Jean 3, 3

Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. »

Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. »
Catéchisme de l'Église catholique
– On devient membre de ce Peuple non par la naissance physique, mais par la " naissance d’en haut ", " de l’eau et de l’Esprit " (Jn 3, 3-5), c’est-à-dire par la foi au Christ et le Baptême.
Pape Saint Jean-Paul II
Parfois, Jésus donne à la vie qu'il est venu apporter ce simple nom de « la vie »; et il présente la génération par Dieu comme une condition nécessaire pour pouvoir atteindre la fin en vue de laquelle Dieu a créé l'homme: « A moins de naître d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu » (Jn 3, 3). Le don de cette vie constitue l'objet propre de la mission de Jésus: il est « celui qui descend du ciel et donne la vie au monde » (Jn 6, 33), si bien qu'il peut affirmer en toute vérité: « Celui qui me suit... aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12).
Louis-Claude Fillion
Jésus répondit. De prime abord, cette réponse de Jésus semble se rapporter si peu directement aux paroles de Nicodème, qu’on a parfois supposé (Maldonat, etc.) que le narrateur aurait omis en cet endroit plusieurs phrases intermédiaires. D’autres ont eu recours à des enchaînements ingénieux peut-être, mais arbitraires et forcés. On peut affirmer d’une manière générale que Notre-Seigneur répond au moins à la pensée de son interlocuteur. Celui-ci venait de reconnaître le caractère divin de l’enseignement de Jésus. Vous êtes l’envoyé de Dieu, avait-il dit ; quelle doctrine nouvelle apportez-vous au monde ? Ne seriez-vous pas le Messie en personne ? La réponse du Sauveur se rapporterait à cette demande tacite. En tout cas Jésus, laissant de côté les détails secondaires, va droit à l’essentiel et frappe aussitôt un grand coup. Nicodème, imbu comme la plupart de ses compatriotes des préjugés pharisaïques, devait supposer que la participation au royaume de Dieu était un privilège exclusif d’Israël : cette erreur va être immédiatement renversée. - En vérité, en vérité, je te le dis. Formule solennelle, que Jésus emploiera trois fois de suite dans ce rapide entretien. Cf. versets 5 et 11 (voyez 1, 51 et le commentaire). Elle introduit actuellement la promulgation de l’une des plus importantes vérités chrétiennes. - Aucun homme, s'il ne naît de nouveau. Dans le grec, littéralement : « Si quelqu’un n’est engendré d’en haut », expression qui peut recevoir et qui a reçu en effet deux interprétations. La Peschito syriaque, l’éthiopien, S. Jean Chrysostome, les pères latins, etc., traduisent comme la Vulgate (comparez la leçon de S. Justin martyr, Apol. 1, 60, où toute ambiguïté a disparu) ; Origène, S. Cyrille, les versions arménienne, gothique, syrienne d’Héraclée, etc., ont avec une nuance : D’en haut, c'est-à-dire du ciel. Au verset suivant, c’est par « de nouveau » en grec que Nicodème le traduit, et les mots expressifs qu’il y ajoute (« rentrer dans le sein de sa mère ») ne laissent pas le moindre doute sur la véritable portée de sa réflexion. Du reste, dit Mgr Haneberg, « nous pouvons désigner avec une entière certitude l’expression dont Jésus se servit alors ; c’est une locution qui équivaut tout à fait à notre « de nouveau ». De sorte que le double sens n’exista pas dans les paroles du Sauveur sous leur forme originale. Voyez H. Cremer, Bibl.-Theolog. Woerterbuch der neutestam. Graecitaet, 2è édit. p. 121 et 122. - Ne peut… Ces mots indiquent une impossibilité absolue, de même que la tournure nisi quis dans le texte latin exprime une impossibilité universelle. - Voir le royaume de Dieu. « Voir » sera expliqué un peu plus bas (verset 5) par « entrer dans » ; le verbe voir, comme son équivalent hébreu, a dans toutes les langues la signification secondaire de participer à, expérimenter, goûter. Voyez Gesenius, Thesaurus ling. Gebr., t. 3, s. v. Quant au « règne de Dieu », mentionné si fréquemment par les synoptiques, le quatrième évangile ne le cite sous cette forme qu’ici et au verset 5. C’est l’Église de Jésus, envisagée soit sur la terre à l’état militant, soit dans sa glorieuse consommation du ciel. Voyez l’Évangile selon S. Matthieu, p. 67 et s. - La nécessité d’une renaissance pour quiconque veut devenir citoyen du royaume des cieux est manifeste. Ce royaume n’étant pas matériel, terrestre, comme se l’imaginaient grossièrement les Juifs d’alors, mais tout spirituel dans son essence, on ne pouvait y entrer qu’à la condition de renaître spirituellement ; or, pour conserver l’image de notre verset, « une nouvelle vision est requise pour contempler les objets d’un nouvel ordre », Westcott, h. l.
Saint Bède le Vénérable
Saint Jean nous fait connaître son rang et sa dignité : « C'était un des chefs des Juifs, ». et la démarche qu'il fit : « Il vint de nuit trouver Jésus. » Il désirait s'instruire plus à fond dans un entretien secret des mystères de la foi, dont les miracles publics du Sauveur lui avaient fait connaître les premiers éléments.
Saint Augustin
Quel motif l'avait porté à croire ? le voici : « Car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est avec lui. » Nicodème faisait donc partie de ce grand nombre de Juifs qui avaient cru au nom de Jésus, en voyant les miracles qu'il opérait.

