Jean 4, 4
Or, il lui fallait traverser la Samarie.
Or, il lui fallait traverser la Samarie.
Note géographique qui, de l'occasion
générale du récit, nous conduit à l'occasion particulière (v. 5 et 6). Il pourrait bien avoir ici, comme en
d'autres passages des évangiles, une signification intime et mystique, relative au plan divin. « Il fallait » que
Jésus traversât la Samarie, pour exécuter les desseins miséricordieux de son Père sur les habitants de Sichar.
Il est cependant beaucoup plus naturel de s'en tenir au sens immédiat des termes. Étant, ainsi qu'on l'a dit fort
justement, serrée comme un îlot entre les deux grandes provinces du Judaïsme (la Judée et la Galilée), la
Samarie formait en Palestine une espèce d'enclave : aussi, dans l'hypothèse où Jésus prendrait le chemin le
plus court pour aller de Judée en Galilée, « il fallait » bien passer par la Samarie. Voyez R. Riess, Atlas de la
Bible, Pl 4. L'historien Josèphe emploie la même expression dans des circonstances analogues. « Ceux qui
voulaient, dit-il, Vita, § 52, aller rapidement (de la Galilée à Jérusalem), devaient nécessairement traverser la
Samarie. » Ant. 20, 6, 1. Cette province, la plus petite des quatre qui composaient la Palestine au temps de
Notre-Seigneur, était bornée au N. par le Carmel et la plaine d'Esdrelon, à l'E. par le Jourdain, à l'O. par la
Méditerranée, au S. par les anciennes frontières septentrionales de la tribu de Benjamin. Elle englobait donc
les territoires qui avaient autrefois appartenu à la tribu d'Ephraïm et à la demi-tribu (cis-jordanienne) de
Manassé. Voyez R. Riess, 1. c., pl. 3 et 4. Josèphe en décrit la physionomie dans les termes suivants : « Le
caractère de la Samarie ne diffère point de celui de la Judée. L'une et l'autre, elles abondent en montagnes et
en plaines, et conviennent fort bien pour l'agriculture, sont fertiles, boisées et remplies de fruits soit
sauvages, soit cultivés. Elles ont peu de cours d'eau, mais il y tombe beaucoup de pluie. Les sources ont un
goût extrêmement agréable, et, grâce à la quantité comme à la qualité du fourrage, le bétail y donne plus de
lait que partout ailleurs. La meilleure preuve de leur richesse et de leur fécondité, c'est qu'elles sont toutes
deux très peuplées. » Bell. Jud. 3, 3, 4. Au dire des voyageurs les plus récents, cette description n'a pas cessé
d'être vraie dans son ensemble; toutefois la population, la fertilité, les bois ont diminué en des proportions
notables, ainsi qu'il est arrivé, du reste, dans toutes les parties de la Palestine. Voyez Riehm,
Handwoerterbuch des bibl. Altertums, aux mots Ephraïm et Samaria; Stanley, Sinai and Palestine, p. 231 et
ss.; Smith, Dictionary of the Bible, t. 3, p. 1101-1105; Munk, Palestine, p. 37 et 38, et surtout V. Guérin,
Description de la Palestine, 2ème partie : Samarie.
En s'éloignant de la Judée, Nôtre-Seigneur reprenait la suite de ses premiers desseins : « Et il s'en alla de nouveau en Galilée. » Jésus vient chez les Samaritains, pour le même motif que les Apôtres, repoussés par les Juifs, allèrent chez les Gentils ; cependant, pour ôter toute excuse aux Juifs, les Samaritains ne sont point le but principal de son voyage, et il ne vient chez eux qu'en passant, c'est ce que l'Evangéliste exprime en disant : « Or, il lui fallait passer par la Samarie. » Cette contrée fut ainsi appelée, parce que la montagne de Samarie, qui donna son nom à la ville qu'on y bâtit, s'appelait Somer, du nom de son ancien possesseur. Les premiers habitants de cette ville et de cette contrée ne s'appelaient pas autrefois Samaritains, mais Israélites. Dans la suite des temps, ils transgressèrent les lois de Dieu, le roi d'Assyrie ne voulut plus les laisser dans leur pays, il les emmena à Babylone et dans la Médie, et le repeupla de colons tirés de diverses provinces assyriennes. Mais Dieu voulant prouver que ce n'était point par impuissance qu'il avait livré les Juifs aux mains de leurs ennemis, mais pour les punir de leurs crimes, envoya contre ces peuples barbares et idolâtres des lions qui dévastaient le pays. Le roi d'Assyrie, en ayant été instruit, leur envoya un prêtre Israélite pour leur enseigner le culte et les lois du Dieu des Juifs. Toutefois ils ne renoncèrent pas entièrement à leur impiété, et ils revinrent insensiblement au culte des idoles, ils y mêlaient cependant le culte du vrai Dieu. Ils prirent le nom de Samaritains, de la montagne même de Samarie.