Jean 1, 1

AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.

AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
Catéchisme de l'Église catholique
C’est pourquoi les apôtres confessent Jésus comme " le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu " (Jn 1, 1), comme " l’image du Dieu invisible " (Col 1, 15), comme " le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance " (He 1, 3).

" Au commencement était le Verbe (...) et le Verbe était Dieu. (...) Tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait " (Jn 1, 1-3). Le Nouveau Testament révèle que Dieu a tout créé par le Verbe Éternel, son Fils bien-aimé. C’est en lui " qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre (...) tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui " (Col 1, 16-17). La foi de l’Église affirme de même l’action créatrice de l’Esprit Saint : il est le " donateur de vie " (Symbole de Nicée-Constantinople), " l’Esprit Créateur " (" Veni, Creator Spiritus "), la " Source de tout bien " (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte).

Nous pouvons invoquer Dieu comme " Père " parce qu’il nous est révélé par son Fils devenu homme et que son Esprit nous le fait connaître. Ce que l’homme ne peut concevoir ni les puissances angéliques entrevoir, la relation personnelle du Fils vers le Père (cf. Jn 1, 1), voici que l’Esprit du Fils nous y fait participer, nous qui croyons que Jésus est le Christ et sommes nés de Dieu (cf. 1 Jn 5, 1).
Concile œcuménique
L'Ecriture appelle le Fils, tantôt le Fils du Père, tantôt le Verbe, tantôt l'éclat de la lumière éternelle, et elle emploie tour à tour ces divers noms en parlant du Christ, pour les opposer aux blasphèmes de l'hérésie. Votre fils est de même nature que vous; l'Ecriture, pour vous montrer que le Père et le Fils ont une même nature, appelle le Fils, qui est né du Père, son Fils unique. Mais comme la naissance d'un fils rappelle l'idée de souffrance et de douleur qui accompagnent inséparablement la génération humaine, la sainte Ecriture appelle le Fils de Dieu le Verbe, pour éloigner toute idée de souffrance de la génération divine. Et encore, tout père est incontestablement plus âgé que son fils, mais il n'en est pas de même pour la nature divine, et c'est pour cela qu'elle appelle le Fils unique du Père, l'éclat de la lumière éternelle. En effet, la lumière naît du soleil, mais elle ne lui est point postérieure. Le nom d'éclat de la lumière éternelle vous montre donc que le Fils est coéternel au Père, le nom de Verbe vous prouve l'impassibilité de sa naissance, et le nom de Fils, sa consubstantialité avec le Père.
Fulcran Vigouroux
Et le Verbe était en Dieu. Comparer à Jean, 14, 10 : Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? ― « Le choix de ce mot, Verbe, Logos, n’a pas été fait au hasard par saint Jean, ni d’une manière arbitraire. Il paraît lui avoir été révélé. Que le Fils de Dieu l’ait fait connaître à saint Jean avant de sortir de ce monde, ou que la révélation en ait été faite à cet Apôtre au moment où il écrivait l’évangile, c’est ce que rien ne détermine avec certitude ; mais nous savons qu’à Patmos, saint Jean reçut des assurances à cet égard : « Le nom dont on l’appelle est le Verbe de Dieu, » lisons-nous dans l’Apocalypse. Certains passages de l’Ancien Testament pouvaient suffire pour en suggérer l’idée. Dans ces textes, la création est attribuée au Verbe ou à la parole de Dieu. Ce Verbe est personnel. Il s’identifie avec la Sagesse et avec l’Ange de Dieu. Quoi d’étonnant qu’au temps du Sauveur ce mot fût employé chez les Juifs pour désigner le Fils éternel de Dieu ? Saint Paul paraît sanctionner cet usage, aussi bien que saint Jean, en parlant de la parole de Dieu vivante et agissante, qui discerne les pensées de l’esprit et les intentions du cœur. Aussi la difficulté pour l’évangéliste n’était pas de faire reconnaître aux Juifs qu’il y a en Dieu un Verbe personnel et tout-puissant, mais de les convaincre que Jésus était ce Verbe. D’ailleurs, la connaissance de la doctrine révélée sur les trois personnes divines était donnée, le nom de Verbe ne devait-il pas s’offrir de lui-même à l’esprit pour désigner la seconde ? Les rapports du Père avec le Fils ont une analogie frappante avec ceux qui existent entre notre esprit et notre parole ou notre verbe. Il était naturel d’appeler le Fils de Dieu, la Parole du Père. Saint Jean n’avait donc pas d’emprunt à faire, ni à Platon (429-348), ni à Philon († 55). Et que leur aurait-il emprunté ? ― Si Platon parle de Logos dans sa théorie de la création ou plutôt de la disposition originelle des choses, il donne à ce terme un sens fort différent de celui de saint Jean. Le Logos du philosophe grec n’est pas une personne, mais une abstraction, la raison de Dieu, réceptacle de toutes ses idées. Il n’a pas conscience de son existence. ― Il en est de même de celui de Philon, autant qu’on peut saisir la pensée de cet auteur, dans les nuages de ses allégories, Philon ne le nomme pas Dieu, le vrai Dieu ; il ne l’identifie pas avec le Messie. Du reste, s’il avait une vraie connaissance du Verbe personnel, on devrait penser qu’il l’a puisée aussi dans la révélation, c’est-à-dire dans les écrits des prophètes et dans les traditions de leurs écoles. » (L. BACUEZ.)
Louis-Claude Fillion
Au commencement. « Comme emporté par un ravissement…, il commence sans préambule son Évangile », Vitringa. C’est déjà, « le regard de l’aile dans l’infini » (Lacordaire). Mais de quel commencement l’évangéliste a-t-il voulu parler ? Rien de plus clair. Il avait certainement à la pensée, le début identique de la Genèse, 1, 1 : « Au commencement ». Dieu a voulu que l’histoire de la rédemption, ou seconde création, s’ouvrît par la même formule que l’histoire de la création proprement dite. De part et d’autre, « commencement » désigne donc l’origine du monde, le commencement du temps. Mais quelle différence, toutefois ! Ici, le narrateur remonte au-delà de la création pour plonger son regard dans l’éternité divine ; là, Moïse redescend au contraire le cours des âges. Sans marquer par elle-même et directement l’éternité, l’expression « au commencement » nous ramène donc ici, de la manière la plus nette, à cette idée. Elle équivaut à « avant que le monde existe », Jean. 17,5. « Où vais-je me perdre ? Dans quelle profondeur, dans