Jean 14, 14

Quand vous me demanderez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai.

Quand vous me demanderez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai.
Louis-Claude Fillion
Jésus va répéter sa promesse, pour la mieux graver au cœur des apôtres, et pour montrer combien elle est solide. Il le fait néanmoins avec de légères nuances de langage qui fortifient la pensée. - Si vous me demandez quelque chose. C'est ici la principale différence : « me » au lieu de « au Père ». Mais, après ce qu'il a dit antérieurement de sa parfaite unité avec son Père, le prier lui-même, ou prier le Père, n'est-ce pas une seule et même chose ? Il est vrai que la Recepta, les manuscrits A, D, G, K, L, M, le copte, etc., suppriment le pronom me ; toutefois, sa présence dans א, B, E, H, U, le syriaque, l'arménien, la Vulgate, etc., garantissent son authenticité. - Je le ferai. Dans le texte grec, un majestueux « Moi » rehausse la vigueur du verbe « je le ferai ».
Saint Théophylacte d'Ohrid
Il nous fait connaître ici la véritable théorie des miracles, c'est par la prière et par l'invocation de son nom qu'on peut opérer les plus grands prodiges.

Remarquez par quels degrés le Père est glorifié: c'est au nom de Jésus que sont opérés les miracles en vertu desquels les peuples croyaient à la prédication des Apôtres, et tandis qu'ils parvenaient ainsi à la connaissance du Père, le Père était glorifié dans le Fils.
Saint Augustin
Notre-Seigneur donne ensuite un grand sujet d'espérance à ceux qui lui adresseront leurs prières, lorsqu'il ajoute: «Parce que je vais à mon Père».

Et afin que personne ne fût tenté de s'attribuer le mérite de ces oeuvres plus grandes, il leur fait voir que c'est lui-même qui en sera l'auteur: «Et tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai». Il venait de dire: «Il fera», il dit maintenant: «Je le ferai», et voici l'explication de cette parole: Ne regardez pas ce que je vous dis comme impossible, celui qui croit en moi ne peut être plus grand que moi; c'est moi-même qui ferai alors des oeuvres plus éclatantes que celles que je fais maintenant, je ferai par celui qui croit en moi ces oeuvres plus grandes que celles que je fais actuellement par moi-même, ce qui n'accuse point un défaut de puissance, mais un sentiment de condescendance.

Mais quelles sont ces oeuvres plus grandes? Est-ce d'avoir guéri les malades par l'ombre seule de son corps lorsqu'ils passaient? (Ac 5, 15). Car c'est une action plus merveilleuse de guérir par l'ombre seule de son corps que par la frange de son vêtement. Toutefois en s'exprimant de la sorte, le Sauveur avait en vue les faits et les oeuvres de ses paroles; en effet, lorsqu'il dit: «Mon Père qui demeure en moi, opère lui-même les oeuvres»; de quelles oeuvres voulait-il parler? évidemment des paroles qu'il disait. Et le fruit de ces paroles, c'était la foi de ses disciples; mais lorsque ses disciples eux-mêmes prêchèrent l'Évangile, ceux qui se convertirent furent beaucoup plus nombreux qu'ils n'étaient eux-mêmes, puisque les nations elles-mêmes embrassèrent la foi. Ne voyons-nous pas ce jeune homme riche se retirer de Jésus plein de tristesse après l'avoir entendu? (Mt 19) Et cependant le conseil qu'un seul ne put se décider à pratiquer sur la recommandation du Sauveur, un grand nombre l'embrassèrent avec ardeur à la prédication des Apôtres. Il a donc fait de plus grandes oeuvres lorsqu'il a été prêché par ceux qui croyaient, que lorsqu'il parlait lui-même à ceux qui recrutaient. Mais voici une autre difficulté, ces oeu vres plus grandes n'ont été faites que par les Apôtres; or, ce n'est pas seulement d'eux que le Sauveur veut parler, lorsqu'il dit: «Celui qui croit en moi». Ou bien ne doit-on compter parmi ceux qui croient en Jésus-Christ que ceux qui auraient fait des oeuvres plus grandes que les siennes? Cette conséquence serait dure, elle serait même absurde, si on ne comprenait bien ces paroles. L'Apôtre dit: «Lorsqu'un homme, sans faire des oeuvres, croit en celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice (Rm 4, 5). En cela nous faisons les oeuvres de Jésus-Christ, car c'est faire l'oeuvre de Jésus-Christ que de croire en lui; c'est une oeuvre qu'il fait en nous, non toutefois sans notre concours. Entendez donc bien le sens de ces paroles: Celui qui croit en moi, fera aussi les oeuvres que je fais; je les fais le premier, et il les fera après moi, parce que je ne les fais le premier que pour qu'il les fasse à mon exemple. Or, quelles sont ces oeuvres? la justification du pécheur, c'est ce que le Chr ist opère dans le pécheur, mais avec le concours de sa volonté. Or, c'est là une oeuvre plus grande que la création du ciel et de la terre, car le ciel et la terre passeront, mais le salut et la justification des prédestinés demeureront à jamais. Les anges dans les cieux, sont aussi l'oeuvre de Jésus-Christ, pouvons-nous dire que celui qui coopère à la grâce de Jésus-Christ pour sa justification, fait une oeuvre plus grande que la création des anges? Que celui qui en est capable, juge si la création des justes est une oeuvre plus grande que la justification des pécheurs, si l'une et l'autre de ces deux oeuvres annoncent une puissance égale, la seconde exige une plus grande miséricorde. D'ailleurs il n'est nullement nécessaire d'entendre de toutes les oeuvres de Jésus-Christ ces paroles: «Il fera de plus grandes oeuvres que les miennes». Peut-être n'a-t-il voulu parler que des oeuvres qu'il opérait alors, et en ce moment il ne faisait qu'enseigner la doctrine de la foi; or, enseigner la doctrine de la justice (ce que Jésus a fait sans nous), c'est faire moins que de justifier les pécheurs, ce qu'il a fait en nous avec le concours de notre volonté.

