Matthieu 8, 26

Mais il leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? » Alors, Jésus, debout, menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme.

Mais il leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? » Alors, Jésus, debout, menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme.
Louis-Claude Fillion
Hommes de peu de foi : Cf. 6, 30. Comme s’ils pouvaient périr, Jésus étant avec eux ! - Alors. Suivant S. Marc et S. Luc, Jésus ne blâme au contraire les disciples qu’après avoir apaisé l’orage. - Il commanda ; le verbe du texte grec peut se traduire aussi par « apostropha », car il indique souvent un ordre auquel s’ajoutent des menaces pour le fortifier. Ces ordres et ces menaces adressés à des créatures inanimées supposent quelque chose de plus qu’une simple personnification oratoire de la mer du vent. La nature, troublée par le péché, souvent livrée au pouvoir des esprits rebelles qui l’emploient de mille manières pour nous nuire, est devenue hostile à l’humanité déchue ; Jésus lui commande comme à une puissance ennemie. Comparez à ce passage le v. 9 du Psaume 105 où il est dit que Jéhova « menace la mer Rouge », pour qu’elle ouvrît un chemin à son peuple. - Et il se fit un grand calme, tout à coup, sans transition ; circonstance qui relève la grandeur du prodige : car, après une tempête, la mer demeure longtemps agitée et ne reprend que peu à peu son calme accoutumé, tandis qu’ici le lac devint subitement lisse comme un miroir.
Saint Thomas d'Aquin
1077. Vient ensuite la manière dont [Jésus les] secourt : POURQUOI AVEZ-VOUS PEUR, HOMMES DE PEU DE FOI ? Il semble qu’ils n’aient pas été de peu de foi, puisqu’ils disaient : SAUVE-NOUS. Mais ils étaient vraiment de peu de foi, parce qu’ils ne croyaient pas que, même endormi, [le Seigneur] pouvait [les] sauver. Ou bien : PEU DE FOI, parce que, s’ils avaient eu une grande foi, ils auraient pu eux-mêmes commander à la mer.

1078. ALORS IL SE LEVA ET COMMANDA AUX VENTS. En effet, la tempête naît des vents comme d’une cause efficiente, et des eaux comme d’une cause matérielle, et il commanda aux deux. Ainsi, Ps 106[107], 25 : Il parla, et le souffle de la tempête s’apaisa. Et c’est cela qui est dit : ET IL SE FIT UN GRAND CALME. Mais d’habitude, lorsqu’il y a une tempête, la mer n’est pas totalement calme pendant deux jours. Ainsi, pour qu’apparaisse un miracle parfait, il se fit aussitôt un grand calme, car les œuvres de Dieu sont parfaites, Dt 32, 4.
La Glose
Saint Jean Chrysostome traduit ainsi : « Quel est cet homme ? » En effet, à ne considérer que son sommeil et son extérieur, c'était un homme ; mais la mer et le calme qu'il y ramena montraient qu'il était Dieu.
Rabanus Maurus
Ou bien encore la mer, ce sont les flots agités du monde, la barque dans laquelle monte Jésus-Christ ; c'est l'arbre de la croix à l'aide duquel les fidèles traversent cette mer du monde et parviennent à la céleste patrie comme à un port assuré. Jésus-Christ monte dans cette barque avec ses disciples, et c'est pour cela qu'il dit plus bas : « Que celui qui veut venir après moi, se renonce lui-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive. » Lorsque le Christ fut attaché à la croix, il se fit une grande agitation, parce que l'âme de ses disciples fut troublée par le spectacle de la passion. La barque fut couverte par les flots, car la violence de la persécution se déchaîna autour de la croix sur laquelle Jésus-Christ succomba. C'est pour cela qu'il est dit : « Et lui cependant dormait. » Son sommeil était la mort. Les disciples éveillent leur Maître, alors que, bouleversés par sa mort, ils font les voeux les plus ardents pour sa résurrection, et lui disent : « Sauvez-nous en ressuscitant, car nous périssons dans le trouble où nous a jetés votre mort. Lorsqu'il ressuscite, il leur reproche la dureté de leur coeur, comme nous le voyons ailleurs. Le Seigneur a commandé aux vents, lorsqu'il a écrasé l'orgueil du démon ; il a commandé à la mer, en dissipant la fureur insensée des Juifs ; et il s'est fait un grand calme, car la frayeur des disciples s'apaisa lorsqu'ils furent témoins de la résurrection de leur Maître.
Saint Jean Chrysostome
Dira-t-on que réveiller Jésus ne fut pas chez eux un signe de peu de foi ? Au moins est-ce une preuve qu'ils n'avaient pas de lui une opinion convenable, car ils pensaient qu'il pourrait apaiser la mer étant éveillé, mais que cela lui serait impossible pendant son sommeil. Aussi est-ce pour cela qu'il n'opère pas ce miracle en présence de la foule, pour n'avoir pas à leur reprocher devant elle leur peu de foi ; il les prend seuls avec lui pour leur faire ce reproche et il apaise ensuite les flots soulevés. « Et se levant en même temps, il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme.
Origène
Et vous les vrais disciples de Jésus-Christ, vous avez le Seigneur au milieu de vous, et vous craignez le danger ? La vie est avec vous, et la crainte de la mort vous préoccupe ? Peut-être vont-ils répondre : Nous sommes encore faibles, pusillanimes ; c'est pour cela que la crainte s'empare de nous. Aussi Jésus leur dit : « Pourquoi craignez-vous, hommes de peu de foi ? » C'est-à-dire : vous avez été témoins de ma puissance sur la terre, pourquoi doutez-vous que cette puissance s'étende aussi à la mer ? Et quand la mort elle-même viendrait fondre sur vous, ne devriez-vous pas la supporter avec courage ? Celui qui croit faiblement sera repris, celui qui ne croit pas du tout sera condamné.

Il commanda donc aux vents et à la mer, et à cette grande agitation succéda un grand calme. Il est digne de celui qui est grand de faire de grandes choses, et c'est pour cela qu'après avoir troublé magnifiquement les profondeurs de la mer, il commande qu'un grand calme se fasse, afin que la joie de ses disciples égale la crainte qui les a troublés.

Approchons-nous donc de lui avec empressement, en lui disant avec le Prophète : « Levez-vous ; pourquoi dormez-vous, Seigneur ? » (Ps 43). Et il commandera lui-même aux vents, c'est-à-dire aux démons qui soulèvent les flots, aux princes de ce monde qui suscitent les persécutions contre les saints, et le Christ fera régner un grand calme autour du corps et de l'esprit, en rendant la paix à l'Église et la tranquillité au monde.