quel abîme ?... Allons, marchons sous la conduite du bien-aimé parmi les disciples, de Jean enfant du tonnerre, qui ne parle point un langage humain, qui éclaire, qui tonne, qui étourdit, qui abat tout esprit créé sous l’obéissance de la foi, lorsque par un rapide vol fendant les airs perçant les nues, s’élevant au-dessus des anges, des vertus, des chérubins et des séraphins, il entonne son évangile par ces mots : Au commencement était le Verbe…. Pourquoi parler du commencement, puisqu’il s’agit de celui qui n’a point de commencement ? C’est pour dire qu’au commencement, dès l’origine des choses, il était ; il ne commençait pas, il était ; on ne le créait pas, on ne le faisait pas, il était…. Au commencement, sans commencement, avant tout commencement, au-dessus de tout commencement, était celui qui est et qui subsiste toujours, le Verbe ». Bossuet, Élévations sur les mystères, 12ème semaine, 7e élév. Cf. aussi la 8e élévation. - Était : nous venons de le voir dans cet admirable commentaire de Bossuet, est un imparfait plein d’importance, puisque c’est lui qui transforme ainsi la notion des mots « au commencement », de manière à leur faire représenter l’éternité. Il dénote la permanence, une continuité sans fin. Aussi l’évangéliste le répétera -t-il quatre fois coup sur coup dans ce verset et au suivant, afin de bien montrer qu’il n’y eut aucune période où le Verbe n’existait pas. Cf. Col. 1, 15 ; Hebr. 1, 8 ; 7, 3 ; Apoc. 1, 8. Voyez plus bas (note du verset 4) la différence qui existe entre cet « être » du Logos et le « exister » des créatures. C’est sans motif suffisant que divers interprètes anciens et modernes ont traduit le substantif grec par Père éternel, ou Sagesse divine (Origène, S. Cyrille d’Alexandrie, etc.). - Le Verbe, (avec l’article, le Logos par excellence). C’est là, évidemment, l’expression principale du prologue, lequel est dominé tout entier par elle. Cf. versets 1 et 14. il importe donc de la bien comprendre et de s’en faire une juste idée. On lui a parfois attribué dans les derniers siècles de fausses significations : par exemple, quand on l’a regardée comme un synonyme de « parole, promesse », c’est-à-dire Messie ; ou de « parole révélée », c’est-à-dire le Christ en tant que docteur. Non, le terme est ici éminemment théologique et métaphysique, et il exprime les plus profonds concepts. On semble avoir hésité pendant quelque temps dans l’Église latine pour en donner une traduction adéquate : on disait tantôt « sermo », tantôt « verbum », au second siècle. Tertullien cite ces deux mots, et il en préfère à tort un troisième, « ratio ». Peu à peu « verbum » prévalut. Mais dit plus que cela : c’est une expression à double face, qui marque tout ensemble et la pensée, le « verbum mentis », et la parole par laquelle est exprimée cette pensée, le « verbum oris » (S. Augustin). Les quatre évangélistes l’emploient fréquemment (S. Jean, près de quarante fois) dans sa signification générale de « parole » , etc., et les synoptiques s’en servent aussi d’une façon plus spéciale pour désigner la parole de Dieu, la prédication évangélique. Toutefois l’usage remarquable qui en est fait, sans commentaire et d’une manière absolue, soit en ce passage à quatre reprises (versets 1 et 14), soit 1 Joan 5, 7, pour désigner le verbe personnel, le fils de Dieu, la seconde personne de la Très Sainte Trinité, est propre à S. Jean. Comparez 1 Joan. 1, 1 et Apoc. 19, 13, où on la trouve avec le même sens, mais accompagnée d’un autre substantif qui la caractérise : « le Verbe de Dieu ». Et, ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que notre évangéliste la suppose parfaitement claire pour ses lecteurs, et n’ajoute pas la moindre explication. Cherchons d’abord d’où il l’avait tirée ; il sera aisé ensuite d’indiquer pourquoi il a été seul à en faire usage. - 1° D’après les rationalistes, qui ont écrit de longues dissertations à ce sujet, c’est à des sources profanes que S. Jean aurait puisé le nom et la doctrine du Logos. Nous répondons, et la démonstration est aujourd’hui bien facile, que S. Jean n’a emprunté ce nom et cette doctrine ni aux gnostiques, ni aux écrits du juif Philon, mais à la tradition juive complétée pour lui par une révélation spéciale. - 1. Nous connaissons le Logos des Gnostiques par quelques citations de S. Irénée, Adv. haer. I, 24, 3. Rien de plus compliqué que les systèmes rattachés par eux à cette notion sublime. Ainsi, d’après Basilides (début de second siècle), le Verbe est la seconde des sept intelligences émanées du Dieu suprême. « L’esprit naquit en premier lieu du Père éternel ; puis de l’esprit est né le Logos, du Logos la Prudence, de la Prudence la Sagesse et la Puissance, de la Sagesse et de la puissance les Vertus, les Princes et les Anges ». Valentin (milieu de second siècle) admet un premier principe, appelé Proarkè ou premier commencement, Propator ou premier Père, Bythos ou abîme. Ce « Propator » est éternel ; avec lui coexiste l’ennoïa ou pensée de son esprit, qui conçoit et produit le nous, lequel engendre à son tour le fameux pléroma, et en premier lieu le Logos. Du Logos uni à la Vie naissent l’homme et l’Église. Ogdoade, décade, dodécade, les trente éons : vraiment, y a-t-il quelque rapport entre ces complications embrouillées et le prologue si simple de saint Jean ? Oui, mais « bien loin que l’auteur du quatrième évangile ait emprunté à la gnose les termes de Verbe, de Vie, de Lumière, de Fils unique, c’est la gnose qui lui a pris ces expressions métaphysiques ; elles avaient en effet le double avantage de se prêter à des interprétations subtiles, tout en étant consacrées par le respect de l’Église ». D’une source si troublée que ces grossières erreurs, on ne saurait extraire la liqueur fraîche et limpide que nous donne saint Jean. Voyez l'excellente dissertation de M.C. Müller, De nonnullis doctrinae gnosticae vestigiis quae in quarto evangelio inesse feruntur, Fribourg en Brisgau, 1883, et aussi Mgr Ginouilhac, Histoire du dogme cathol., t. 2, p. 183 et s. ; Vacherot, Histoire critiq. de l’École d'Alexandrie, p. 201 et s. - 2. Philon est le représentant principal de ces théosophes d’Alexandrie, contemporains de S. Jean, dont la doctrine était un étonnant mélange de platonisme, de judaïsme, de mysticisme oriental. C’est lui surtout qu’on a regardé de nos jours comme