Matthieu 27, 46
Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
ob peut certainement se lamenter devant Dieu pour la souffrance incompréhensible et apparemment injustifiable qui est présente dans le monde. Il parle ainsi de sa souffrance : «Oh ! si je savais comment l’atteindre, parvenir à sa demeure …. Je connaîtrais les termes mêmes de sa défense, attentif à ce qu’il me dirait. Jetterait-il toute sa force dans ce débat avec moi ? … C’est pourquoi, devant lui, je suis terrifié ; plus j’y songe, plus il me fait peur. Dieu a brisé mon courage, le Tout-Puissant me remplit d’effroi» (23, 3. 5-6. 15-16). Souvent, il ne nous est pas donné de connaître la raison pour laquelle Dieu retient son bras au lieu d’intervenir. Du reste, il ne nous empêche pas non plus de crier, comme Jésus en croix: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» (Mt 27,46). Dans un dialogue priant, nous devrions rester devant sa face avec cette question: «Jusques à quand, Maître saint et véritable, tarderas-tu ?» (Ap 6, 10). C’est saint Augustin qui donne à notre souffrance la réponse de la foi: «Si comprehendis, non est Deus – Si tu le comprends, alors il n’est pas Dieu». Notre protestation ne veut pas défier Dieu, ni insinuer qu’en Lui il y a erreur, faiblesse ou indifférence. Pour le croyant, il est impossible de penser qu’il est impuissant ou bien qu’ «il dort» (1 R 18, 27). Ou plutôt, il est vrai que même notre cri, comme sur les lèvres de Jésus en croix, est la manière extrême et la plus profonde d’affirmer notre foi en sa puissance souveraine. En effet, les chrétiens continuent de croire, malgré toutes les incompréhensions et toutes les confusions du monde qui les entoure, en la «bonté de Dieu et en sa tendresse pour les hommes» (Tt 3,4). Bien que plongés comme tous les autres hommes dans la complexité dramatique des événements de l’histoire, ils restent fermes dans la certitude que Dieu est Père et qu’il nous aime, même si son silence nous demeure incompréhensible.
S. Matthieu passe aux
derniers instants du Sauveur, pour signaler un trait douloureux de son agonie. Sous la pression violente d'une
angoisse extrêmement vive qui déchirait son âme, Jésus poussa un grand cri et prononça une phrase pleine de
désolation. - Eli, Eli … Des sept paroles du Christ mourant, c'est la seule qui ait été conservée dans le
premier Évangile. Elle est empruntée au Psaume 21, dont la première partie semblerait écrite après coup par
un témoin de la Passion. L'évangéliste la cite d'abord dans l’idiome syro-chaldéen, qui était parlé en Palestine
au temps de Jésus et par Jésus lui-même : cela était nécessaire pour faire comprendre le jeu de mots du verset
suivant. Dans l'hébreu pur, il y a Lamma hazabthani au lieu de Lamma sabacthani. - Cette exclamation, qui
suppose un véritable abîme de douleur dans l'âme de Notre-Seigneur Jésus-Christ, contient un mystère très
profond. Comment le Messie a-t-il pu se dire abandonné de Dieu son Père ? Comment concilier en lui cette
affreuse angoisse avec la béatitude qui doit nécessairement régner dans le cœur d'un Dieu ? Mais
hâtons-nous de dire, malgré les assertions contraires de Celse, de Julien l'Apostat et des rationalistes
modernes, que cette désolation n'a rien de commun avec le désespoir. Jésus se plaint sans doute, mais sa
plainte est filiale et soumise. Il en appelle à Dieu, mais cela prouve qu'il a confiance en lui, car « celui qui
peut parler à Dieu, dit très bien Stier, Reden des Herrn Jesu, in h. l., doit avoir Dieu avec lui ». Aussi, pour
expliquer ce cri mystérieux à l'aide d'une image naturelle, « volontiers nous songerions à ces hautes
montagnes dont la cime s'élève fière et triomphante au-dessus des nuées qui pèsent sur la terre. Souvent,
tandis qu'une lumière vive et pure couronne leur front de majestueuses clartés, une effroyable tempête
s'attache à leurs flancs ; mais ni les sombres nuées sillonnées d'éclairs, ni la foudre frappant sans relâche et
répandant à leurs pieds l'effroi, la dévastation et l'horreur, ne troublent l'éternelle sérénité qui règne à leur
sommet », Fouard, Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, p. 161.
