Jean 5, 19
Jésus reprit donc la parole. Il leur déclarait : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement.
Jésus reprit donc la parole. Il leur déclarait : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement.
Jésus les unit à sa mission reçue du Père : comme " le Fils ne peut rien faire de Lui-même " (Jn 5, 19. 30), mais reçoit tout du Père qui l’a envoyé, ainsi ceux que Jésus envoie ne peuvent rien faire sans Lui (cf. Jn 15, 5) de qui ils reçoivent le mandat de mission et le pouvoir de l’accomplir. Les apôtres du Christ savent donc qu’ils sont qualifiés par Dieu comme " ministres d’une alliance nouvelle " (2 Co 3, 6), " ministres de Dieu " (2 Co 6, 4), " en ambassade pour le Christ " (2 Co 5, 20), " serviteurs du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu " (1 Co 4, 1).
Dans le prophète Isaïe on trouve l’expression " Dieu de vérité ", littéralement " Dieu de l’Amen ", c’est-à-dire le Dieu fidèle à ses promesses : " Quiconque voudra être béni sur terre voudra être béni par le Dieu de l’Amen " (Is 65, 16). Notre Seigneur emploie souvent le terme " Amen " (cf. Mt 6, 2. 5. 16), parfois sous forme redoublée (cf. Jn 5, 19), pour souligner la fiabilité de son enseignement, son Autorité fondée sur la Vérité de Dieu.
Première partie du discours, vv. 19-30. C'est aussi la plus importante des deux sous le rapport théologique.
Elle commente les paroles du v. 17, qui lui servent de thème et de texte. La nature et les prérogatives du Fils
sont expliquées dans une série d’affirmations solennelles, que la particule car, quatre fois répétée, unit
ensemble comme les anneaux d'une chaîne. Les attributs du Fils sont envisagés d'abord relativement à Dieu,
vv. 19-23, puis relativement aux hommes, vv. 24-29 ; le v. 30 est une récapitulation. Ou encore, les vv. 19 et
20 nous montrent la communauté d’opérations qui existe entre le Père et le Fils ; nous voyons ensuite, vv.
21-27, le Fils chargé par le Père de vivifier moralement ou de condamner les hommes (d'abord générale, vv.
21-23, l’idée se particularise aux vv. 24-27) ; enfin le Fils nous apparaît comme souverain Juge à la fin des
temps, vv. 28 et29 ; après quoi, le v. 30 nous ramène au point de départ, l'identité d'action du Père et du Fils.
Résumé: le Fils est égal au Père, le Fils est Dieu : voilà sa nature ; ses prérogatives sont d'agir en union avec
Dieu, d'être aimé de Dieu, d'avoir droit aux honneurs divins, de procurer aux hommes la vraie vie, de juger et
de condamner les pervers. - En vérité... A trois reprises nous entendrons cette majestueuse formule dans la
première partie du discours (comp. les versets 24 et 25). Voyez 1, 50 et le commentaire. Ayant à proclamer
des vérités si importantes, Jésus en appelle au témoignage de Dieu ; il donne pour garantie à sa parole
l'infaillibilité absolue du Père. Remarquons-le bien : Jésus ne conteste pas le moins du monde le sens que les
Juifs ont donné à son assertion du v.17 (comp. le v. 18) ; il y revient au contraire pour l'accepter, le confirmer
pleinement. - Le Fils ne peut rien faire. La pensée est énoncée négativement dans la première moitié du
verset, et réitérée dans la seconde en termes positifs. « Il ne peut pas » : c'est une impossibilité radicale et
absolue ; non assurément à cause des limites qui seraient imposées à l'activité du Fils, car elle n'en connaît
d'aucune sorte, mais par suite de ses relations intimes avec le Père. Cf. Hebr. 1, 3. Un homme ordinaire
pourrait séparer sa volonté et ses opérations de la volonté et des opérations de Dieu ; le Fils jamais, vu qu'il
n'est avec le Père qu'un seul et même Dieu. - Le Fils. Nuances intéressantes à signaler : plus haut, v. 17, Jésus
avait parlé à la première personne, et il reprendra d'une manière habituelle le pronom je à partir du v. 30 ; au
v. 25, il emploie l'expression complète, « Fils de Dieu » ; au v. 27 il se désigne comme le « Fils de
l'homme ». On conçoit qu'au début du discours il ait évité de se mettre directement en scène, de crainte de
soulever aussitôt les passions déjà si vives de ses auditeurs. - De lui-même, άφ' έαυτοῦ. Mots très importants
dans ce passage : « de lui-même et contre la volonté du Père » (Klofutar). C'est une expression propre à S.