l’inspirateur de S. Jean. Il est vrai que Philon parle fréquemment du Logos, mais d’une manière si hésitante, parfois si contradictoire, qu’on a de la peine à savoir au juste ce qu’il en pense. On ne peut même dire si son Verbe est une personne réelle ou une simple abstraction, Ce qui est vrai, du moins, c’est que le Logos de Philon n’est qu’un agent intermédiaire entre Dieu et le monde, entre la lumière céleste inapprochable et la matière : il sépare autant qu’il unit. Il est Dieu, fils de Dieu, mais Dieu inférieur, Dieu d’une manière improprement dite, par opposition au Dieu en vérité. Il ne s’est pas incarné, il ne nous a pas rachetés, il n’est pas le Messie. Quelle différence du tout au tout entre ces idées si vagues et la riche substance du prologue de S. Jean ! On l’a dit avec beaucoup de justesse, « le Logos du quatrième évangile est au Logos de Philon ce que le discours de S. Paul devant l’Aréopage athénien était à l’inscription Ignoto deo (au Dieu inconnu) », J. P. Lange, das Evang. Johannis, 3è édit. P. 39. - 3. Si la ressemblance entre les idées de Philon et de S. Jean au sujet du Verbe est purement extérieure, et se change en une complète opposition dès qu’on entre dans le détail et au fond des choses, nous devons admettre au contraire que la tradition juive offrait à notre évangéliste un point d’appui réel pour son prologue. Il est aisé de le prouver à l’aide soit de l’Ancien Testament, soit des Targums ou anciennes paraphrases juives de la Bible. Les première traces du Logos nous apparaissent dès l’origine du monde, car c’est par sa parole, mentionnée à dix reprises dans l’histoire de la création, que Dieu produisit tout l’univers (Gen. I, 3, 6, 9, 11, 14, 20, 22, 24, 26, 29). Plus tard, au livre des Psaumes, cette même parole est presque personnifiée, et on lui attribue des propriétés divines (Ps. 32, 6 : « Le Seigneur a fait les cieux par sa parole, l'univers, par le souffle de sa bouche » ; Ps. 147, 15 : « Il envoie sa parole sur la terre : rapide, son verbe la parcourt » ; Ps. 106, 20 : « il envoie sa parole, il les guérit, il arrache leur vie à la fosse »). De même dans Isaïe (Cf. 40, 8 : « l’herbe se dessèche et la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure pour toujours » ; 55, 11, et ss.). Aux livres de Job (28, 12 et ss.) et des Proverbes (8 et 9), il y a encore un mouvement en avant vers la personnification, quoique nous trouvions une modification dans les termes : « Sagesse » de Dieu, au lieu de « Verbe » de Dieu ; mais ces expressions sont synonymes. Remarquez surtout ce passage des Proverbes, 8, 22 et s. : « Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources jaillissantes. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée... jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes ». Cf. Klasen, Die alttestam. Weisheit, p. 48. Enfin le progrès s’accentue de plus en plus dans les écrits deutérocanoniques. Cf. Eccli. 1, 1-20 ; 25, 1 22 ; Sap. 6, 21-9, 18 ; Bar. 3, 9-IV, 4. Il y a là des lignes extrêmement frappantes, qui font du Verbe divin une hypostase bien distincte : c’est notamment la suivante, Sap. 18, 15, « ta Parole toute-puissante fondit en plein milieu de ce pays de détresse », où le Verbe apparaît comme l’instrument des célestes vengeances. Les Targums nous présentent des faits analogues, non-seulement çà et là, mais d’une manière constante. C’est par centaines de fois en effet, que la locution Mèmera da Yeya, « Parole de Jéhova » y vient remplacer les noms divins ou se surajouter à eux. On la trouve plus de cent cinquante fois dans le seul Targum d’Onkélos sur le Pentateuque, près de cent fois dans le Targum de Jérusalem, environ trois cent-vingt fois dans celui de Jonathan. Et, dans beaucoup de ces cas, la Mèmera représente non seulement Dieu en tant qu’il se révèle, mais comme une hypostase distincte dans la divinité. Les exemples suivants sont significatifs sous ce rapport. Gen. 3, 8-9, au lieu de ces mots du texte : « Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu… ; Dieu appela Adam », nous lisons dans les paraphrases aramaïques : « Ils entendirent la voix du Verbe de Dieu ; … le Verbe de Dieu appela Adam ». Gen. 9, 12, Onkélos traduit : « Le signe de l’alliance sera entre mon Verbe et vous » (c’est Jéhova lui-même qui parle). Gen. 22, 16, au lieu de : « J’ai juré par moi-même », Dieu dit dans le Targum : « J’ai juré par mon Verbe ». Gen. 16, Agar voit « le Verbe de Dieu », qu’elle identifie ensuite avec la Schekinah ou présence divine. Deut. 1, 32 et 33, d’après Onkélos : « Vous n’avez pas vu le verbe de Dieu, qui fut votre guide sur la terre ». Deut. 26, 17 et 18, d’après le Targum de Jérusalem : « Vous avez aujourd’hui établi le Verbe de Jéhova roi sur vous, afin qu’il soit votre Dieu » ; etc. Remarquons en outre que les Targums ont une autre expression, Pithgama, pour désigner le langage ordinaire de Dieu, ce qui rehausse encore la force de Mèmera. Par exemple, Deut. 18, 19, nous trouvons cette nuance bien marquée : « Si quelqu’un n’écoute pas ma parole (Pithgami), qu’il a proférée en mon nom, mon Verbe (mèmerati) lui en demandera compte ». Cf. Deut. 5, 5, etc. Voyez A. Maier, Comment über das Evang. Johannis, t. 1 p. 120-122 ; L. Stapfer, Les idées religieuses en Palestine à l'époque de Jésus-Christ, 2è édit. p. 39 et ss. ; J. Langen, Das Judenthum in Palaestina zur zeit Christi, p. 268-281 ; Weber, System der altsynagogalen palestin. Theologie aus Targum, etc. Leipzig 1880, p. 174-175. - 4. Et pourtant cette tradition juive, quoique si formelle, ne put suffire à saint Jean, car elle est loin d’être aussi nette que son prologue, d’exprimer tout ce qu’il dit lui-même. Nulle part elle n’attribue au Verbe de Dieu le caractère messianique ; nulle part elle n’exprime directement qu’il est en Dieu une personne distincte. Aussi l’apôtre bien-aimé eut-il besoin d’une révélation spéciale pour acquérir ces connaissances sublimes, ainsi qu’il le raconte lui-même, Apoc. 19, 11-13 : « Puis j’ai vu le ciel ouvert, et voici un cheval blanc : celui qui le monte s’appelle Fidèle et Vrai, il juge et fait la guerre avec justice. Ses yeux sont comme une flamme ardente, il a sur la tête plusieurs diadèmes, il porte un nom écrit que nul ne connaît, sauf lui-même. Le vêtement qui l’enveloppe est trempé de sang, et on lui donne ce nom : « le Verbe de Dieu ».