2868. ET VERS LA NEUVIÈME HEURE, JÉSUS POUSSA UN GRAND CRI. Ici, [Matthieu] présente le cri du Christ. Premièrement, le cri est présenté ; deuxièmement, son effet, en cet endroit : CERTAINS DE CEUX QUI SE TENAIENT LÀ, etc. [27, 47].
[Matthieu] dit donc : ET VERS LA NEUVIÈME HEURE, JÉSUS POUSSA UN GRAND CRI. Selon Origène, le Christ pousse un grand cri et indique [par là] la multitude des mystères. Is 4, 3 : Les Séraphins se criaient les uns aux autres : «Saint, Saint, Saint, le Seigneur, le Dieu des armées !» Ainsi, celui qui veut comprendre par cela qu’il a crié par dégoût de la mort n’a pas compris le mystère. Il ne faut donc pas l’entendre ainsi ; il a plutôt voulu laisser entendre qu’il était égal au Père. En hébreu, il a dit : ÉLI, ÉLI, LAMMA SABACTHANI ? Il a aussi voulu indiquer que [sa mort] avait été annoncée par les prophètes. Il a donc dit ce que dit le Ps 21[22], 2 : Mon Dieu, jette ton regard sur moi : pourquoi m’as-tu abandonné ? Jérôme dit donc que ceux-là sont impies qui veulent interpréter ce psaume autrement que de la passion du Christ.
2869. Remarquez que certains l’ont mal compris. Ainsi, vous devez savoir qu’il y a eu deux hérésies. L’une ne reconnaissait pas dans le Christ le Verbe uni [à la nature humaine], mais [affirmait] que le Verbe tenait la place de l’âme : c’est ce qu’affirmait Arius. D’autres [ont dit] que le Verbe n’était pas uni [à la nature humaine] selon la nature, mais par grâce, comme c’est le cas dans un juste, par exemple, chez les prophètes : c’est ce que Nestorius [affirmait]. Ils interprétaient donc : MON DIEU, MON DIEU, POURQUOI M’AS-TU ABANDONNÉ ? en disant que le Verbe de Dieu disait cela, et qu’il dit Dieu parce qu’il est la créature [de Dieu], et on en concluait qu’il fit s’unir à lui ce Verbe et, par la suite, l’abandonna. Mais cela est une interprétation impie, car il est toujours avec [ce Verbe]. Ainsi donc, [sa] divinité n’a abandonné ni la chair ni l’âme. Jn 7, 29 : Celui qui m’a envoyé est avec moi.
2870. De quoi s’agit-il donc ? Il faut dire que, par la manière même de parler, il est clair qu’il faut l’entendre du Christ. En effet, il est dit de lui, Jn 21, 17 : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Il l’appelle Père parce qu’il est Dieu ; il l’appelle Dieu parce qu’il est homme. Ainsi, lorsqu’il dit : MON DIEU, MON DIEU, etc., il est clair qu’il parle comme homme. Il gémit donc afin d’indiquer la grandeur de son affection humaine. Lorsqu’il dit : [POURQUOI] M’AS-TU ABANDONNÉ ? il parle par mode de comparaison, car ce que nous avons, nous le tenons de Dieu. De même donc que, lorsque quelqu’un est exposé à un mal, on dit qu’il est abandonné, de même, lorsque le Seigneur abandonne l’homme qui tombe dans un mal de peine ou de faute, dit-on que [celui-ci] est abandonné. De sorte qu’on dit du Christ qu’il est abandonné non pas selon l’union, ni selon la grâce, mais quant à la souffrance. Is 54, 7 : Un court instant je t’ai délaissé.
2871. Et il dit : POURQUOI ? Non pas par dégoût, mais cela peut indiquer [sa] compassion envers les Juifs. C’est pourquoi il ne le dit qu’après que les ténèbres sont apparues. Il veut donc dire : «Pourquoi as-tu voulu que je sois livré à la passion et que ceux-ci soient couverts par les ténèbres ?» Il montre aussi de l’admiration, car la charité de Dieu est admirable. Rm 5, 8 : La preuve de la charité de Dieu à notre endroit, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.
