Matthieu 27, 50
Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
Jésus… rendit l’esprit. C’était le vendredi 14 nisan, à trois heures de l’après-midi, c’est-à-dire, selon les calculs les plus probables, le vendredi 7 avril de l’an 30 de notre ère.
Un
premier cri avait été mentionné plus haut, v. 46. Quelles paroles s'échappèrent alors des lèvres du Sauveur en
même temps que son dernier soupir ? S. Matthieu ne le dit pas ; mais nous l'apprenons dans la narration de S.
Luc, 23, 46 : « Jésus s'écria d'une voix forte: Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces
paroles, il expira. » - Un grand cri. Les trois synoptiques ont pris soin de noter ce trait extraordinaire qui
prouve, comme le disaient déjà les Pères, que Notre-Seigneur mourut librement, de son plein gré. - Il rendit
l'esprit. Ici, il faut aimer, adorer et se taire.
2875. OR JÉSUS, POUSSANT DE NOUVEAU UN GRAND CRI, RENDIT L’ESPRIT. Il s’agit ici de ce qui est arrivé après la mort [du Christ]. Premièrement, la mort du Christ est présentée ; deuxièmement, ce qui est arrivé ; troisièmement, l’effet. Le second point [se trouve] en cet endroit : VOILÀ QUE LE VOILE DU TEMPLE SE DÉCHIRA [27, 51] ; le troisième, en cet endroit : MAIS LE CENTURION, etc. [27, 54].
À propos du premier point, la mort est abordée et le mode de la mort
2876. La cause de la mort est triple. Une cause avait pour but de montrer à quel point il nous aimait. Augustin [écrit] : «Il n’y a pas de plus grande raison d’aimer que d’être précédé dans l’amour.» Rm 5, 8 : La preuve de la charité de Dieu pour nous, c’est que, alors que nous étions pécheurs, le Christ est mort pour nous. De même, c’était pour nous enseigner à mépriser la mort. Par la mort, il a détruit tous les péchés. C’était aussi pour enlever la peine du péché d’Adam, c’est-à-dire pour nous libérer du péché d’Adam. En effet, il avait été dit [à Adam], Gn 2, 17 : Dès que vous en aurez mangé, vous mourrez. [Le Christ] nous a libérés de cette mort. C’était aussi parce que le Diable, qui est fauteur de mort, s’était jeté sur lui, qui ne le méritait pas. [Le Christ] lui enleva ainsi [son] pouvoir sur les autres. Il livra donc son âme à la mort pour nous libérer.
2877. La condition de la mort est aussi indiquée : POUSSANT UN GRAND CRI, IL RENDIT L’ESPRIT. Certains ont dit que la divinité était morte, mais cela est faux, car la vie ne peut pas mourir. Or, Dieu est non seulement vivant, mais il est la vie. Certains ont dit que l’âme [du Christ] est morte avec le corps, ce qui est impossible, car elle ne pourrait alors posséder l’immortalité. Il faut aussi remarquer que tous meurent par nécessité, mais que le Christ [est mort] de sa propre volonté. [Matthieu] ne dit donc pas qu’il est mort, mais qu’IL RENDIT [SON ESPRIT], car [il le fit] de sa propre volonté. Et cela indique [sa] puissance, comme on le dit ailleurs, Jn 10, 18 : J’ai le pouvoir de déposer mon âme, et j’ai aussi le pouvoir de la reprendre. Et il voulut mourir dans un grand cri pour indiquer qu’il mourait volontairement, et non par nécessité. Il a donc déposé son âme lorsqu’il l’a voulu et l’a reprise lorsqu’il l’a voulu. Il a donc été plus facile pour le Christ de déposer son âme et de la reprendre que pour un autre de s’endormir et de se réveiller. Mais pourquoi [cette mort] leur a-t-elle été imputée ? Parce qu’ils ont fait ce qui était en leur pouvoir.