2° Répondons maintenant à la deuxième question qui a été posée plus haut : Pourquoi saint Jean est-il seul à faire usage de ce nom remarquable ? C’était à cause des besoins particuliers de son époque, et pour opposer, sur ce sujet non moins délicat qu’important, la vraie doctrine aux erreurs qui commençaient à circuler dans l’Église. Quant à la merveilleuse convenance du mot Logos pour désigner la seconde personne de la Saint Trinité, elle ressort si bien de cette expression même, qu’il n’est pas nécessaire d’insister là- dessus. « Ce nom de Verbe ou de parole divine est l’image la plus déliée, la plus spiritualisée de la nature du Fils qui soit dans le langage » (Baunard, L’apôtre S. Jean, p. 381) ; rien ne marque mieux les relations intimes et éternelles du Père et de N.-S. Jésus-Christ. Cf. S. Thom. Aq., Summa theol ., pars. 1, q. 34 ; Mgr Ginouilhac, Histoire du dogme catholiq., t. 2, p. 2-6, p. 386 et s., etc. « Qui dit Verbe dit la parole intérieure, la parole substantielle de Dieu, son intelligence, sa sagesse ; un discours éternellement dit, et dans lequel tout est dit, qui, dans l’infinie fécondité d’une âme, d’une parole prononcée une fois pour ne jamais cesser, renferme toute vérité, est substantiellement avec la vérité même ». Fouard, La vie de N.S. Jésus-Christ, t. 1, p. 461 (c'est le début d'une excellente dissertation sur le Verbe de S. Jean). - Et le Verbe … Après ces explications nécessaires, nous revenons au texte évangélique. On a remarqué depuis longtemps le mouvement de gradation solennelle qui existe dans le premier verset : trois propositions le composent, relatives toutes les trois à la vie du verbe au sein de son Père ; mais la seconde dit plus que la première, et la troisième plus que la seconde. Cela va montant toujours dans une admirable symétrie. - Etait continue d’exprimer cinq fois de suite (versets. 1-4) une éternelle permanence ; quand nous le retrouverons pour la sixième fois (verset. 4, « la vie était la lumière des hommes »), il marquera encore la perpétuité, mais dans le temps. - En Dieu. Le choix de la préposition grecque est remarquable ; à la suite d’un verbe de repos, on attendrait plutôt autre chose. C’est à dessein que l’évangéliste a employé en cet endroit et au verset 18 une construction qui dénote non seulement la juxtaposition, la coexistence dans un même lieu, mais, en plus une activité intérieure, des énergies et des tendances ineffables, en un mot, ces communications divines qui portent dans le langage théologique les noms de processions, de relations. Voyez, 3, 35, une de ces relations. Il suit évidemment de là que le Verbe possède une personnalité distincte de celle de Dieu le Père. - Et le Verbe était Dieu. Troisième proposition, qui ajoute un nouvel élément aux deux autres. Sans doute, la divinité du Verbe avait été implicitement affirmée dans les lignes qui précèdent ; néanmoins saint Jean tenait à la déclarer en formes expresses et explicites. « Dieu » est mis en avant pour mieux accentuer l’idée, quoique « Verbe » soit encore le sujet de la proposition. Cette fois l’article est omis devant le mot grec pour éviter une grave amphibologie : la phrase grecque aurait pu signifier que le Verbe possède à lui seul tout l’être divin, qu’il est la Divinité (ce fut l’erreur de Sabellius), tandis qu’il partage la nature divine avec le Père et le Saint-Esprit. Ainsi donc, dans ces quelques mots, trois grandes vérités sont révélées : le Verbe est éternel, le Verbe jouit d’une personnalité distincte, le Verbe a part à l’essence divine. Que c’est bref et que c’est complet ! On croirait entendre le retentissement d’un triple oracle.
Saint Théophylacte d'Ohrid
L'erreur de Sabellius se trouve détruite par ces paroles. Cet hérétique enseignait que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne formaient qu'une seule personne, qui se manifestait tantôt comme le Père, tantôt comme le Fils, et tantôt comme le Saint-Esprit; mais quoi de plus fort pour le confondre que ces paroles: «Et le Verbe était en Dieu ?» car l'Évangéliste déclare ouvertement que le Fils est différent du Père, qu'il désigne ici par le nom de Dieu.