[Matthieu] dit donc : ET VERS LA NEUVIÈME HEURE, JÉSUS POUSSA UN GRAND CRI. Selon Origène, le Christ pousse un grand cri et indique [par là] la multitude des mystères. Is 4, 3 : Les Séraphins se criaient les uns aux autres : «Saint, Saint, Saint, le Seigneur, le Dieu des armées !» Ainsi, celui qui veut comprendre par cela qu’il a crié par dégoût de la mort n’a pas compris le mystère. Il ne faut donc pas l’entendre ainsi ; il a plutôt voulu laisser entendre qu’il était égal au Père. En hébreu, il a dit : ÉLI, ÉLI, LAMMA SABACTHANI ? Il a aussi voulu indiquer que [sa mort] avait été annoncée par les prophètes. Il a donc dit ce que dit le Ps 21[22], 2 : Mon Dieu, jette ton regard sur moi : pourquoi m’as-tu abandonné ? Jérôme dit donc que ceux-là sont impies qui veulent interpréter ce psaume autrement que de la passion du Christ.
2869. Remarquez que certains l’ont mal compris. Ainsi, vous devez savoir qu’il y a eu deux hérésies. L’une ne reconnaissait pas dans le Christ le Verbe uni [à la nature humaine], mais [affirmait] que le Verbe tenait la place de l’âme : c’est ce qu’affirmait Arius. D’autres [ont dit] que le Verbe n’était pas uni [à la nature humaine] selon la nature, mais par grâce, comme c’est le cas dans un juste, par exemple, chez les prophètes : c’est ce que Nestorius [affirmait]. Ils interprétaient donc : MON DIEU, MON DIEU, POURQUOI M’AS-TU ABANDONNÉ ? en disant que le Verbe de Dieu disait cela, et qu’il dit Dieu parce qu’il est la créature [de Dieu], et on en concluait qu’il fit s’unir à lui ce Verbe et, par la suite, l’abandonna. Mais cela est une interprétation impie, car il est toujours avec [ce Verbe]. Ainsi donc, [sa] divinité n’a abandonné ni la chair ni l’âme. Jn 7, 29 : Celui qui m’a envoyé est avec moi.
2870. De quoi s’agit-il donc ? Il faut dire que, par la manière même de parler, il est clair qu’il faut l’entendre du Christ. En effet, il est dit de lui, Jn 21, 17 : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Il l’appelle Père parce qu’il est Dieu ; il l’appelle Dieu parce qu’il est homme. Ainsi, lorsqu’il dit : MON DIEU, MON DIEU, etc., il est clair qu’il parle comme homme. Il gémit donc afin d’indiquer la grandeur de son affection humaine. Lorsqu’il dit : [POURQUOI] M’AS-TU ABANDONNÉ ? il parle par mode de comparaison, car ce que nous avons, nous le tenons de Dieu. De même donc que, lorsque quelqu’un est exposé à un mal, on dit qu’il est abandonné, de même, lorsque le Seigneur abandonne l’homme qui tombe dans un mal de peine ou de faute, dit-on que [celui-ci] est abandonné. De sorte qu’on dit du Christ qu’il est abandonné non pas selon l’union, ni selon la grâce, mais quant à la souffrance. Is 54, 7 : Un court instant je t’ai délaissé.
2871. Et il dit : POURQUOI ? Non pas par dégoût, mais cela peut indiquer [sa] compassion envers les Juifs. C’est pourquoi il ne le dit qu’après que les ténèbres sont apparues. Il veut donc dire : «Pourquoi as-tu voulu que je sois livré à la passion et que ceux-ci soient couverts par les ténèbres ?» Il montre aussi de l’admiration, car la charité de Dieu est admirable. Rm 5, 8 : La preuve de la charité de Dieu à notre endroit, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.
Notre-Seigneur a cité le commencement du psaume vingt et unième. Ces paroles qui se trouvent au milieu du verset: «Jetez les yeux sur moi», ont été surajoutées, car le texte hébreu porte seu lement: «Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné ?» Il n'y a donc que des impies qui puissent prétendre que ce psaume a pour objet la personne d'Esther et de Mardo chée, puisque les Évangélistes lui ont emprunté d'autres témoignages qu'ils appliquent au Sau veur, celui-ci en particulier: «Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont percé mes mains».