À propos du premier point, la mort est abordée et le mode de la mort
2876. La cause de la mort est triple. Une cause avait pour but de montrer à quel point il nous aimait. Augustin [écrit] : «Il n’y a pas de plus grande raison d’aimer que d’être précédé dans l’amour.» Rm 5, 8 : La preuve de la charité de Dieu pour nous, c’est que, alors que nous étions pécheurs, le Christ est mort pour nous. De même, c’était pour nous enseigner à mépriser la mort. Par la mort, il a détruit tous les péchés. C’était aussi pour enlever la peine du péché d’Adam, c’est-à-dire pour nous libérer du péché d’Adam. En effet, il avait été dit [à Adam], Gn 2, 17 : Dès que vous en aurez mangé, vous mourrez. [Le Christ] nous a libérés de cette mort. C’était aussi parce que le Diable, qui est fauteur de mort, s’était jeté sur lui, qui ne le méritait pas. [Le Christ] lui enleva ainsi [son] pouvoir sur les autres. Il livra donc son âme à la mort pour nous libérer.
2877. La condition de la mort est aussi indiquée : POUSSANT UN GRAND CRI, IL RENDIT L’ESPRIT. Certains ont dit que la divinité était morte, mais cela est faux, car la vie ne peut pas mourir. Or, Dieu est non seulement vivant, mais il est la vie. Certains ont dit que l’âme [du Christ] est morte avec le corps, ce qui est impossible, car elle ne pourrait alors posséder l’immortalité. Il faut aussi remarquer que tous meurent par nécessité, mais que le Christ [est mort] de sa propre volonté. [Matthieu] ne dit donc pas qu’il est mort, mais qu’IL RENDIT [SON ESPRIT], car [il le fit] de sa propre volonté. Et cela indique [sa] puissance, comme on le dit ailleurs, Jn 10, 18 : J’ai le pouvoir de déposer mon âme, et j’ai aussi le pouvoir de la reprendre. Et il voulut mourir dans un grand cri pour indiquer qu’il mourait volontairement, et non par nécessité. Il a donc déposé son âme lorsqu’il l’a voulu et l’a reprise lorsqu’il l’a voulu. Il a donc été plus facile pour le Christ de déposer son âme et de la reprendre que pour un autre de s’endormir et de se réveiller. Mais pourquoi [cette mort] leur a-t-elle été imputée ? Parce qu’ils ont fait ce qui était en leur pouvoir.
La GloseOn dit que Dieu a délaissé son Fils au moment de sa mort, parce qu'il l'a exposé au pouvoir de ses persécuteurs, il lui a retiré sa protection, mais n'a point brisé les liens qui l'unissaient à lui.
Ou bien le Sauveur jette ce cri, parce qu'il s'était comme revêtu de nos senti ments, et que lorsque nous sommes dans le danger, nous nous croyons abandonnés de Dieu. En effet, Dieu avait abandonné la nature humaine par suite du péché, mais comme le Fils de Dieu est devenu notre avocat, il pleure la misère de ceux dont il a pris sur lui les fautes, et il nous apprend par là combien les pécheurs doivent verser de larmes, en voyant ainsi pleurer celui qui n'a jamais commis le péché.
Les soldats ne comprenaient pas le sens des paroles du Sauveur, aussi ils attendaient, mais bien inutilement, l'arrivée d'Elie. Quant à Notre-Seigneur, il était uni d'une manière indis soluble avec le Dieu qu'il invoquait en langue hébraïque.
Quoique Jésus-Christ soit mort comme homme, et que son âme sainte ait été séparée de son corps exempt de toute souillure, cependant la divinité est restée inséparablement unie à l'une et à l'autre, c'est-à-dire à l'âme et au corps, et l'unité de personne n'a souffert aucune division. Le corps et l'âme ont eu, dès le commencement, leur existence dans la personne du Verbe, et l'ont conservée jusque dans la mort; car ni le corps ni l'âme n'ont eu d'autre personnalité que celle du Verbe.
