Matthieu 9, 11

Voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? »

Voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? »
Louis-Claude Fillion
Voyant cela. Les Pharisiens, c’est-à-dire quelques-uns des Pharisiens : on nomme le parti tout entier bien qu’un certain nombre seulement de ses membres soient en cause, parce qu’un même esprit les unissait. De même en beaucoup d’autres passages. - Ils ont épié la conduite de Jésus et ont vu soit à l’entrée, soit à la sortie du festin, les convives auxquels leur adversaire n’a pas craint de s’associer : peut-être même grâce à la familiarité des mœurs orientales, ont-ils pris la liberté d’entrer dans la salle à manger vers la fin du repas. - Disaient à ses disciples. Ils ont bien garde de s’adresser directement à Jésus-Christ qu’ils redoutent ; ils préfèrent prendre leurs informations auprès de ses disciples, espérant les mettre plus facilement dans l’embarras et en même temps leur inspirer des sentiments de défiance contre leur Maître. - Pourquoi mange-t-il... ; ils appuient sur cette expression, car si, d’après leurs principes, il était déjà très mal de converser avec des publicains et des pécheurs, que sera-ce de manger avec eux ? Les Rabbins n’avaient-ils pas porté cette règle : « le disciple sage ne se met pas à table avec la société des peuples de la terre », Berach. f. 43, 2 ? À plus forte raison devait-il être interdit à un sage de s’asseoir à la même table qu’un pécheur public.
Saint Thomas d'Aquin
1116. CE QUE VOYANT, LES PHARISIENS, etc. On a dit comment le Seigneur invite les pécheurs à le suivre et [comment] il les a accueillis à un festin. Ici est présentée la controverse : premièrement, au sujet de [ses] fréquentations [9, 11 13] ; deuxièmement, au sujet du festin, en cet endroit : ALORS DES DISCIPLES DE JEAN S’APPROCHÈRENT DE LUI [9, 14].

1117. À propos du premier point, une question est d’abord posée [9, 11] ; en second lieu, une réponse [est donnée], en cet endroit : JÉSUS DIT, etc. [9, 12 13].

1118. [Matthieu] dit donc : CE QUE VOYANT, LES PHARISIENS DISAIENT À SES DISCIPLES. Il faut remarquer que ces pharisiens étaient malicieux. C’est pourquoi ils voulaient provoquer un schisme entre les disciples et Jésus. Ainsi, ils accusaient Jésus auprès des disciples, et les disciples auprès de Jésus. Cherchant donc à accuser Jésus auprès des disciples, ils disent : POURQUOI VOTRE MAÎTRE MANGE-T-IL AVEC LES PUBLICAINS ET LES PÉCHEURS ? Ceux-ci sont au nombre de ceux dont il est dit en Pr 6, 16 : Il y a six choses que déteste le Seigneur, et mon âme en déteste une septième, à savoir, celui qui sème la discorde entre des frères.

1120. Mais on se demande pourquoi Luc dit que cela a été dit des disciples. Augustin répond que «l’opinion est la même aux deux endroits, bien que les mots diffèrent, parce que les enseignements du maître faisaient entrer l’ensemble en ligne de compte». Luc rapporte donc les paroles, mais Matthieu [s’en tient] à l’opinion. Mais il semble que ceux-ci dénonçaient à juste titre, car il faut éviter la compagnie des pécheurs. Il faut remarquer que, parfois, il faut éviter la compagnie des pécheurs en raison de l’orgueil et du mépris, comme c’est le cas de ceux dont il est question en Is 65, 5 : Tu ne t’approcheras pas de moi, car tu es impur. D’autres doivent être évités pour le bien des pécheurs afin qu’ils aient honte et se convertissent ; c’est le cas dont Paul parle en 1 Co 6, 5: Je le dis pour votre honte : il n’y a pas de sage parmi vous. De même, quelqu’un peut éviter [le pécheur] par précaution pour lui-même, de crainte d’être perverti, Si 13, 1 : Qui touche à la poix s’englue ; et en Ps 17, 27 : Tu seras perverti par le pervers. En sens contraire, certains vivent avec les pécheurs pour se mettre à l’épreuve : la tentation est ainsi leur mise à l’épreuve, comme on le trouve en Si 27, 6 et 2 P 2, 8 : En voyant et en entendant, le juste demeurait au milieu d’eux ; et Ct 2, 2 : Comme un lis au milieu des épines, telle est mon amie parmi les filles. Et la Glose dit en cet endroit : «Celui-là n’était pas bon qui n’a pas pu tolérer les méchants.» De même, certains vivent au milieu des méchants pour les convertir, comme le dit Paul, 1 Co 9, 19 : Je me suis fait tout à tous pour les gagner tous. Mais il y a une différence, car il ne faut pas entretenir de rapports avec les pécheurs qui persévèrent [dans leurs péchés] et ne veulent pas s’en repentir ; mais, dans le cas de ceux dont on espère [qu’ils se repentiront], il faut faire une distinction chez celui qui demeure [parmi eux], car soit il est solide, soit il est faible : s’il est faible, il ne doit pas habiter avec eux ; s’il est solide, il est convenable qu’il habite avec eux afin de les convertir à Dieu. De même, Jésus était assurément un médecin ; c’est pourquoi, lorsqu’il était avec eux, il ne craignait pas le danger ; ainsi, etc.
La Glose
On appelle publicains ceux dont la vie se passe au milieu des embarras des affaires publiques, que l'on ne peut jamais ou presque jamais manier sans péché. Et ce fut là un magnifique présage, de voir celui qui devait être l'apôtre et le docteur des nations, dès le premier moment de sa conversion, attirer après lui dans les voies du salut la foule des pécheurs et former déjà par son exemple à la perfection ceux qu'il devait y conduire par sa parole. – S. Jér. Tertullien prétend que ces publicains étaient des païens, et il appuie son sentiment sur cette parole de l'Écriture : " Il n'y aura point d'impôt en Israël, " comme si saint Matthieu lui-même n'eût pas été juif. Ajoutons que le Seigneur ne mangeait pas avec les païens ; car il évitait avec le plus grand soin de paraître détruire la loi, lui qui avait dit à ses disciples : " N'allez pas dans la voie des nations. " Or ces publicains, voyant un des leurs se convertir du péché à la justice, et obtenir ainsi la grâce du repentir, ne désespèrent plus eux-mêmes de leur salut.
Saint Jean Chrysostome
Ils s'approchèrent donc de notre Rédempteur, et ils furent admis non-seulement à lui parler, mais encore à manger avec lui. – Ce n'était pas seulement en discutant avec ses ennemis, en guérissant leurs malades, ou en les reprenant de leur malice, mais en mangeant avec eux qu'il ramenait bien souvent ceux qui étaient mal disposés à son égard. Il nous apprenait ainsi que chacun des instants comme chacune des actions de notre vie peut être pour nous l'occasion d'immenses avantages. Or, les pharisiens à cette vue furent indignés, et c'est d'eux que l'Évangéliste ajoute : " Ce que voyant les pharisiens, ils dirent à ses disciples : Pourquoi votre Maître mange-t-il avec des publicains ? " etc. Il est à remarquer que lorsqu'ils croient surprendre les disciples en faute, ils s'adressent à Jésus-Christ. " Voyez, lui disent-ils, vos disciples font ce qu'il n'est pas permis de faire le jour du sabbat. " Ici c'est auprès des disciples qu'ils accusent le Maître. Toute cette conduite témoignait de leur malice et du désir qu'ils avaient de séparer du Maître le coeur de ses disciples.