On peut encore donner une autre liaison de ces paroles avec ce qui précède. Puisque le Verbe était avec Dieu, il est évident qu'il y avait deux personnes distinctes, n'ayant toutes deux qu'une seule et même nature; c'est ce qu'affirme l'Évangéliste: «Et le Verbe était Dieu», c'est-à-dire, que le Père et le Fils n'ont qu'une même nature, comme ils n'ont qu'une même divinité.
Alcuin d'York
C'est donc contre ceux qui alléguaient la naissance temporelle du Christ, pour enseigner qu'il n'avait pas toujours existé, que l'Évangéliste commence son récit par l'éternité du Verbe: «Au commencement était le Verbe».
Saint Augustin
Le mot grec ëüãïò signifie également en latin raison et verbe, mais ici la signification de verbe est préférable, parce qu'elle exprime mieux les rapports, non seulement avec le Père, mais avec les créatures qui ont été faites par la puissance opérative du Verbe. La raison, au contraire, même quand elle n'agit pas, s'appelle toujours raison.

L'usage journalier de la parole lui fait perdre de son prix à nos yeux, et nous en faisons peu de cas, à cause de la nature passagère du son dont elle est revêtue. Or, il est une parole dans l'homme lui-même qui reste dans l'intérieur de son âme, car le son est produit par la bouche. La parole véritable, à laquelle convient particulièrement ce nom, est celle que le son vous fait entendre, mais ce n'est pas le son lui-même.

Celui qui peut comprendre la parole non seulement avant que le son de la voix la rende sensible, mais avant même que l'image des sons se présente à la pensée, peut voir déjà dans ce miroir et sous cette image obscure quelque ressemblance du Verbe dont il est dit: «Au commencement était le Verbe». En effet, lorsque nous énonçons ce que nous savons, le verbe doit nécessairement naître de la science que nous possédons, et ce verbe doit être de même nature que la science dont il est l'expression. La pensée qui naît de ce que nous savons est un verbe qui nous instruit intérieurement, et ce verbe n'est ni grec, ni latin, il n'appartient à aucune langue. Mais lorsque nous voulons le produire au dehors, nous sommes obligés d'employer un signe qui en soit l'expression. Le verbe qui se fait entendre au dehors est donc le signe de ce verbe qui demeure caché à l'intérieur, et auquel convient bien plus justement le nom de verbe. Car ce qui sort de la bouche, c'est la voix du verbe, et on ne lui donne le nom de verbe ou de parole, que par son union avec la parole intérieure, qui est son unique raison d'être.

C'est qu'en effet le Verbe de Dieu est la forme qui n'a jamais été soumise à la formation, c'est la forme de toutes les formes, la forme immuable, exempte de vicissitudes, de décroissance, de toute succession, de toute étendue mesurable, la forme qui surpasse toutes choses, qui existe en toutes choses, qui est le fondement sur lequel reposent toutes choses, et le faîte qui les couvre et les domine.

Ou bien encore, ces paroles: «Au commencement», dans le principe, signifient: «Avant toutes choses».

De même qu'il existe une grande différence entre notre science et celle de Dieu, le verbe qui est le produit de notre science est aussi bien différent du Verbe de Dieu qui est né de l'essence même du Père; comme si je disais qu'il est né de la science du Père, de la sagesse du Père, ou ce qui est plus expressif encore, du Père qui est science, du Père qui est sagesse. Le Verbe de Dieu, Fils unique du Père, est donc semblable et égal à son Père en toutes choses; car il est tout ce qu'est le Père, il n'est cependant pas le Père, parce que l'un est le Fils, et l'autre le Père. Le Fils connaît tout ce que connaît le Père, puisqu'il reçoit du Père la connaissance en même temps que l'être. Connaître et exister sont ici une seule et même chose; et ainsi le Fils n'est point pour le Père le principe de la connaissance, parce qu'il n'est pas pour lui le principe de l'existence. C'est donc en s'énonçant lui-même, que le Père a engendré le Verbe qui lui est égal en toutes choses; car il ne se serait pas énoncé dans toute son intégrité et dans toute sa perfection, si son Verbe lui était inférieur ou supérieur en quelque chose. N'hésitons pas à considérer quelle distance sépare de ce Verbe divin notre verbe intérieur, dans lequel nous trouvons cependant quelque analogie avec lui. Le verbe de notre intelligence ne reçoit pas immédiatement sa forme définitive, c'est d'abord une idée vague qui s'agite dans l'intérieur de notre âme, et qui est le produit des différentes pensées qui se présentent successivement à notre esprit. Le verbe véritable n'existe, que lorsque de ces pensées qui s'agitent et se succèdent dans notre âme, naît la connaissance qui donne à son tour naissance au verbe, et ce verbe ressemble en tout à cette connaissance; car la pensée doit nécessairement avoir la même nature que la connaissance dont elle est le produit. Qui ne voit quelle différence extrême dans le Verbe de Dieu, qui possède la forme et la nature de Dieu sans l'avoir acquise par ces divers essais de formation, sans qu'il puisse jamais la perdre, et qui est l'image simple et consubstantielle du Père? C'est la raison pour laquelle l'Évangéliste l'appelle le Verbe de Dieu, plutôt que la pensée de Dieu; il ne veut pas qu'on puisse supposer en Dieu une chose qui soit soumise au changement, ou au progrès du temps; qui commence à prendre une forme qu'elle n'avait pas auparavant, et qu'elle peut perdre un moment après en retombant dans les vagues agitations de l'intelligence.