Il jette un grand cri pour montrer qu'il agit ici en vertu de sa puissance, et en criant ainsi d'une voix forte au moment où il expire, il prouve de la manière la plus évidente, qu'il est le Dieu véritable, puisque les hommes, prêts de rendre le dernier soupir, peuvent à peine faire entendre un souffle de voix.
Ou bien suivant une autre explication, ce qu'il y avait d'admirable, c'est que ces ténèbres étaient répandues sur toute la face de la terre, ce qui n'était jamais arrivé au paravant. Car les ténèbres ne couvrirent que l'Egypte seule, au moment de la célébration de la Pâque, ténèbres qui étaient la figure de celles qui eurent lieu à la mort de Jésus-Christ. Et re marquez que ces ténèbres se répandent au milieu du jour, au moment où la lumière inonde toute la terre de sa clarté, afin que tous les habitants de la terre en fussent témoins. C'est là ce signe que Jésus promettait de donner aux Juifs qui lui en faisaient la demande, lorsqu'il disait: «Cette génération adultère et perverse demande un signe, et il ne lui en sera pas donné d'autre que celui du prophète Jonas»,figure de sa croix et de sa résurrection; car il était bien plus étonnant qu'il opérât ce prodige, étant attaché sur la croix, que pendant le cours de sa vie. Ce miracle suffisait certainement pour les convertir, non seulement par la grandeur du fait consi déré en lui-même, mais encore parce que le Sauveur l'opéra après qu'ils eurent épuisé contre lui toutes les insultes, tous les outrages que la haine put leur suggérer. Mais comment purent-ils se défendre d'un sentiment d'admiration, et reconnaître qu'il était Dieu? C'est que le genre humain tout entier était livré à une malice prodigieuse, et plongé dans une torpeur inexprima ble; que ce miracle fut de courte durée et qu'ils en ignoraient la cause. Aussi Jésus fait enten dre ensuite sa voix, pour leur montrer qu'il est encore vivant et qu'il est l'auteur de ce miracle: «Et sur la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri en disant: Eli ! Eli ! lamma sabacthani ?»c'est-à-dire «Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné ?»
De ces paroles, les hérétiques veulent conclure ou que le Verbe de Dieu s'est comme anéanti en prenant la place de l'âme unie au corps, et en lui donnant la vie qu'il reçoit de l'âme, ou bien que Jésus-Christ n'était pas un homme véritable, parce que le Verbe de Dieu n'habitait en lui que comme il était autrefois dans l'esprit des prophètes. Il sem ble, d'après ces hérétiques, que Jésus-Christ ne soit qu'un homme ordinaire, composé d'un corps et d'une âme comme nous, et qu'il ne date son existence que du jour où il a été fait homme, lui qui, dépouillé de la protection de Dieu qui se retire de lui, s'écrie: «Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné». Ou bien encore, ajoutent-ils, la nature hu maine s'étant comme confondue avec l'âme du Verbe, Jésus-Christ a été secouru en tout par la puissance de son Père, et maintenant qu'il est privé de ce secours, et abandonné à la mort, il se plaint de cet abandon, et en appelle à celui qui l'a délaissé. Mais au milieu de ces opinions aussi faibles qu'impies, la foi de l'Église, toute pénétrée de la doctrine des Apôtres, ne divise po int Jésus-Christ, et ne laisse point à penser qu'il ne soit pas à la fois Fils de Dieu et Fils de l'homme. En effet, la plainte qu'il fait entendre dans son délaissement, c'est la faiblesse de l'homme qui va mourir, et la promesse qu'il fait du paradis au bon larron, c'est le royaume du Dieu vivant. En se plaignant d'être abandonné au moment de sa mort, il vous prouve qu'il est homme, mais tout en mourant, il assure qu'il règne dans le paradis, et vous montre ainsi qu'il est Dieu. Ne soyez donc pas surpris de l'humilité de ses paroles et des plaintes qu'il fait enten dre dans son délaissement, lorsque sachant bien qu'il a revêtu la forme d'esclave, vous êtes témoin du scandale de la croix.