Matthieu 4, 7

Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Louis-Claude Fillion
Il est écrit. La citation du Sauveur ne réfute pas celle de Satan, elle l’explique : la parole poétique des Psaumes est éclaircie au moyen d’une parole légale et plus précise, extraite du Deutéronome, 6, 16. « L'Écriture doit être interprétée par l'Écriture et coordonnée avec elle », Bengel. Les Hébreux, manquant d’eau à Raphidim, Cf. Ex. 17, 2, s’étaient permis des murmures injurieux contre le Seigneur, tentant de la sorte, ainsi que le leur reprocha Moïse, sa divine Majesté ; ce qui était une grave offense. En effet, tenter Dieu c’est le provoquer, le mettre arrogamment à l’épreuve, le forcer d’abandonner, sur le moindre de nos caprices, les sages desseins qu’il a tracés d’avance, et d’accomplir à notre intention les prodiges les plus singuliers ; Cf. Ps. 77, 18, 19. Jésus aurait donc vraiment tenté Dieu à la suite des Juifs si, obéissant à la suggestion du démon, il s’était précipité sans raison du haut du temple, uniquement pour demander un déploiement inutile de secours céleste. Par conséquent, la parole de vérité, que le tentateur avait voulu transformer en mensonge, brille de nouveau dans tout son jour, et si la première réponse du Sauveur a déjà clairement déterminé les limites qui existent entre le Souverain Maître et sa créature, la seconde les fixe plus nettement encore, non sans infliger à Satan une humiliante leçon. Peut-être même Jésus a-t-il modifié à dessein le texte biblique pour le faire retomber plus rudement sur son adversaire ; toujours est-il que Moïse avait dit : « Vous ne tenterez point » au lieu de « Tu ne tenteras pas ». - On sait que S. Luc a interverti en cet endroit l’ordre des tentations subies par Notre-Seigneur Jésus-Christ et qu’il a placé au troisième rang celle qui occupe le second d’après S. Matthieu et « vice-versa ». Mais on accorde généralement la préférence au plan suivi par le premier évangéliste, parce qu’il présente une gradation plus logique et plus naturelle. La seconde tentation venant après la troisième serait tout à fait insignifiante : celle-ci doit de toute nécessité occuper le dernier rang ; et puis, comment le démon eût-il osé revenir à la charge après avoir été formellement chassé par le Christ, Cf. v. 10 ? Concluons donc avec Bengel, Gnomon in h.l. : «Matthieu décrit les assauts du démon dans l’ordre du temps où ils ont été faits. Luc observe une gradation dans les lieux, et il décrit le désert, la montagne et le temple. »
Saint Thomas d'Aquin
422. LE SEIGNEUR LUI DIT. Il ne se défend pas par la violence mais par la sagesse, Sg 7, 30 : La méchanceté ne vainc pas la sagesse. Et c’est pourquoi à l’autorité il oppose une autorité qui explique celle qui a été énoncée auparavant, comme s’il disait : «Tu me dis de me jeter pour voir si Dieu me tire de là, mais cela est prohibé dans l’Écriture.» Ainsi, Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu, Dt 6, 16. Autre explication : «Tu tentes, et en tentant tu agis contre l’autorité ; celui qui agit contre l’autorité ne doit pas utiliser l’autorité de la Sainte Écriture. Et l’Écriture dit : TU NE TENTERAS PAS, etc. Mais tu tentes le Seigneur ton Dieu, que je suis.» Jn 13, 13 : Vous m’appelez maître et Seigneur et vous dites bien car je le suis etc.

423. Cependant la première [explication] est plus conforme à la lettre.

424. Ensuite est abordée la troisième tentation, celle de l’ambition ou de l’avidité, d’où : ALORS IL L’EMPORTA. [Premièrement], est abordée l’attaque de tentation, et deuxièmement, la résistance du Christ : ALORS JÉSUS LUI DIT : «VA-T-EN, SATAN.» Le diable tente doublement, en fait et en parole, d’où : «JE TE DONNERAI TOUT CELA, etc.»

