaugure la " plénitude des temps " (Ga 4, 4), c’est-à-dire l’accomplissement des promesses et des préparations. Marie est invitée à concevoir Celui en qui habitera " corporellement la plénitude de la divinité " (Col 2, 9). La réponse divine à son " comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? " (Lc 1, 34) est donnée par la puissance de l’Esprit : " L’Esprit Saint viendra sur toi " (Lc 1, 35).

Jésus, le Nouvel Adam, inaugure par sa conception virginale la nouvelle naissance des enfants d’adoption dans l’Esprit Saint par la foi. " Comment cela se fera-t-il ? " (Lc 1, 34 ; cf. Jn 3, 9). La participation à la vie divine ne vient pas " du sang, ni du vouloir de chair, ni du vouloir d’homme, mais de Dieu " (Jn 1, 13). L’accueil de cette vie est virginal car celle-ci est entièrement donnée par l’Esprit à l’homme. Le sens sponsal de la vocation humaine par rapport à Dieu (cf. 2 Co 11, 2) est accompli parfaitement dans la maternité virginale de Marie.
Fulcran Vigouroux
Marie avait fait vœu de garder sa virginité, ou elle en avait au moins formé le propos, la résolution.
Louis-Claude Fillion
D'après les idées juives de cette époque, être mère du Messie et devenir mère de Dieu n'était pas nécessairement une seule et même chose, car la divinité du Messie était à peine pressentie d'un petit nombre : la masse du peuple était dans le vague et l'incertitude touchant l'origine du Libérateur promis. Voyez Langen, Iudenthum in Palaestina zur Zeit Christi, pp. 433 et ss. Assurément Marie, si versée dans les Saintes Écritures, connaissait ce mystère, et elle avait compris, d'après les paroles de l'ange, que c'était la dignité de mère de Dieu qui lui était offerte. Pourquoi donc demande-t-elle : Comment cela se fera-t-il ? Hâtons nous de dire que cette question différait bien de celle de Zacharie (v. 18 ; voyez S. Ambroise, Expos. in Luc. 2, 15), et qu'elle n'était nullement le résultat d'un doute. « la Vierge Marie n’entra en aucune défiance de ce que l’ange lui annonçait, quand elle dit: « Comment cela se fera-t-il, car je ne connais pas d’homme ? » Elle ne doutait pas de la chose, mais elle s’informait de la manière », dit S.Augustin, De civit. Dei, lib. 16, c. 24. Et Marie avait une raison spéciale d'interroger l'ange sur ce point, comme elle l'indique en ajoutant : car je ne connais pas d'homme. Au premier regard, ces paroles peuvent sembler étonnantes, puisque S. Luc vient de dire, v. 27, que Marie était alors fiancée à S. Joseph. Mais il ne faut pas beaucoup de temps pour découvrir leur signification véritable. Pour quiconque les étudie sans idées préconçues, elles supposent de la manière la plus évidente qu'à une époque antérieure de sa vie Marie avait consacré à Dieu sa virginité par un engagement irrévocable. Autrement, elles n'auraient aucun sens. « Pourquoi demander avec étonnement comment elle deviendra mère, si elle entrait dans le mariage comme les autres, pour avoir des enfants ? » D. Calmet. in h. l. Ainsi donc, de concert avec S. Joseph, Marie avait promis au Seigneur de rester vierge. Dans cet état de choses, c'était pour elle plus qu'un droit de demander à l'envoyé du ciel des éclaircissements sur le « comment » de sa maternité. Ainsi l'a compris la tradition toute entière (S. Aug. Lib. de Virg. c. 4 ; S. Greg. Nyss. Orat de Christi nativ. ; S. Anselm. Lib de excell. Virgin ; S. Bernard. Serm. 4 de Assumpt. ; voir Petavius, Dogm. Theol. t. 6 de Incarnat. 14, c. 3, § 9 et ss.) ; ainsi l'admettent à l'envi tous les théologiens du moyen âge et tous les exégètes catholiques des temps modernes. Cette interprétation est même si naturelle et si obvie, que plusieurs écrivains protestants ne peuvent s'empêcher de la trouver acceptable. Le temps présent « connais » désigne aussi par sa généralité le passé et l'avenir. Sur le sens donné ici par Marie au verbe « connaître » voyez Bretschneider, Lex. Man., et Gesenius, Thesaurus. Cet emploi, très fréquent dans les langues arabe et syriaque, n'était pas inconnu des classiques grecs et latins.
Saint Jean Chrysostome
Ne semble-t-il pas lui dire: Ne cherchez pas les lois de la nature, là où la nature est dépassée par la sublimité des choses que je vous annonce? Vous dites: «Comment cela se fera-t-il, parce que je ne connais point d'homme ?» Et c'est justement parce que vous êtes demeurée vierge vis-à-vis de votre époux, que ce mystère doit s'accomplir en vous; car si vous étiez une épouse ordinaire, Vous n'en auriez pas été jugée digne; non pas, sans doute, que le mariage soit une chose profane aux yeux de Dieu, mais parce que la virginité lui est supérieure. Il convenait, en effet, que le Seigneur de tous les hommes eût avec nous, dans sa naissance, des rapports de conformité, comme aussi des traits de dissemblance. Il naît du sein d'une femme, et en cela il nous est semblable; mais il naît en dehors des lois des conceptions ordinaires, et par là il nous est supérieur.
Saint Ambroise
Marie ne devait point refuser de croire aux paroles de l'ange, elle ne devait point non plus accepter témérairement les prérogatives divines qu'il lui annonçait. Que fait-elle? «Or, Marie dit à l'ange: Comment cela se fera-t-il ?» question bien plus mesurée que celle du prêtre Zacharie. «Comment cela se fera-t-il»; demande Marie; à quoi connaîtrai-je la vérité de ce que vous m'annoncez», dit Zacharie. il refuse donc de croire ce qu'il déclare ne pas comprendre, et il demande pour appuyer sa foi d'autres motifs de crédibilité. Marie, au contraire, se rend aux paroles de l'ange, elle ne doute nullement de leur accomplissement, elle n'est inquiète que de la manière dont elles s'accompliront. Elle avait lu dans les prophètes: «Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils», elle croit donc à l'accomplissement de cette prophétie; mais elle n'avait pas lu comment elle s'accomplirait, car Dieu ne l'avait pas révélé même au premier des prophètes; ce n'était pas à un homme, mais à un ange, qu'il était réservé de faire connaître un si grand mystère.
Saint Grégoire de Nysse
Ces paroles de Marie nous dévoilent les pensées les plus intimes de son âme; car si elle eût épousé Joseph pour la fin qu'on se propose dans tout mariage, pourquoi cet étonnement, lorsqu'on lui parle de conception? puisqu'elle pouvait s'attendre à devenir mère un jour selon les lois de la nature. Mais il fallait conserver dans toute sa pureté ce chaste corps qui avait été offert à Dieu comme une chose sacrée, aussi dit-elle à l'ange: «Je ne connais point d'homme». Comme si elle lui disait: Vous êtes un ange, cependant c'est pour vous chose naturellement impossible à savoir que je ne connais point d'homme; comment donc deviendrai-je mère sans avoir d'époux, puisque je reconnais Joseph pour mon époux ?
Saint Ephrem
Contemplez Marie, mes bien-aimés, voyez comment Gabriel entra chez elle et quelle objection elle lui adressa: Comment cela va-t-il se faire? (Lc 1,34). Le serviteur de l'Esprit Saint lui fit cette réponse: "Cela est facile à Dieu; pour lui tout est simple." Considérez comment elle crut à la parole entendue et dit: Voici la servante du Seigneur (Lc 1,38).

