Jean 4, 9
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.
Cela explique pourquoi une Samaritaine, lorsque Jésus lui a demandé à boire, a répondu avec emphase : « Comment ! toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? » (Jn 4, 9). Ceux qui recherchaient des accusations susceptibles de discréditer Jésus, la chose la plus blessante qu’ils aient trouvée, c’était de le qualifier de « possédé » et de « Samaritain » (Jn 8, 48). Par conséquent, cette rencontre miséricordieuse entre un Samaritain et un Juif est une interpellation puissante qui s’oppose à toute manipulation idéologique, afin que nous puissions élargir notre cercle pour donner à notre capacité d’aimer une dimension universelle capable de surmonter tous les préjugés, toutes les barrières historiques ou culturelles, tous les intérêts mesquins.
Par ces paroles, la Samaritaine n'oppose pas un refus formel à la demande du Sauveur, ainsi
qu'on l'a quelquefois prétendu, mais elle manifeste un grand étonnement. - Vous, qui êtes Juif. Le costume de
Jésus, ou mieux encore son accent, avait suffi pour trahir sa nationalité. Il avait seulement prononcé quelques
mots (v. 7); mais il n'en fallait pas davantage, car ils contenaient la lettre caractéristique sch, qui, pour les
Samaritains d'alors comme pour les anciens Ephraïmistes (Cf. Jud. 12, 5, 6), équivalait sans doute à la simple
sifflante s. La finesse d'observation a toujours été renommée chez les femmes. - À moi qui suis une femme de
Samarie. Une femme, et, en outre, une femme de Samarie. Remarquez l'opposition parfaite qui règne entre
ces expressions et celles qui précèdent. - Les Juifs en effet… Phrase certainement authentique, quoiqu'elle ait
été omise par le Cod. Sinait. Voyez Westcott and Hort, New Testament. Plusieurs interprètes supposent
qu'elle fut prononcée, comme les paroles précédentes par la Samaritaine; mais on la regarde plus
communément et plus justement comme une note explicative, ajoutée par l'évangéliste pour ses lecteurs issus
de la gentilité. Le verbe συγχρῶνται (être en relation) n'apparaît en aucun autre endroit du Nouveau
Testament : il désigne des relations amicales, familières, et point seulement un commerce quelconque. Cf. v.
8, et Otho, Lexicon rabb., p. 671. D'ailleurs, rien n'est mieux démontré que l'antagonisme national auquel
cette remarque fait allusion : on en trouve des traces manifestes soit dans l'Ancien Testament, soit dans les
récits évangéliques, soit dans le Talmud, soit dans les récits de l'historien Josèphe. Son origine remonte à la
formation même du peuple samaritain, racontée au 4ème livre des Rois, chap. 17. Après avoir dépeuplé
l'ancien royaume d'Israël, en déportant dans les lointaines provinces de l'Assyrie ceux des habitants que la
guerre et la misère avaient épargnés, Salmanasar songea à lui donner une population nouvelle. Pour cela, dit
le texte sacré, « il fit venir des habitants de Babylone, et de Cutha, et de Avath, et de Emath, et de
Sepharvaim, et il les établit dans les villes de Samarie à la place des enfants d'Israël. Ces peuples possédèrent
la Samarie, et habitèrent dans les villes » (v. 24). C'était là, naturellement, une race toute païenne; et,
quoiqu'elle se fût convertie plus tard (d'une manière plus ou moins parfaite, il est vrai) au culte de Jéhova, les
Juifs ne lui pardonnèrent jamais ce vice originaire. Aussi quand, après le retour d'exil, elle offrit à Zorobabel
de coopérer au rétablissement du Temple, sa demande fut-elle ignominieusement rejetée (Esdr. 4). Indignés
de cet affront, les Néo-Samaritains mirent tout en œuvre pour ruiner la colonie naissante, et il y eut dès lors
entre eux et les Juifs une haine irréconciliable. « Il est deux nations que mon âme abhorre, lisons-nous dans
l'Ecclésiastique (50, 25 et 26, d'après le texte grec), et la troisième n'est pas même une nation : ceux qui sont
établis sur la montagne de Samarie, les Philistins, et la folle populace qui habite à Sichem". Cette haine reçut
encore un aliment nouveau lorsque le prêtre Manassé, expulsé de Jérusalem par Néhémie parce qu'il avait contracté un mariage illicite, vint se réfugier chez les Samaritains (vers 400 av. J.-C.), et les aida à construire