425. Dans le fait, deux choses sont à considérer : d’abord, il l’emporta sur une montagne ; deuxièmement, il [lui] montra tous les royaumes du monde.
La Glose
Le démon conduit toujours sur les lieux élevés, il nous fait monter sur les sommets de l'orgueil, afin de nous précipiter de ces hauteurs. Voilà pourquoi il est dit : " Et il le plaça sur le haut du temple. "

Remarquons que toutes ces circonstances ont dû se passer d'une manière visible, car il y a ici échange de paroles ; il est donc vraisemblable que le démon s'était rendu sensible sous une forme humaine.

Il le plaça sur le pinacle pour le tenter de vaine gloire, parce qu'il avait fait tomber dans ce piège de la vaine gloire beaucoup de ceux qui étaient assis dans la chaire des docteurs. Il crut pouvoir séduire de la même manière Jésus dès qu'il serait placé dans la chaire de l'enseignement ; il lui dit donc : " Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas. "
Rabanus Maurus
Ou bien encore, tout en le regardant comme un homme, il lui conseillait d'essayer par quelque prodige sa puissance auprès de Dieu.

Jérusalem était appelée la cité sainte, à cause du temple, du Saint des saints, et parce qu'on y adorait un seul Dieu selon la loi de Moïse.

Remarquons que notre Sauveur, qui avait permis au démon de le porter sur le pinacle du temple, refusa d'obéir au commandement qu'il lui faisait d'en descendre. Il nous apprenait ainsi par son exemple à obéir à celui qui nous commande de monter la voie étroite de la vérité, mais à ne point écouter celui qui voudrait nous faire descendre des hauteurs de la vérité et des vertus pour nous précipiter dans l'abîme de l'erreur et des vices.
Saint Rémi
On voit par là que les fidèles peuvent être tentés jusque dans les lieux consacrés à Dieu.

Le pinacle était le lieu où s'asseyaient les docteurs. Or le temple n'avait pas de toit élevé en pente comme nos maisons, mais il était plat et surmonté d'une terrasse, comme le sont en général les habitations de la Palestine. Le temple avait trois étages, et à chaque étage un pinacle ; il y en avait même un sur le pavé. Que ce soit sur le pinacle du pavé ou sur celui d'un des étages que le démon ait placé Jésus, peu importe : ce qu'il y a de certain c'est qu'il l'a placé sur une élévation d'où l'on pouvait se précipiter.
Saint Augustin
La saine doctrine veut qu'un homme qui a d'autres moyens d'action ne tente pas le Seigneur son Dieu.
Saint Jérôme
Il est à remarquer que le Sauveur ne tire les témoignages dont il a besoin que du Deutéronome, pour faire ressortir la signification mystérieuse de cette loi promulguée une seconde fois par Moïse.

Ce transport de Jésus par le démon n'est pas le résultat de la faiblesse du Seigneur, mais de l'orgueil de son ennemi, qui prenait une action toute volontaire du Sauveur pour un effet de la nécessité.

Nous lisons ce passage dans le psaume quatre-vingt dixième, mais il n'y est pas question du Christ, c'est une prophétie qui a rapport à l'homme juste : l'interprétation du démon est donc vicieuse.
Saint Jean Chrysostome
D'après la réponse que venait de faire Jésus-Christ, le démon n'avait pu savoir au juste si le Christ était vraiment Dieu ou homme ; il le met donc en face d'une autre tentation en se disant à lui-même : Celui-ci dont la faim n'a pu triompher, s'il n'est pas le Fils de Dieu, est au moins un saint. Les saints en effet peuvent se rendre supérieurs à la faim ; mais après avoir triomphé des nécessités du corps, ils succombent à la tentation de la vaine gloire. C'est pourquoi le démon voulut soumettre le Sauveur à cette tentation : " Alors, dit l'Évangéliste, le démon le transporta dans la ville sainte. "

Vous demanderez peut-être comment le démon a pu placer corporellement le Sauveur sur le haut du temple, aux yeux de tous. On peut répondre que le démon le transportait d'une manière visible, et que lui-même, à l'insu du démon, se rendait invisible à tous les regards.

Il ne dit pas : " Vous ne me tenterez pas, moi qui suis votre Dieu, mais " vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu, " ce que pouvait dire tout homme tenté du démon, car qui tente l'homme de Dieu tente Dieu lui-même. 
Saint Hilaire de Poitiers
En réprimant ainsi tous les efforts du démon, il atteste qu'il est le Dieu souverain maître de toutes choses.