Nous vîmes tout d'un coup et sans y être préparés, la lune s'interposer entre le soleil et la terre (car ce n'était pas le temps de la rencontre naturelle de ces deux astres), nous la vîmes de nouveau depuis la neuvième heure jusqu'au soir, couvrir contrairement aux lois de la nature le diamètre du soleil. Nous vîmes cette éclipse commencer à l'Orient, s'avancer vers le couchant, et puis revenir pour ainsi dire sur ses pas. Nous fûmes encore témoins de ce fait extraordinaire, que ce ne fut pas du même côté du soleil que la lune s'avança sur cet astre, et se retira ensuite, mais dans un sens diamétralement opposé.
Ainsi celui qui alimente les fontaines est abreuvé de vinaigre; celui qui nous donne le miel est nourri de fiel; la miséricorde est flagellée; celui qui accorde le pardon est condamné; la majesté est insultée; la vertu tournée en dérision, et celui qui répand les pluies fécondantes est couvert de crachats.
Saint Luc nous apprend quel fut l'objet de ce grand cri: «Et Jésus s'écria d'une voix forte: Mon Père, je remets mon âme entre vos mains».
Après que Jésus-Christ eut épuisé toutes les peines, la mort s'arrête, car elle sent qu'il n'y a rien en lui qui lui appartienne. La nouveauté est suspecte à la vétusté; c'est le premier, c'est le seul homme qu'elle voit sans péché, pur de tout crime, et n'étant soumis en aucune manière à ses lois. Mais la mort ne laisse pas de s'associer à la fureur des Juifs, et elle se jette en désespé rée sur l'auteur de la vie: «Or, Jésus, jetant encore un grand cri, rendit l'esprit».Qu'y a-t-il donc qui puisse nous déplaire, en ce que Jésus-Christ ait quitté le sein de son Père, pour venir nous délivrer de notre servitude et nous faire partager sa liberté; qu'il se soit soumis à notre mort pour nous en affranchir par sa propre mort, alors qu'en nous inspirant le mépris de la mort, il nous a placés, simples mortels, au rang des dieux, et malgré notre origine terrestre, nous a égalés aux esprits célestes? Car autant sa puissance divine brille dans le spectacle de ses oeuvres, autant il nous donne une preuve éclatante de son immense charité, en consentant à souffrir pour ses sujets, et à mourir pour ses serviteurs. Telle fut la première raison de la pas sion du Seigneur, il voulut faire connaître combien Dieu aimait l'homme, lui qui veut être bien plus aimé que craint des hommes. La seconde cause, ce fut de détruire avec plus de justice la juste sentence de mort qu'il avait portée contre l'homme. Le premier homme avait au jugement de Dieu, encouru la mort par son péché, et l'avait transmise à ses descendants; le second ( 1Co 15,47 ) vint du ciel, pur de tout péché, pour condamner la mort qui, n'ayant reçu de droits que sur les coupables, avait osé s'attaquer à la source même de toute sainteté. Il n'est point surprenant qu'il ait quitté pour nous ce qu'il a reçu de nous, c'est-à-dire son âme, lui qui a fait tant pour nous, et qui nous a comblés de tant de bienfaits.