On fait cette objection: S'il est Fils, donc il est né. Nous l'avouons. Ils ajoutent: S'il est né un Fils au Père, il était Père avant la naissance de son Fils. La foi rejette cette conclusion. Mais, poursuit-on, expliquez-moi donc comment le Père a pu avoir un Fils, qui fut coéternel au Père dont il est né, car le fils naît après son père pour lui succéder après sa mort. Ils vont chercher leurs comparaisons dans les créatures, il nous faut donc aussi trouver des comparaisons à l'appui des vérités que nous défendons. Mais comment pouvoir trouver dans toute la création un être coéternel, alors qu'aucune créature n'est éternelle? Si nous pouvions trouver ici-bas deux êtres absolument contemporains, l'un qui engendre, l'autre qui est engendré, nous pourrions avoir une idée de l'éternité simultanée du Père et du Fils. La sagesse nous est représentée dans l'Ecriture comme l'éclat de la lumière éternelle et comme l'image du Père. Cherchons dans ces deux termes une comparaison qui, à l'aide de deux choses existant simultanément, puisse nous donner l'idée de deux êtres coéternels. Personne n'ignore que l'éclat de la lumière vient du feu; supposons donc que le feu est le père de cet éclat, dès que j'allume une lampe, le feu et la lumière existent simultanément. Donnez-moi du feu sans lumière, et je vous concéderai que le Père n'a point eu de Fils. L'image doit son existence au miroir, cette image se produit dès qu'un homme se regarde dans un miroir, mais celui qui se regarde dans un miroir existait avant de s'en approcher. Prenons encore comme objet de comparaison une plante ou un arbuste nés sur le bord des eaux, est-ce que leur image ne naît pas simultanément avec eux? Si donc cet arbuste existait toujours, l'image de l'arbuste aurait la même durée. Or, ce qui vient d'un être est vraiment né de lui; l'être qui a engendré peut donc toujours avoir existé avec celui qui est né de lui. Mais on me dira: Je comprends que le Père soit éternel, et que le Fils lui soit coéternel, mais de la même manière que je comprends l'éclat du feu moins brillant que le feu lui-même, ou comme l'image de l'arbuste qui se produit dans les eaux, moins réelle et moins parfaite que l'arbuste lui-même. Non, l'égalité est parfaite et absolue. Je ne le crois point, me réplique-t-on, parce que vos comparaisons ne sont pas justes. Peut-être, cependant, trouverons-nous dans les créatures des choses qui nous feront comprendre comment le Fils est coéternel au Père, sans lui être inférieur, mais ce ne sera pas dans un seul objet de comparaison. Joignons donc ensemble deux comparaisons différentes, celle qu'ils donnent eux-mêmes et celle que nous apportons. Ils ont emprunté leur comparaison aux êtres qui sont postérieurs par le temps à ceux qui leur donnent naissance, par exemple, à l'homme qui naît d'un autre homme; mais cependant ces deux hommes ont une même nature. Nous trouvons donc dans cette naissance l'égalité de nature, mais nous n'y trouvons pas l'égalité d'existence. Au contraire, dans cette autre comparaison empruntée à l'éclat du feu et à l'image de l'arbuste, vous ne trouvez pas l'égalité de nature, mais l'égalité de temps. Vous trouvez donc réunies en Dieu les propriétés qui sont disséminées dans plusieurs créatures, et vous les trouvez réunies, non pas comme elles sont dans les créatures, mais avec la perfection qui convient au Créateur.
Saint Jean Chrysostome
Tandis que tous les autres Évangélistes commencent par l'incarnation du Sauveur, saint Jean, sans s'arrêter à sa conception, à sa naissance, à son éducation, aux progrès successifs de ses premières années, raconte immédiatement en ces termes la génération éternelle: «Au commencement était le Verbe».

Mais pourquoi saint Jean nous parle-t-il immédiatement du Fils, sans rien dire du Père? C'est que le Père était connu de tous les hommes, sinon comme Père, du moins comme Dieu; le Fils unique, au contraire, n'était pas connu. Voilà pourquoi l'Évangéliste s'applique dès le commencement à en donner la connaissance à ceux qui ne l'avaient pas. Disons plus, le Père lui-même est compris dans tout ce qu'il dit du Fils. C'est pour cette raison qu'il lui donne le nom de Verbe. Il veut enseigner que le Verbe est le Fils unique de Dieu, il détruit donc par avance toute idée d'une génération charnelle, en montrant que ce Verbe a été engendré de Dieu d'une manière incorruptible. Une seconde raison pour laquelle il lui donne ce nom, c'est que le Fils de Dieu devait nous faire connaître ce qui concerne le Père. Aussi ne l'appelle-t-il pas simplement Verbe, mais il le distingue de tous les autres verbes, en ajoutant l'article. L'Ecriture a coutume d'appeler verbe ou parole les lois et les commandements de Dieu; mais le Verbe dont il est ici question est une substance, une personne, un être qui est né du Père par une naissance exempte de corruption et de douleur.

Remarquez ici la prudence spirituelle de l'Évangéliste. Il savait que les hommes avaient de tout temps rendu des honneurs divins à l'être qu'ils reconnaissaient exister avant toutes les créatures et qu'ils appelaient Dieu. C'est donc par cet être qu'il commence en lui donnant le nom de principe, et bientôt celui de Dieu: «Dans le principe était le Verbe».

C'est surtout le propre de Dieu d'être éternel et sans commencement, c'est ce que l'Évangéliste a établi tout d'abord, mais de peur qu'on ne vînt à conclure de ces paroles: «Au commencement était le Verbe», que le Verbe n'a pas été engendré, il ajoute aussitôt pour repousser cette idée: «Et le Verbe était en Dieu».