Mais que veulent dire ces paroles: «Tout ce que vous demanderez», lorsque nous voyons tant de fidèles demander sans recevoir? N'est-ce point parce qu'ils demandent mal? Dieu refuse dans sa miséricorde ce qu'on ne demande que pour en faire un mauvais usage. Comment donc faut-il entendre ces paroles: «Tout ce que vous demanderez, je le ferai», si Dieu, dans leur intérêt, n'accorde point aux fidèles l'objet de leurs prières? Cette promesse n'a donc été faite qu'aux seuls Apôtres? Non, sans doute, car le Sauveur avait dit précédemment: «Celui qui croit en moi, fera les oeuvres que je fais moi-même». Si nous considérons l'accomplissement de cette promesse dans les Apôtres eux-mêmes, nous voyons que celui qui a travaillé plus qu'eux tous, a prié trois fois le Seigneur d'éloigner de lui l'ange de Satan, sans avoir pu obtenir l'effet de sa prière (2 Co 12, 7-9). Comprenez bien le sens de ces paroles: «En mon nom», (qui est Jésus-Christ). Le mot Christ signifie roi, le mot Jésus veut dire sauveur; donc tout ce que nous demandons contre les véritables intérêts de notre salut, nous ne le demandons pas au nom du sauveur. Cependant il ne laisse pas d'être notre Sauveur, non-seulement quand il nous accorde l'objet de nos prières, mais même quand il refuse de les exaucer, car il se montre justement notre Sauveur, en refusant de nous accorder ce qu'il sait être contraire à notre salut. Le médecin sait bien ce que le malade demande dans l'intérêt ou contre l'intérêt de sa santé, et il refuse d'accorder à ce malade les choses nuisibles qu'il désire, justement pour lui conserver la santé. Disons encore qu'il est des choses que nous demandons en son nom et qu'il ne nous accorde pas au moment même où nous les demandons, mais il les accorde plus tard; il diffère, mais il ne refuse pas d'exaucer nos prières. Il ajoute aussitôt: «Afin que le Père soit glorifié dans le Fils, si vous demandez quelque chose en mon nom je le ferai». Le Fils ne fait donc rien sans le Père, puisqu'il n'agit que pour que le Père soit glorifié en lui.
Saint Jean Chrysostome
C'est-à-dire, je ne dois point périr, mais je resterai dans la puissance qui m'est propre, et je demeurerai dans les cieux. Ou bien tel est le sens de ces paroles: C'est à vous maintenant de faire des miracles, pour moi je m'en vais à mon Père.

Notre-Seigneur venait de dire à ses disciples: «Croyez du moins à cause de mes oeuvres»; il veut leur apprendre maintenant que non-seulement il peut faire des oeuvres semblables, mais qu'il peut en faire de plus grandes et (ce qui est encore plus admirable), qu'il peut communiquer à d'autres ce pouvoir: «En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui-même les oeuvres que je fais, et en fera encore de plus grandes».

Notre-Seigneur dit: «Tout ce que vous demanderez en mon nom», c'est ce que proclamaient les Apôtres: «Au nom de Jésus-Christ, levez-vous et marchez» (Ac 3, 6; 9, 33); car c'est lui-même qui était l'auteur de tous les miracles qu'ils opéraient, et la main du Seigneur était avec eux.

En effet, lorsqu'on verra le Fils opérer de grandes choses, la gloire en reviendra à celui qui l'a engendré. Pourquoi répète-t-il de nouveau: «Je le ferai ?» pour confirmer la vérité de ses paroles.