Matthieu 27, 48

Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire.

Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire.
Catéchisme de l'Église catholique
Les Évangiles sont écrits par des hommes qui ont été parmi les premiers à avoir la foi (cf. Mc 1, 1 ; Jn 21, 24) et qui veulent la faire partager à d’autres. Ayant connu dans la foi qui est Jésus, ils ont pu voir et faire voir les traces de son mystère dans toute sa vie terrestre. Des langes de sa nativité (cf. Lc 2, 7) jusqu’au vinaigre de sa passion (cf. Mt 27, 48) et au suaire de sa Résurrection (cf. Jn 20, 7), tout dans la vie de Jésus est signe de son mystère. A travers ses gestes, ses miracles, ses paroles, il a été révélé qu’" en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité " (Col 2, 9). Son humanité apparaît ainsi comme le " sacrement ", c’est-à-dire le signe et l’instrument de sa divinité et du salut qu’il apporte : ce qu’il y avait de visible dans sa vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa filiation divine et de sa mission rédemptrice.
Louis-Claude Fillion
Jésus s'était écrié presque en même temps : J'ai soif. Cf. Joan, 19, 28 et ss. L'un des assistants, saisi de pitié, prend aussitôt les moyens de calmer cette soif brûlante qui était un des plus grands tourments des crucifiés ; cf. Bisping, p. 563, note ; Smith, Diction. of the Bible, s.v. Crucifixion. - Prit une éponge. Il y avait là une éponge dont les bourreaux s'étaient probablement servis pour essuyer le sang qui les couvrait : piquée à l'extrémité d'un bâton, elle pouvait servir du moins à humecter les lèvres du patient. C'était le meilleur moyen de le désaltérer un peu dans les circonstances où il se trouvait. - La remplit de vinaigre. Le breuvage des soldats romains se nommait « posca » : c'était tantôt un mélange d'eau et de vinaigre, tantôt du mauvais vin. L'homme compatissant qui s'était ému au cri de Jésus trempa l'éponge dans la provision de « posca » qui était auprès de la croix pour les soldats de garde. - L'ayant attachée à un roseau : c'était, dit S. Jean, 19, 29, un rameau d'hysope.
Saint Thomas d'Aquin
2873. Puis, on montre l’effet sur l’un d’entre eux : premièrement, on dit ce que celui-ci a fait ; deuxièmement, ce que les autres [ont fait].

[Matthieu] dit donc : ET AUSSITÔT L’UN D’EUX COURUT PRENDRE UNE ÉPONGE QU’IL IMBIBA DE VINAIGRE. Pourquoi il fit cela, on ne le dit pas ici, mais en Jn 19, 28, car Jésus, voyant que tout était consommé, dit : J’ai soif ! Voulant donc le soulager, celui-ci lui donna le breuvage des condamnés. Ainsi s’accomplit ce qui est dit en Ps 68[69], 22 : Ils m’ont donné du fiel comme nourriture, et alors que j’avais soif, ils m’ont donné du vinaigre. Il faut noter que c’était du vinaigre assaisonné de myrrhe, mais qu’on parle de fiel et de vinaigre parce que c’était amer.

Au sens mystique, par le vin assaisonné de myrrhe, sont signifiés ceux qui n’ont aucune foi. Ou bien, par le vinaigre, qui provient de la corruption du vin, est indiquée la corruption de la nature humaine, car le Christ a pris ce breuvage amer. Ou bien, par le vinaigre est indiquée la méchanceté des Juifs. Le vinaigre s’introduit dans l’éponge parce que celle-ci est trouée, et elle indique les ruses et les fourberies des Juifs.

Mais IL MIT [L’ÉPONGE] AU BOUT D’UN ROSEAU. Par le roseau, la Sainte Écriture est indiquée. Ils veulent donc confirmer leur méchanceté par l’Écriture.
Saint Rémi
Ou bien, les Juifs eux-mêmes étaient ce vinaigre, eux qui étaient comme un vin dégénéré des patriarches et des prophètes, et qui avaient des coeurs creusés par la fraude, comme l'est une éponge par les cavités profond es et tortueuses qu'elle renferme. Le roseau figure la sainte Écriture qui. recevait ainsi son accomplissement; car de même qu'on appelle langue grecque ou hébraïque le langage que ces langues servent à former, ainsi on peut donner le nom de roseau aux lettres où à l'écriture qui sont tracées au moyen d'un roseau.
Saint Hilaire de Poitiers
Le vinaigre est un vin qui s'est aigri ou par sa mauvaise qualité, ou par le mauvais état du vase qui le contient, ou par négligence. Le vin représente l'honneur de l'immortalité et de la vertu. Or, lorsque le vin se fut aigri en Adam, le Sauveur en prit et en fut abreuvé par les nations. Ce vin est présenté au moyen d'une éponge placée au bout d'un bâton; c'est-à-dire que le Sauveur reçut du corps des nations les faiblesses qui avaient corrompu en nous le principe de l'immortalité, et qu'il les fit pour ainsi dire passer en lui-même, pour communiquer l'immortalité à tout ce qui avait été altéré et cor rompu.
Origène
Peut-être aussi peut-on dire que tous ceux qui ont la science de la doctrine ecclésiastique, mais dont la vie est mauvaise, donnent à boire à Jésus-Christ du vin mélangé de fiel. Ceux, au contraire, qui appliquent à Jésus-Christ des maximes qui sont opposées la vérité, comme s'il en était l'auteur, ceux-là placent au bout du roseau de l'Écriture une éponge remplie de vinaigre, et la présentent aux lèvres du Sauveur.