Lorsqu'un homme monte sur un navire, tant qu'il est près du rivage, il voit se dérouler devant lui les ports et les cités, mais dès qu'il est avancé en pleine mer, il perd de vue ces premiers objets, sans que ses yeux puissent s'arrêter sur aucun point. Ainsi l'Évangéliste, en nous élevant au-dessus de toutes les créatures, laisse notre regard comme suspendu et sans objet, et ne lui permet d'entrevoir ni aucunes bornes dans les hautes régions où il l'a transporté, ni aucunes limites où il puisse se fixer, car ces paroles: «Au commencement», expriment à la fois l'Etre infini et éternel.

Il ne dit pas: Il était en Dieu, mais: «Il était avec Dieu», nous montrant ainsi son éternité comme personne distincte.

On objecte encore: Ces paroles: «Au commencement», ne signifient pas simplement et nécessairement l'éternité, car n'est-il pas dit de la création du ciel et de la terre: «Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre ?» Mais qu'a de commun cette expression: «Il était», avec cette autre: «Il fit ?» Lorsqu'on dit d'un homme: «Il est», cette expression marque le temps présent; lorsqu'on l'applique à Dieu, elle signifie celui qui existe toujours et de toute éternité. De même l'expression: «Il était», appliquée à notre nature, signifie le temps passé, mais lorsqu'il s'agit de Dieu, elle exprime son éternité.

Et il n'est pas Dieu dans le sens de Platon, qui l'appelle tantôt une certaine intelligence, tantôt l'âme du monde, toutes choses complètement étrangères à sa nature divine. Mais on nous fait cette objection: Le Père est appelé Dieu avec addition de l'article, et le Fils sans l'article. Que dit en effet l'apôtre saint Paul? «Du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ» (Tt 2,13). Et dans un autre endroit: «Qui est Dieu au-dessus de toutes choses?» (Rm 9,5). C'est-à-dire, que le Fils est appelé Dieu sans article. Nous répondons que la même observation peut s'appliquer au Père. En effet, saint Paul écrivant aux Philippiens, dit: «Qui ayant la forme et la nature de Dieu (Ýí ìïñöÞ Èåïý, sans article), n'a point cru que ce fut pour lui une usurpation d'être égal à Dieu» (Ph 2,6). Et dans son Epître aux Romains: «Grâce et paix soient à vous de la part de Dieu (ðü Èåïý, sans article), notre Père, et de Jésus-Christ Notre-Seigneur». (Rm 1,7). D'ailleurs, il était parfaitement inutile de mettre ici l'article, alors qu'on l'avait employé mainte fois dans ce qui précède. Donc le Fils n'est pas Dieu dans un sens plus restreint, parce que le nom de Dieu qui lui est donné n'est pas précédé de l'article.
Saint Basile le Grand
Le Verbe dont parle ici l'Évangéliste n'est pas un verbe humain; comment, en effet, supposer au commencement l'existence du verbe humain, alors que l'homme fut créé le dernier de tous les êtres? Ce Verbe qui était au commencement, n'est donc point le verbe humain, ce n'est point non plus le verbe des anges; car toute créature est postérieure à l'origine des siècles, et a reçu du Créateur le principe de son existence. Élevez-vous donc ici à la hauteur de l'Évangéliste, c'est le Fils unique qu'il appelle le Verbe.

Mais pourquoi est-il le Verbe? Parce que sa naissance est sans douleur, parce qu'il est l'image de celui qui l'a engendré, qu'il le reproduit tout entier en lui-même, sans aucune division, et en possédant comme lui toute perfection.

Notre verbe extérieur a quelque ressemblance avec le Verbe de Dieu. Notre verbe, en effet, reproduit la conception de notre esprit, car nous exprimons par la parole ce que notre intelligence a préalablement conçu. Notre coeur est comme une source, et la parole que nous prononçons est comme le ruisseau qui sort de cette source.

Le Saint-Esprit a prévu que des envieux et les détracteurs de la gloire du Fils unique chercheraient à détruire par leurs sophismes la foi des fidèles en disant: S'il a été engendré, on ne peut pas dire qu'il était, et avant d'être engendré, il n'était pas. C'est pour fermer par avance la bouche à ces blasphémateurs, que l'Esprit saint dit: «Au commencement était le Verbe».

Il s'exprime encore de la sorte contre ceux qui osaient blasphémer que le Verbe n'était pas. Où donc était le Verbe? Il n'était pas dans un lieu, car ce qui ne peut être circonscrit, ne peut être soumis aux lois de l'espace. Mais où était-il donc? Il était en Dieu. Or, ni le Père, ni le Fils, ne peuvent être contenus dans aucun espace.

C'est ainsi que l'Évangéliste réprime les calomnies et les blasphèmes de ceux qui osent demander: Qu'est-ce que le Verbe? Il répond: «Et le Verbe était Dieu».
Saint Hilaire de Poitiers
Tous les temps sont dépassés, tous les siècles sont franchis, toutes les années disparaissent; imaginez tel principe que vous voudrez, vous ne pouvez circonscrire celui-ci dans les limites du temps, il existait avant tout les temps.

Il est dans le Père sans aucun commencement, il n'est point soumis à la succession du temps, mais il a un principe de son existence.

Jetez donc un regard sur le monde, comprenez ce qui est écrit du monde: «Au commencement Dieu créa le ciel et la terre» (Gn 1,1). Ce qui est créé reçoit donc l'existence au commencement, et ce qui se trouve renfermé dans le principe qui lui donne l'existence se trouve également renfermé dans les limites du temps. Or, ce simple pécheur, sans lettres, sans science, s'affranchit des bornes du temps, remonte avant tous les siècles et s'élève au-dessus de tout commencement. Car ce qui était, c'est ce qui est, ce qui n'est circonscrit par aucune durée, et qui était au commencement ce qu'il est, bien plutôt qu'il n'était fait.

