Matthieu 8, 6
« Seigneur, mon serviteur est couché, à la maison, paralysé, et il souffre terriblement. »
« Seigneur, mon serviteur est couché, à la maison, paralysé, et il souffre terriblement. »
Il y a une paralysie imparfaite qui consiste dans la privation ou du mouvement seul, ou du sentiment seul. C’est ce qu’ont reconnu tous les médecins tant anciens que modernes. Ainsi le paralytique, dont il est ici question, a pu souffrir extrêmement, même dans les parties paralysées, puisqu’il suffisait que les nerfs moteurs furent seuls affectés, tandis que les nerfs sensitifs étaient entièrement libres et pouvaient, par là même, servir d’instruments à la douleur.
Mon serviteur : Cf. le v. 9 et S. Luc, 7, 2. C’était, selon S. Luc, un
excellent serviteur auquel le centurion tenait beaucoup. Cicéron s’excusait d’éprouver un profond chagrin
par suite de la mort d’un esclave fidèle, tant les maîtres avaient alors à cœur de manifester leur antipathie
pour ces être infortunés : la condescendance ouverte du centurion pour son serviteur dénote donc la bonté de
son caractère. - Est couché… atteint de paralysie. Le grec peut signifier « gît » ou « a été frappé » ; nous
disons de même dans ce second sens : Il a été frappé de paralysie. « Est couché » indique l’impuissance
totale du malade. Le médecin Celsus, contemporain de Notre-Seigneur Jésus-Christ, fait dans ses œuvres, 3,
27, la réflexion suivante sur l’emploi de l’expression paralysie au temps où il vivait : « La cessation de
l’activité des nerfs est une maladie fort répandue. Quelquefois elle attaque tout le corps, souvent aussi elle
n’en atteint qu’une partie. Les anciens écrivains nommaient le premier cas apoplexie, et le second paralysie ;
mais je m’aperçois qu’aujourd’hui on emploie dans les deux cas le nom de paralysie. Ordinairement, ceux
qui souffrent d’une paralysie universelle sont emportés d’une manière rapide ; sinon, ils peuvent bien vivre
quelque temps encore, mais ils recouvrent rarement la santé et traînent presque toujours une existence
misérable. Pour ceux qui ne sont que partiellement atteints, leur mal n’est jamais bien violent, il est vrai,
mais il est souvent très long et incurable ». Les mots ils souffre extrêmement ajoutés par S. Matthieu et
l’observation de S. Luc : « il était mourant », semblent indiquer, d’après cela, que le serviteur du centurion
avait été récemment frappé d’apoplexie.
1043. Et ce [centurion] dit : SEIGNEUR, MON ENFANT, c’est-à-dire mon serviteur. Et par cela est montrée la bonté du centurion, car il prie pour un serviteur ; il accomplit donc ce qui est dit en Si 33, 31 : Si tu possèdes un serviteur fidèle, il sera comme ton âme. Et ce serviteur signifie la partie inférieure de l’âme. [Le centurion] dit donc qu’il gît et souffre atrocement, et il parle par affection, car lorsque quelqu’un en aime un autre, il pense qu’une maladie bénigne est très grave. La partie inférieure de l’âme gît donc lorsqu’elle ne peut se lever, Ga 5, 17 : La chair désire à l’encontre de l’esprit, et souffre. Les hommes lascifs se réjouissent : En effet, ils se réjouissent lorsqu’ils ont fait le mal et ils exultent des choses les plus mauvaises, [Pr 2, 14]. Mais ceux-ci souffrent atrocement parce que, péchant par faiblesse, lorsqu’ils tombent, ils sont affligés. Et ainsi, ils souffrent atrocement d’une douleur.
Il fut le premier fruit de la foi chez les Gentils, et en comparaison de sa foi, celle des Juifs ne fut qu'incrédulité. Il n'avait pas entendu les enseignements du Sauveur, il n'avait pas été témoin de la guérison du lépreux, mais à peine l'eut-il apprise que sa foi alla bien au delà de ce qu'on lui racontait. Il était en cela la figure de ces nations qui devaient croire dans la suite sans avoir lu ni la loi ni les prophéties qui annonçaient le Christ, et sans l'avoir vu lui-même opérer des prodiges. Il s'approche donc de lui et lui fait cette prière : « Seigneur, mon serviteur est couché et malade de paralysie dans ma maison, et il souffre extrêmement. » Voyez la bonté du centurion qui se hâte plein de sollicitude pour la santé de son serviteur. Ce n'est pas un intérêt d'argent, c'est sa vie même que la mort de son serviteur semble devoir compromettre. Il ne fait aucune différence entre le maître et le serviteur ; car quoiqu'ils n'aient ni la même dignité, ni le même rang dans le monde, ils ont une même nature. Mais voyez aussi la foi de ce centurion, qui ne dit pas : « Venez et sauvez-le, » car tout en étant pour lors dans cet endroit, le Seigneur était présent en tout lieu ; admirez en même temps sa sagesse, car il ne lui dit pas : « Sauvez-le sans quitter d'ici. » Il savait en effet que sa puissance peut tout, que sa sagesse comprend tout, et que sa miséricorde est toujours prête à nous exaucer. Il se contente donc de lui exposer l'infirmité de son serviteur en lui disant : « Et il souffre extrêmement, » et il laisse le choix du remède à sa puissance miséricordieuse. On voit par là qu'il aimait son serviteur, car on s'imagine toujours que celui qu'on aime, quelque légère que soit son indisposition, est plus mal qu'il ne l'est en réalité.