Que les fidèles se gardent bien de penser que Jésus-Christ ait pu ressentir la mort, de ma nière qu'en ce qui le concerne, la vie ait perdu la vie; car s'il en était ainsi, comment, pendant ces trois jours, pourrions-nous dire que tout ce qui respire ait conservé la vie, si la source même de la vie avait été desséchée? La divinité du Christ n'a donc ressenti la mort que par son union à notre humanité, ou par la communion aux faiblesses de notre nature qu'il avait prises volontairement; mais il n'a point perdu la puissance de sa nature, qui donne la vie à tout ce qui existe. Lorsque nous mourons nous-mêmes, notre corps, privé de la vie, n'en dépouille pas notre âme; l'âme, en se retirant, ne perd point sa vertu, elle ne fait qu'abandonner le corps qu'elle vivifiait, et c'est elle-même qui est la cause de la mort du corps, loin d'en être la vic time. Quant à l'âme du Sauveur, nous dirons que ce n'est ni à cause de la divinité dont elle était le temple, ni par suite de sa pureté extraordinaire, mais d'après les lois ordinaires de la mort, qu'elle a pu abandonner son corps pendant ces trois jours, sans être elle-même exposée aux coups de la mort. Car je crois que le Fils de Dieu est mort, non pour subir la peine due au péché, peine qu'il ne put encourir en aucune façon, mais par une suite de la sentence portée contre tous les hommes, et à laquelle il s'est soumis pour la rédemption du genre humain.
Ce n'est pas tous, mais quelques-uns, sans doute les soldats romains qui ne compre naient pas l'hébreu, et qui pensaient qu'il appelait Elie, parce qu'il s'était écrié: Eh ! Eh ! Si l'on attribue cette réflexion aux Juifs, il faudra dire que suivant leur habitude, i ls accusent le Seigneur de faiblesse, parce qu'il demande le secours d'Elie.
C'est pour Jésus-Christ un acte de puissance toute divine que de rendre l'esprit, comme lui-même l'avait prédit: «Personne ne peut m'ôter la vie; mais c'est de moi-même que je la quitte, et j'ai le pouvoir de la reprendre». L'esprit, dans ce passage, doit être pris pour l'âme, soit parce qu'il donne la vie au corps et le rend pour ainsi dire spirituel, soit parce que l'esprit est l'essence de l'âme, selon ces paroles: «Vous leur ôterez l'esprit, et ils tomberont dans la défaillance» ( Ps 104,29 ).
Les ténèbres durèrent trois heures, tandis qu'une éclipse de soleil ne dure qu'un instant, et n'a point de temps d'arrêt, comme le savent les astronomes.
Or, Jésus cite ces paroles du p rophète, pour rendre hommage jus qu'au dernier moment, à l'Ancien Testament, et pour faire voir qu'il honore son Père, et ne lui est pas opposé, et il prononce ces paroles en hébreu, pour être compris des Juifs qui l'entendent.
Ou bien, il expire en jetant un grand cri par la douleur qu'il éprouve de ne pouvoir effacer les pé chés de tous les hommes ( Is 53,6 1P 2,24 ).
Il en est qui argumentent de ce texte pour attaquer la vérité de l'Évangile; car depuis le commencem ent du monde, les éclipses de soleil ont toujours eu lieu dans les temps prévus et marqués. Or, ces phénomènes qui arrivent périodiquement à des époques prévues d'avance, n'ont jamais lieu que lorsque le soleil se rencontre avec la lune, et que la lune, s'interposant entre le soleil et la terre, empêche ses rayons de parvenir jusqu'à nous. Or, à l'époque de l'année où la passion de Jésus-Christ eut lieu, il est évident qu'il ne pouvait y avoir de conjonction du soleil et de la lune, puisqu'on était au temps de Pâque, qui se célèbre à l'époque de la pleine lune. Des chré tiens, pour résoudre cette difficulté, ont avancé que cet obscurcissement du soleil avait été un miracle, comme tant d'autres faits qui se produisirent alors en dehors des lois ordinaires de la nature.
Examinons pourquoi Jésus-Christ a été abandonné de Dieu. Quelques-uns, dans l'impossibilité d'expliquer comment le Christ peut être délaissé de Dieu, disent que c'est par humilité qu'il s'est ainsi exprimé; mais vous pourrez comprendre facilement le sens de ces paroles, en comparant la gloire dont le Fils de Dieu jouit dans le sein de son Père avec la honte et l'ignominie qu'il méprise en souffrant la mort de la croix.