Jean. Voyez le verset 30 ; 7, 17, 28 ; 8, 28, 42 ; 9, 51 ; 14, 10 ; 15, 4 ; 16, 3. Sur l'objection que les Ariens
tiraient autrefois de tout ce passage contre la divinité de N. S. Jésus-Christ, voyez D. Calmet, Maldonat et les
théologiens. Les « Unitariens », qui n'admettent qu'une seule personne divine, l'ont renouvelée de nos jours :
il suffit de leur opposer les arguments par lesquels les Pères ont renversé l'arianisme. - Si ce n'est ce qu'il voit
faire au Père (βλεπη, « videat »). L'accent est ici sur Père, comme auparavant sur Fils. Ce que fait mon Père
céleste, moi, son Fils, comment pourrais-je ne pas l'opérer aussi ? Cette manière de parler ne désigne donc
pas une imitation pure et simple, analogue à la conduite que les enfants tiennent souvent à l'égard de leurs
pères ; c'est un anthropomorphisme, une métaphore, pour marquer une parfaite et intime connaissance des
décrets de Dieu. - Tout ce que le Père fait, ᾃ γὰρ ἅν, toutes choses, quelles qu'elles soient. C'est la même
pensée, exprimée d'une manière positive : non seulement l'amour filial met obstacle à ce que le Fils agisse
par lui-même, il le fait entrer directement dans l'œuvre de son Père (ίlle, ἐϰεῖνος) ; non seulement son action
coïncide avec celle du Père, qu'elle imite, mais elle a en outre la même extension. - Le Fils aussi le fait
pareillement. S. Cyrille d'Alexandrie. in h. l., lib. 2, c. 6, tire à merveille la conclusion théologique qui ressort
de ces lignes si profondes : « Il peut accomplir tout ce que Dieu le Père peut accomplir, et il l'accomplit
comme le Père lui-même l'accomplit : Cela montre qu'ils sont de même nature... Donc, comme vrai Dieu
engendré de Dieu le Père, Il dit qu'il peut accomplir toutes choses comme Lui ; qu'il jouit d'une puissance
égale à celle du Père, en ayant en toutes choses la même Volonté que Lui ; et donc qu'il ne peut rien faire de
lui-même, si ce n'est ce qu'il voit faire au Père ». Cf. S. Aug. In evang. Joan., h. l. Il y a donc une nécessité intrinsèque à ce que le Fils agisse en même temps et de la même manière que le Père, et cette nécessité
s'appelle l'identité de nature. Ce verset 19 contient la clé de tout ce qui va suivre.
On peut encore donner une autre interprétation de tout ce passage : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, » en ce sens qu'il ne peut rien faire qui soit en opposition, en désaccord avec lePère. Et il ne dit point qu'il ne fait rien de contraire, mais qu'il ne peut rien faire, pour montrer l'égalité absolue du Père et du Fils. Ce n'est donc point la faiblesse du Fils mais sa puissance toute divine qui ressort de ces paroles. Ainsi lorsque nous disons : Il est impossible que Dieu commette le péché, nous n'accusons pas son impuissance, mais nous attestons sa puissance ineffable; ainsi lorsque le Fils dit : « Je ne puis rien faire de moi-même, » il nous déclare qu'il est impossible qu'il fasse quelque chose de contraire à son Père.
Les paroles qui suivent viennent confirmer cette interprétation : « Car tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. » C'est-à-dire si le Père fait toutes choses par lui-même, le Fils les fait également par lui-même, suivant la signification de cette parole : « Pareillement, de la même manière. » Vous voyez quelle doctrine relevée sous ces expressions si simples ; et il ne faut pas vous étonner de la simplicité, de l'humilité même du langage du Sauveur, car il s'exprime de la sorte par ménagement pour ses ennemis qui le poursuivaient à cause des hautes vérités qu'ils entendaient, et parce qu'ils le regardaient comme étant en opposition avec Dieu.
Nôtre-Seigneur dit que le Fils ne peut rien faire de lui-même, afin que cette égalité qu'il proclamait exister entre lui et son Père, ne pût détruire dans leur esprit la distinction d'avec le Père que lui donne sa naissance.
Au reproche qui lui est fait de violer le sabbat, Nôtre-Seigneur avait répondu : « Mon Père continue d'agir jusqu'à présent, et moi aussi j'agis sans cesse, » voulant leur faire comprendre qu'il s'appuyait sur l'autorité d'un si grand exemple, et tout à la fois que ce qu'il faisait était l'œuvre du Père, parce que le Père-agissait en lui lorsque lui-même agissait. A l'accusation que leur inspire leur jalousie, qu'il se faisait égal à Dieu, en l'appelant son Père, il répond en confirmant la vérité de sa naissance divine et l'excellence de sa nature : « Jésus donc leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu'il voit que le Père fait. »
Pour conserver l'ordre qui doit exister dans notre confession de foi au Père et au Fils, Nôtre-Seigneur nous expose le mystère de sa naissance qui lui communique la puissance d'agir, non par un accroissement successif des forces nécessaires pour chaque action en particulier, mais en faisant découler ce pouvoir de la connaissance. Et encore, cette connaissance n'est-elle point produite par la vue d'une œuvre matérielle, que le Fils ferait après l'avoir vu faire à son Père ; le Fils est né du Père, et c'est par la certitude qu'il a de posséder en lui la nature et la puissance du Père, qu'il atteste que le Fils ne fait que ce qu'il voit faire au Père. Car Dieu ne voit pas comme nous par les yeux du corps, mais sa vue est tout entière dans la vertu de sa nature.