Jean 13, 27

Et, quand Judas eut pris la bouchée, Satan entra en lui. Jésus lui dit alors : « Ce que tu fais, fais-le vite. »

Et, quand Judas eut pris la bouchée, Satan entra en lui. Jésus lui dit alors : « Ce que tu fais, fais-le vite. »
Louis-Claude Fillion
Effet sinistre produit par un acte bien simple. Aussitôt après avoir accepté le morceau de pain que lui tendait Jésus, Judas, qui s'était totalement endurci dans le mal, tomba dans la possession pleine et entière de Satan : Satan entra en lui Cf. Matth. 12, 45 ; Marc. 5, 12 ; Luc. 8, 30, etc., pour désigner des faits analogues. Notez le ἐκεῖνον du grec (en lui, en celui-ci), employé en mauvaise part (de même au v. 30) : désormais Judas ne fait plus partie du collège des Douze, il est un suppôt du démon. Voyez au v. 2 et Luc. 22, 3, le début de cette horrible prise de possession. Le démon entra dans Judas, dit S. Augustin, « pour prendre entièrement possession de celui qui s’était livré à lui » (Traité 62 sur S. Jean, 2). Évidemment l'évangéliste n'avait pu savoir ce trait que par une inspiration spéciale. - Et Jésus lui dit. Dans le grec, « lui dit donc »...: par suite de la connaissance que Jésus avait de l'endurcissement total de Judas. - Ce que tu fais (au présent, car l'œuvre néfaste de trahison était déjà commencée. Cf. Matth. 26, 14 et ss.), fais-le au plus tôt. Par cette parole, prononcée à haute voix d'après le verset suivant, Jésus offrait tout ensemble au traître une dernière grâce, et une facile occasion de se retirer s'il persistait dans sa perfidie. Je connais tes plans criminels, auras-tu le courage de les exécuter ? Si tu veux me livrer à mes ennemis, c'est le moment : hâte-toi de le faire. Comme le dit fort bien S. Léon, « Ce n’est pas la parole de quelqu’un qui commande, mais qui permet ; pas de quelqu’un qui est pressé, mais qui est prêt. » (Serm. 7 de Passione). En outre, Jésus désirait être désormais seul avec les apôtres fidèles, pour se livrer aux plus intimes épanchements.
Origène
Le Sauveur avait dit à Judas: «Ce que vous faites, faites-le au plus vite», et le traître disciple n'obéit que sur ce point à son Maître; aussitôt qu'il a reçu ce morceau de pain, il se hâte d'accomplir, sans aucun retard, son criminel dessein. «Judas, ayant donc pris ce morceau de pain, sortit aussitôt». Et, en effet, il sortit, non-seulement en quittant la maison où il se trouvait, mais en se séparant tout à fait de Jésus. Quant à moi, je pense que Satan, qui était entré dans Judas, après qu'il eut reçu ce morceau de pain, ne pouvait supporter d'être plus longtemps dans le même lieu que Jésus; car il ne peut y avoir aucun point de contact entre Jésus et Satan. Il n'est pas inutile de rechercher pourquoi l'Évangéliste, qui nous rapporte que Judas reçut ce morceau de pain, n'ajoute pas qu'il le mangea. Est-ce qu'en effet Judas ne mangea point le morceau de pain? Ne peut-on pas dire que, lorsqu'il eut pris ce morceau de pain, le démon, qui lui avait suggéré la pensée de trahir son Maître, craignant qu'en mangeant de ce pain il ne renonçât à son dessein, se hâta d'entrer en lui aussitôt qu'il l'eut reçu des mains du Sauveur, et le fit sortir aussitôt de la maison? On peut dire encore, avec autant de raison, que de même que celui qui mange indignement le pain du Seigneur ou boit indignement son calice, le mange et le boit pour sa condamnation; ainsi Jésus donna ce pain aux uns pour leur salut, et à Judas pour sa perte; en sorte que Satan entra en lui aussitôt qu'il l'eut reçu.