Dès lors le Seigneur descendit d'une manière que lui seul connaît; il se mit en mouvement et vint comme il lui plaisait; il entra en elle sans qu'elle le sente, et elle l'accueillit sans éprouver aucune souffrance. Elle portait en elle, comme un enfant, celui dont le monde était rempli. Il descendit pour être le modèle qui renouvellerait l'antique image d'Adam.

Aussi, lorsqu'on t'annonce la naissance de Dieu, observe le silence. Que la parole de Gabriel te soit présente à l'esprit, car il n'y a rien d'impossible à cette glorieuse Majesté qui s'est abaissée pour nous et qui est née de notre humanité.

En ce jour, Marie est devenue pour nous le ciel qui porte Dieu, car la Divinité sublime est descendue et a établi en elle sa demeure. En elle, Dieu s'est fait petit - mais sans amoindrir sa nature - pour nous faire grandir. En elle, il nous a tissé un habit avec lequel il nous sauverait. En elle se sont accomplies toutes les paroles des prophètes et des justes. D'elle s'est levée la lumière qui a chassé les ténèbres du paganisme.

Nombreux sont les titres de Marie, et il convient que je les rapporte. Elle est le palais dans lequel a habité le puissant Roi des rois. Et il ne l'a pas quittée comme il était venu, car c'est d'elle qu'il a pris chair et qu'il est né.

Elle est aussi le nouveau ciel dans lequel a habité le Roi des rois. En elle s'est levé le Christ et d'elle il est sorti pour entrer dans la création, formé et façonné à son image.

Elle est le cep de vigne qui a porté la grappe. Elle a donné un fruit supérieur à la nature; et lui, bien que différent d'elle par sa nature, a revêtu sa couleur et est né d'elle.

Elle est la source de laquelle ont jailli les eaux vives pour les assoiffés, et ceux qui ont goûté de sa boisson portent des fruits au centuple.