sur le mont Garizim un temple considérable. Il y eut dès lors autel contre autel, et ce furent, des deux parts,
vexations et représailles sans cesse réitérées. Comp., comme trait spécial dans la vie de Jésus, Luc, 9, 52 et
ss. Voyez les dictionnaires de Winer, de Kitto, de Smith, de Riehm, aux mots Samarie, Samaritains ; Geikie,
The Life and Words of Christ, t. 1, ch. 31 ; J. Derenbourg, Essai sur l'Histoire et la géographie de la Palestine
d'après les Talmuds, t. 1, p. 42 et s.; F. Vigouroux, Mélanges bibliques, Paris 1882, p. 364 et ss. De là le nom
de Samaritain employé par les Juifs comme une sanglante injure, Joan. 8, 48; de là ces malédictions
solennelles dont les « Cuthéens » (hommes venus de Cutha) sont l'objet dans le Talmud ; de là l'interdiction
de les recevoir au rang des prosélytes, de dire Amen à leurs prières, de manger leur pain (mieux eût valu, au
dire des Rabbins, manger de la chair de porc), etc. L'exemple des disciples (v. 8) nous montre pourtant que la
pratique mitigeait bien des choses ; au reste, les dires rabbiniques étaient contradictoires sur plusieurs de ces
points, et il ne manquait pas de docteurs pour assurer qu'il était licite de se procurer au moins des fruits et des
œufs auprès des Samaritains. Après 2500 ans, l'hostilité dure encore entre les deux races. « Les Samaritains,
dit Robinson, Palaestina, t. 3, p. 328, ni ne mangent, ni ne boivent, ni ne contractent d'alliances
matrimoniales avec les Juifs ; ils n'entretiennent avec eux que de simples relations d'affaires ». « Quoi! Tu es
Juif, disait naguère le grand prêtre samaritain Salameh Cahen au Dr israélite L.A. Frankl (Nach Jérusalem, t.
2, p. 417), et tu viens auprès de nous Samaritains, qui sommes méprisés par les Juifs! ». En effet, le même
jour, M. Frankl ayant raconté cette visite à quelques femmes juives de Naplouse, elles reculèrent en poussant
un cri d'horreur. « Prends un bain pour te purifier, s'écria l'une d'elles, puisque tu es allé auprès d'eux » (ibid.,
p. 421 et suiv.). Cf. Wilson, Lands of The Bible, t. 2, p. 62.
Nôtre-Seigneur non-seulement affronte courageusement les difficultés delà route, mais se montre plein d'indifférence pour la nourriture, car ses disciples ne portaient point de vivres avec eux, comme nous le voyons par la suite du récit : « Ses disciples étaient allés dans la ville acheter de quoi manger. » L'Evangéliste nous fait encore ressortir l'humilité de Jésus qui consentait à ce qu'on le laissât seul. Il aurait pu s'il avait voulu, ou en garder quelques-uns près de lui, ou a leur défaut, avoir d'autres serviteurs, il ne le voulut pas, pour apprendre à ses disciples à fouler aux pieds tout orgueil. On me dira, peut-être, quoi d'étonnant que les disciples fussent humbles eux qui n'étaient que de simples pécheurs et des fabricants de tentes ? Mais ne sont-ils pas devenus tout d'un coup plus dignes de vénération que tous les rois, eux les amis et les intimes du Seigneur de l'univers entier ? Ne voit-on pas en effet ceux qui sortent d'une condition obscure et qui sont élevés à quelque dignité, être plus accessibles à l'orgueil, et comme incapables de supporter le poids d'un si grand honneur ? Le Seigneur donc, en maintenant ses disciples dans les mêmes sentiments d'humilité, leur apprenait à se modérer en toutes choses. Or, cette femme trouve dans ces paroles du Sauveur : « Donnez-moi à boire, » une occasion tout naturel de lui faire cette question : « Comment vous qui êtes Juif, me demandez-vous à boire à moi qui suis Samaritaine ? » Elle présuma qu'il était Juif à sa figure et à son langage. Mais voyez la circonspection de cette femme, car si Jésus devait se garder de tout commerce avec elle, elle n'avait point les mêmes raisons d'éviter tout rapport avec lui. L'Evangéliste en effet ne dit point que les Samaritains n'ont point de commerce avec les Juifs, mais que les Juifs n'ont point de commerce avec les Samaritains. Depuis le retour de la captivité, les Juifs étaient en garde contre les Samaritains et les regardaient comme des étrangers et des ennemis, car ils ne recevaient pas toutes les Ecritures, et n'admettaient que le livre de Moïse, sans tenir beaucoup de compte des prophètes. Ils prétendaient avoir part à la noblesse du peuple juif qui les avait en horreur à l'égal des autres nations infidèles.