Voilà ceux à qui Jésus se fie, à ceux qui sont nés de nouveau, et ne viennent pas trouver Jésus de nuit, comme Nicodème. Jésus lui dit donc : « Nul, s'il ne naît de nouveau, » etc.

L'Evangéliste venait de dire que pendant le séjour de Jésus à Jérusalem, beaucoup crurent en son nom, en voyant les prodiges et les miracles qu'il opérait. De ce nombre était Nicodème, un des pharisiens.

Nicodème était du nombre de ceux qui crurent en Jésus-Christ, mais qui n'avaient pas encore reçu une nouvelle naissance, et c'est la raison pour laquelle il vient de nuit. C'est à ceux qui sont nés de nouveau de l'eau et de l'Esprit saint, que l'Apôtre dit : « Vous avez été autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. »
Saint Jean Chrysostome
Cet homme était encore esclave de la faiblesse judaïque, et il vient de nuit, parce qu'il craignait de faire de jour cette démarche. C'est ce même motif de crainte auquel l'Evangéliste fait allusion, lorsqu'il dit : « Cependant plusieurs d'entre les princes mêmes crurent en lui, mais à cause des pharisiens, ils ne le confessaient pas, de peur d'être chassés de la synagogue. » (Jn 12, 12.)

Cependant les prodiges ne lui donnent pas encore une bien haute idée de Jésus, il avait de lui une opinion toute humaine ; il en parle comme d'un prophète envoyé de Dieu pour une mission spéciale, et qui a besoin pour la remplir d'un secours étranger, bien que son Père, en l'engendrant de toute éternité, lui ait communiqué toute perfection, qu'il se suffise à lui-même, et n'ait rien en lui d'imparfait. Comme le dessein de Nôtre-Seigneur, pendant un certain temps, était moins de révéler sa divinité, que de persuader qu'il n'était en rien contraire à son Père, son langage est empreint de ménagements et de modération, tandis qu'il déploie dans toutes ses actions un pouvoir souverain. C'est pour cette raison qu'il ne révèle clairement à Nicodème rien de sublime sur sa personne ; mais il corrige seulement l'opinion peu relevée qu'il avait de lui, en lui apprenant qu'il n'a besoin de personne pour opérer ses miracles : « Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, s'il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. »

Paroles dont voici le sens : Comme vous n'êtes pas encore né de nouveau par la génération spirituelle dont Dieu est l'auteur, la connaissance que vous avez de moi est loin d'être spirituelle, elle est toute charnelle et toute humaine. Or, je vous le déclare, ni vous, ni un autre, quel qu'il soit, ne pouvez, sans cette nouvelle naissance qui vient de Dieu , comprendre la gloire dont je suis environné, et vous restez nécessairement eu dehors du royaume ; car la génération dont le baptême est le principe, répand les plus vives lumières dans l'âme. Un peut encore suivre cette version : « Nul, à moins d'être né, » etc., c'est-à-dire votre naissance ne vient pas d'en haut, si vous n'avez pas reçu une foi ferme et inébranlable aux vérités révélées, vous êtes hors de la voie, et loin du royaume des cieux. Nôtre-Seigneur parle ici de lui-même, et veut faire comprendre qu'il n'est pas seulement ce qu'il parait extérieurement, mais qu'il est besoin d'autres yeux pour le voir tel qu'il est. Suivant les uns, cette expression : d'en haut, signifie du ciel, suivant les autres, dès le commencement. Si les Juifs avaient entendu cette doctrine, ils auraient bien vite laissé Jésus eu se moquant de lui, mais Nicodème, en continuant d'interroger Jésus-Christ, fait paraître l'amour d'un vrai disciple pour son maître.