Vous me direz: Le Verbe, c'est le son de la voix l'énoncé des choses, l'expression des pensées. Le Verbe était dans le principe avec Dieu, parce que la parole, expression de la pensée, est éternelle, lorsque celui qui pense est éternel lui-même. Mais comment le Verbe était-il au commencement, lui qui n'est ni avant, ni après le temps; je ne sais même s'il peut exister dans le temps? Lorsque les hommes parlent, leur parole n'existe pas avant qu'ils ouvrent la bouche, et lorsqu'ils ont fini de parler, elle n'existe plus; au moment même où ils arrivent à la fin de leurs discours, le commencement a cessé d'exister; Mais si vous avez admis, tout ignorant que vous êtes, ces premières paroles: «Au commencement était le Verbe», pourquoi demander ce que signifient les suivantes: «Et le Verbe était avec Dieu». Est-ce que vous pouviez supposer qu'en Dieu le Verbe était l'expression d'une pensée cachée, ou bien Jean aurait-il ignoré la différence qui existe entre ces deux termes: Etre et assister ? Ce qui était au commencement vous est présenté comme étant, non pas dans un autre, mais avec un autre. Faites donc attention au nom et à la nature qu'il donne au Verbe: «Et le Verbe était Dieu». Il n'est plus question du son de la voix, de l'expression de la pensée; ce verbe est un être subsistant et non pas un son, c'est une substance, une nature et non une simple expression, ce n'est pas une chose vaine, c'est un Dieu.

L'Évangéliste lui donne le nom de Dieu sans aucune addition étrangère qui puisse être matière à difficulté. Il a bien été dit à Moïse: «Je t'ai établi le dieu de Pharaon» (Ex 7,1). Mais on voit immédiatement la raison de cette dénomination dans le mot qui l'accompagne: «de Pharaon», c'est-à-dire, que Moïse a été établi le dieu de Pharaon, pour s'en faire craindre et prier, pour le châtier et pour le guérir; mais il y a une grande différence entre ces deux choses: Etre établi le dieu de quelqu'un et être véritablement Dieu. Je me rappelle encore un autre endroit des Écritures où nous lisons: «J'ai dit: Vous êtes des dieux» (Ps 81,6). Mais il est facile de voir que ce nom n'est donné ici que par simple concession; et ces paroles: «J'ai dit», expriment bien plutôt une manière de parler que la réalité du nom qui est donné. Au contraire, lorsque j'entends ces paroles: «Et le Verbe était Dieu»; je comprends que ce n'est point une simple dénomination, mais une véritable démonstration de sa divinité.
Origène
Le verbe être a une double signification, tantôt il exprime les différentes successions de temps, lorsqu'il se conjugue avec d'autres verbes; tantôt il exprime la nature de la chose dont on parle sans aucune succession de temps, c'est pour cela qu'il est appelé verbe substantif.

Ce nom de principe ou de commencement a plusieurs significations. Il peut signifier le commencement d'un chemin ou d'une longueur quelconque, comme dans ces paroles: «Le commencement de la bonne voie est de faire la justice» (Pr 16,5). Il signifie encore le principe ou commencement de la génération, comme dans ces paroles du livre de Job: «Il est le commencement des créatures de Dieu» (Jb 40,14); et l'on peut, sans rien dire d'extraordinaire, affirmer que Dieu est le commencement ou le principe de toutes choses. Pour ceux qui regardent la matière comme éternelle et incréée, elle est le principe de tous les êtres qui ont été tirés de cette matière préexistante. Le mot principe a encore une signification plus particulière, comme lorsque saint Paul dit que le Christ est le principe de ceux qui ont été faits à l'image de Dieu (Col 1). Il y a encore le commencement ou le principe de la discipline et de la morale chrétienne, et c'est dans ce sens que le même Apôtre dit aux Hébreux: «Lorsqu'en raison du temps, vous devriez être maîtres, vous avez encore besoin qu'on vous enseigne les premiers commencements de la parole de Dieu» (He 5,12). Le mot principe a lui-même deux sens différents, il y a le principe considéré dans ses rapports avec nous. Ainsi le Christ est par nature le principe de la sagesse, en tant qu'il est la sagesse et le Verbe de Dieu; et il est pour nous ce même principe en tant que Verbe fait chair (Jn 1,14). Parmi toutes ces significations différentes du mot principe, nous pouvons choisir ici celle qui exprime le principe agissant; car le Christ créateur est comme le principe en tant qu'il est la sagesse, et le Verbe dans le principe, est la même chose que le Verbe dans la sagesse; car le Sauveur est la source d'une infinité de biens. De même donc que la vie était dans le Verbe, ainsi le Verbe était dans le principe, c'est-à-dire dans la sagesse. Considérez, si d'après cette signification, il est possible d'entendre le principe, dans ce sens que c'est suivant les règles de cette sagesse, et les idées exemplaires qu'elle renferme, que toutes choses ont été faites. Ou bien encore, comme le Père est le principe du Fils, le principe des créatures et de tous les êtres, il faut entendre ces paroles: «Dans le principe était le Verbe», dans ce sens que le Verbe qui était le Fils, était dans le principe, c'est-à-dire dans le Père.

Il est utile de faire remarquer que nous lisons dans l'Écriture, que le verbe ou la parole a été faite ou adressée à quelques-uns, par exemple à Osée, à Isaïe, à Jérémie; mais le Verbe n'est pas fait en Dieu comme une chose qui n'existe pas en lui. C'est donc d'un être qui est éternellement en lui, que l'Évangéliste dit: «Et le Verbe était avec Dieu», paroles qui prouvent que, même au commencement le Fils n'a jamais été séparé du Père.

Ajoutons que le Verbe ou la parole que Dieu adressait aux prophètes, les éclairait, de la lumière de la sagesse; au contraire, le Verbe qui est avec Dieu, reçoit de Dieu la nature divine, et voilà pourquoi saint Jean a fait précéder ces paroles: «Et le Verbe était Dieu»; de ces autres: «Et le Verbe était avec Dieu ou en Dieu».